Assiste-t-on à la fin de « l'islamiquement correct
Depuis quelques années déjà, quelques analystes isolés dénonçaient une nouvelle forme de politiquement correct et de terrorisme intellectuel : « l'islamiquement correct », variante verte de l'antiracisme et du traditionnel tiersmondisme ayant pour caractéristique d'assimiler au racisme et à l'intolérance, et en fin de compte « réduire ad hitlerum », toute forme de critique, toute analyse non complaisante de l'islam. Arme suprême des propagandistes islamo-fondamentalistes qui escomptent revêtir leur projet totalitaire du voile légitimateur de l'antiracisme et de l'antifascisme, l'islamiquement correct pose comme postulat premier que le « vrai islam » ne peut être que « tolérant » et « pacifique », puisque le Coran est un « texte de paix et d'amour ». Cette certitude établie, toute démarche analytique - même implacablement argumentée - visant à mettre en évidence les racines coraniques et théologiquement orthodoxes, au regard de la scolastique islamique (Hadith de la Sunna), de l'islamisme radical et a fortiori de la violence islamiste, est a priori disqualifiée, criminalisée, fascisée, donc assimilée à une forme spécifiquement anti-arabo-musulmane « d'intolérance raciste ».
Culpabilité occidentale et mythe de « l'islam modéré »
Instrumentalisant la mauvaise conscience de l'homme occidental décrite par Pascal Bruckner (Le sanglot de l'Homme blanc) ainsi que les valeurs relativistes et de tolérance des sociétés « ouvertes », dont la vulnérabilité a été exposée par Karl Popper, les Islamistes étaient parvenus ces dernières années à rétablir, en France et en Occident, une sorte de nouvelle censure idéologico-religieuse, voire même une auto-censure en se posant comme victimes a priori du racisme anti-musulman congénital des autochtones non-musulmans. Tout se passait comme si la prétendue « victime essentielle » musulmane, concurrente de la victime juive historique, tendait à prendre la place de cette dernière, d'où le retournement de la reductio ad Hitlerum contre ses victimes historiques, indirectement fascisées elles aussi, donc dépouillées de leur statut victimaire, à travers la stigmatisation du sionisme et de l'Etat « anti-arabe » et « islamophobe » par excellence d'Israël (« les nouveaux hébreux musulmans face au nouvel Axe laïcard et islamophobe»). Les différentes affaires Rushdie, Claudia Schiffer, Taslima Nasjreen, ou plus récemment Houellebecq, ont témoigné de la quasi impossibilité d'exprimer une opinion voltairienne ou même seulement sceptique sur l'islam et son saint Coran « incréé », censé être, pour les Mahométants, la réplique du texte divin conservé de toute éternité dans les cieux, d'où la difficulté de toute remise en question et de tout aggiornamento réel de l'islam. Ainsi, en Egypte, l'intellectuel réformiste Abou Zaïd, défenseur de l'idée selon laquelle l'islam gagnerait à être réformé à partir d'une « désacralisation de la charià » et du postulat selon lequel le Coran serait une uvre humaine, donc revisitable et interprétable à la lumière des réalités modernes, a été récemment condamné pour « apostasie » par des tribunaux ... civils inspirés du code civil belge. Il a ensuite été « divorcé » d'office de sa femme, qui musulmane, ne peut être mariée à un « infidèle ». Il dut en définitive trouver refuge en Europe du Nord pour échapper aux fatwas islamistes et aux menaces de mort des frères musulmans égyptiens qui contrôlent désormais des quartiers entiers du Caire. C'est que, même en Egypte, où le régime en place semble livrer une guerre totale à l'islamisme, c'est un islam classique, figé depuis le IXe siècle, qui est enseigné, de sorte qu'Islamistes et Musulmans stricts s'abreuvent aux mêmes sources doctrinales et théologiques de cet islam conquérant et guerrier, les « portes de l'Idjtihad » (possibilité de réinterprétation des textes sacrés) ayant été décrétées fermées depuis cette époque où furent définitivement fixées les quatre grandes écoles juridiques du sunnisme. A partir de cette date, l'islam sunnite institutionnel n'a connu ni réformes, ni conciles, ni innovations, à l'inverse du christianisme, du judaïsme, du mazdéisme, du bouddhisme ou même de l'Hindouisme. L'enseignement des Oulémas n'a plus changé, les innovateurs et autres modernistes étant accusés de « pervertir » les Musulmans et soupçonnés d'apostasie.
La réalité du fanatisme et de l'obscurantisme islamique, qui fait lapider les femmes et les prosélytes chrétiens en Séoudie, en Iran, au Soudan, ou en Mauritanie, qui fait exterminer les Chrétiens en Indonésie, tuer les Juifs en Israël ou ailleurs, anéantir les femmes en Afghanistan, assassiner les « blasphémateurs » au Pakistan et exterminer les « Judéo-croisés » à New York, Washington ou dans le métro parisien, n'empêche pourtant pas les adeptes - surtout occidentaux - de « l'Islamiquement correct » de déclarer que l'islam est une religion « d'amour et de tolérance ». Ce poncif permet même aux Musulmans, à chaque attentat perpétré au nom de l'islam, de lancer des campagnes de lutte contre « l'amalgame » et « l'islamophobie », les tragédies terroristes de l'islamisme se transformant du coup en de véritables opérations de propagande pour l'islam ! C'est ainsi qu'aux Etats-Unis, les nombreux actes anti-musulmans ainsi que les dizaines d'attaques de mosquées ou centres communautaires islamiques perpétrées en réaction aux attentats anti-américains, et qui ont semblé inaugurer une violente vague de réaction à « l'islamiquement correct », ont donné l'occasion non seulement aux Musulmans modérés mais surtout aux grands lobbies islamistes américains et européens, à commencer par l'American Council of Islamic Relations, en passant par l'Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), proche des Frères musulmans, de dénoncer la supposée « islamophobie » congénitale des « judéo-chrétiens » et l'amalgame « intolérable » opéré entre Islam et Islamisme. En France, clercs des trois grandes religions, politiques et représentants des associations anti-racistes et musulmanes ont également surenchéri dans la condamnation de toute dérive « islamophobe » et de tout amalgame. Mais il semble que l'horreur suscitée par la barbarie islamiste prime désormais sur le souci « islamiquement correct » de ne point confondre Islam et Islamisme.
Houellebecq : première brèche dans le système « islamiquement correct »
Quelques semaines à peine avant les attentats de New York et Washington, l'écrivain
iconoclaste Michel Houellebecq, qui a déclaré, certes sur un ton fort provocateur, « que la religion la plus con, c'est quand même l'islam », avait été le premier à rompre à ses risques et périls (en plus de plusieurs procès, une fatwa aurait déjà été lancée contre lui) la chape de plomb de l'islamiquement correct. Accusé de distiller un « racisme anti-arabe » par la plupart des représentants de l'intelligentsia médiatique et autorités religieuses, Houelbecq se réclame en fait d'une tradition voltairienne, anti-cléricale et anti-conformiste, le fanatisme religieux, particulièrement présent dans l'Islam, étant selon lui propre aux religions monothéistes en général. Prenant la défense de l'auteur des Particules élémentaires et de Plateforme, le chroniqueur du Nouvel Observateur Dominique Noguez reprochera ainsi aux accusateurs « antiracistes » de Houelbecq « d'opérer un glissement d'antiislamique à anti-arabe, c'est-à-dire d'une allergie idéologique, parfaitement légitime dans une république laïque où l'on a, en principe, le droit de penser ce que l'on veut des religions, au racisme pur et simple » (Nouvel Observateur, 13 septembre 2001). Condamnant en réalité toute forme de racisme et d'intolérance, Houelbecq exprimait de façon triviale son rejet total du fanatisme islamique dont l'origine se trouve selon lui dans les textes mêmes du Coran.
Ce faisant, l'auteur rompait le tabou central de l'islamiquement correct, « l'omertà islamophile » selon lequel le Coran serait un « texte d'amour et de paix ». Or, là se trouve le fond du problème, car si l'islamisme ne résume pas l'islam et si les Musulmans sont d'évidence les premières victimes de l'islamisme, le fanatisme et le terrorisme islamiste n'en puisent pas moins leurs sources de légitimité dans les fondements historiques et théologiques mêmes de certaines sourates du Coran ainsi que dans la Tradition (Sunna) de l'Islam orthodoxe. Mais « l'islamiquement correct » était, jusqu'au 11 septembre 2001, tellement ancré dans les consciences collectives culpabilisées des ex-colonisateurs occidentaux, qu'il était impossible de révéler l'origine coranique et canonique de la violence islamique, légitimation théologique qui, tant que l'islam ne sera pas réformé et tant que la charià ne sera pas « désacralisée », explique le théologien algérien Souheib Bencheikh, Grand Mufti de Marseille, continuera à servir de prétexte aux terroristes convaincus de « tuer légalement » au nom de l'islam. Il faut en effet préciser que ce que "l'islamiquement correct » occidental interdisait de dire, des intellectuels musulmans le disaient, quant à eux, le plus souvent au péril de leur vie (Abd Al-Razeq, Ibn Warraq, Abou Zeïd, etc). Ainsi, dénonçant la geste barbare des Islamistes du GIA, et reconnaissant les fondements scolastiques et juridiques de la violence islamiste, Benheikh a pris le risque d'écrire que les terroristes islamistes « agissent d'une manière très canonique ». Aussi lucide qu'isolé, en raison de son « incorrection islamiste», l'imam allait jusqu'à réclamer la « désacralisation de la charià », fustigeant « l'hypocrisie de certains ulémas et théologiens qui d'un côté condamnent [les attentats] et de l'autre, n'acceptent aucune remise en cause de ce fiqh, ce droit musulman, ce juridisme archaïque » (Le Matin, Alger, 17 février 1998.). Plusieurs années après l'assassinat des moines de Tibéhirine, l'avertissement des réformistes de l'islam et des intellectuels « islamiquement incorrects », qui réclament à peine perdue un « Vatican II de l'islam », seule véritable solution de fond pour combattre le fanatisme islamiste, semble plus actuel que jamais, à moins qu'il ne soit déjà trop tard et que le choc de civilisations entre l'Occident et l'islam radicalisé n'ait déjà commencé.
De la fin de « l'islamiquement correct » au retour de Samuel Huntington
Autre grande faille au sein de « l'islamiquement correct », le drame de New York et Washington semble avoir déclenché une prise de conscience sans précédent, dans toutes les sociétés occidentales et européennes, de ce qu'est réellement l'islam orthodoxe et du lien qui existe entre islam et islamisme. C'est ainsi que la thèse quasi prophétique et « islamiquement incorrecte » du choc des civilisations, développée par Samuel Huntington dès juin 1993, qui annonçait une guerre civilisationnelle totale entre non pas seulement l'islamisme mais l'Islam tout court, d'une part, et l'Occident, d'autre part, suscite un regain d'intérêt et est tout à coup prise au sérieux. Mieux, c'est dans les colonnes du journal d'habitude fort « politiquement correct » Le Monde (13 septembre 2001), que Dominique Dhombres fait l'éloge des thèses apocalyptiques d'Huntington, vantant les mérites de celui qui aurait « prédit le début d'une grande guerre » des civilisations opposant l'Occident désenchanté à la civilisation islamique en plein réveil, l'islamisme n'étant ici que « le retour de l'islam » (Bernard Lewis). Ce qui dérangeait dans la thèse d'Huntington, du point de vue de la pensée « islamiquement correcte », c'était le fait de considérer l'islamisme non pas comme un phénomène marginal et extrémiste supposé être le « mauvais islam », mais au contraire comme le reflet d'une radicalisation anti-occidentale générale du monde islamique ex-colonisé. La conséquence d'une « réindigénisation » des peuples musulmans désireux de substituer la « solution » islamiste aux idéologies occidentales et impérialistes « importées » (démocratie, libéralisme, socialisme, pluralisme, etc). Bref, la volonté de réhabiliter la loi islamique, la Charià et d'en finir avec le néo-colonialisme idéologique, le terrorisme façon GIA ou Bin Laden étant destiné à dissuader les Occidentaux et les musulmans « occidentalisés » et « apostats » de se mêler des affaires du Dar al-Islam. Ici, sous l'angle du paradigme civilisationnel cher à Huntington, la confusion entre « Islam », « culture musulmane », « réveil de l'islam » et violences islamistes est totale.
Avant la catastrophe sans précédent du 11 septembre 2001, qui osait dire, en effet, mis à part quelques courageux penseurs musulmans ou autres « islamophobes » comme Samuel Huntington, Bernard Lewis, Alain Besançon ou Jacques Ellul, que Mahomet fut le premier islamiste de l'histoire, prenant l'épée, participant personnellement à près de 80 combats, prélevant et répartissant le butin, tuant les Juifs de Médine et de Khaybar ? Pouvait-on seulement rappeler que Mahomet « reçut» de l'ange Gabriel une centaine de sourates appelant à la guerre contre les Polythéistes, les Apostats, les Juifs et les Chrétiens, jusqu'à ce que l'humanité toute entière se soumette aux lois d'Allah, les militants du GIA et l'organisation de Bin Laden ne demandant pas autre chose ? Qui osait rappeler, en plein « islamiquement correct », le fait que des textes juridico-théologiques de l'islam orthodoxe, issus notamment de la quatrième école sunnite, le hanbalisme, justifient a priori et fort explicitement l'assassinat des moines « non reclus » (cf : Le statut des Moines de Ibn Taiymiyya), ce qui permit au GIA de commettre l'assassinat des moines de Thibehirine en 1996 à partir d'un fondement doctrinal hélas islamiquement légal ? Qui osait enfin seulement rappeler l'existence de sourates coraniques fondant le Jihad contre les Infidèles que certains islamophiles persistent à nier en entretenant le mythe guénonien du « grand jihad pacifique contre soi-même » ? Il suffit pourtant, comme a voulu le signifier Houellebecq, d'ouvrir le Coran pour lire des sourates d'appel à la haine, à la guerre et à l'assassinat pour s'en convaincre : « Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu, au jour dernier, qui ne considèrent pas comme illicite ce que Dieu et son prophète ont déclaré illicite, ainsi que ceux qui, parmi les gens des Ecritures (Ahl-al Kitab) ne pratiquent pas la religion de la vérité, jusqu'à ce qu'ils paient, humiliés, et de leurs propres mains, le tribut » (IX, 29) ; « Qu'ils combattent donc dans le chemin de Dieu, ceux qui vendent la vie présente contre l'ultime. Et quiconque combat dans le chemin de Dieu, tué ou vainqueur, nous lui donnerons bientôt un énorme salaire » (4, V. 74) ; « Le combat vous est prescrit et cependant vous l'avez en aversion... ». (S. 2, V. 216) ; « Vous ne les avez pas tués (vos ennemis). C'est Dieu qui les a tués. Lorsque tu portes un coup, ce n'est pas toi qui le portes, mais Dieu qui éprouve ainsi les Croyants par une belle épreuve... » (8, V. 17) ; « Combattez-les jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de luttes doctrinales et qu'il n'y ait pas d'autre religion que celle de Dieu. S'ils cessent Dieu le verra » (8, V. 39) ; « Lorsque les mois sacrés seront expirés, tuez les infidèles partout où vous les trouverez. Faites-les prisonniers ! Assiégez-les ! Placez-leur des embuscades ! ... » (9, V. 5) ; « O Croyants ! Combattez les infidèles qui sont près de vous. Qu'ils trouvent en vous de la rudesse !... ». (9, V. 123) ; ou encore : « Lors donc que vous rencontrerez ceux qui mécroient, alors frappez aux cols. Puis quand vous avez dominé, alors serrez le garrot » (47, V 4).
Alors Coran « texte d'amour », islam « religion de paix » ? Il est fort à parier que les attentats du World Trade Center, perpétrés par les tenants de l'islam saoudien wahhabite dit des « pieux ancêtres » (salafisme) dont Bin Laden - qui veut venger l'occupation de l'Arabie saoudite par les infidèles GI'S - est l'un des représentants, contribuent à rompre un peu plus cet « islamiquement correct » et cette forme particulière d'auto-censure qui empêchait jusqu'à présent de mettre en évidence les fondements coraniques et canoniques de l'islamisme radical, notamment l'islam wahhabite officiel en Arabie Saoudite, « amie de l'Occident », dont sont originaires non seulement Bin Laden et ses milliards de dollars, mais ses 25 frères, à la tête des conseils d'administration des grandes entreprises saoudiennes.
C'est que « l'islamiquement correct » trouve également ses racines dans les liaisons dangereuses entretenues pour des raisons essentiellement pétrolières par l'Occident, Amérique en tête, avec l'épicentre du séisme islamiste sunnite dans le monde : la monarchie fondamentaliste d'Arabie saoudite, à l'origine, avec le Pakistan, de la mouvance « salafiste » et jihadiste incarnée par les terribles Talibans et Bin Laden, et, plus généralement, de la radicalisation-wahhabisation » générale de l'islam mondial, les Séoud, gardiens des lieux saints, étant à la tête des principales organisations islamiques mondiales (OCI, Rabitat, Conseil Mondial des Mosquées, Banques islamiques, etc) qui financent les mouvements islamistes, des frères musulmans égyptiens au FIS en passant par le GIA ou l'université musulmane « européenne » de Château-Chinon...
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