Trois ans après les terribles attentats du World Trade Center et du Pentagone, l'Europe a connu son « 11 septembre espagnol ». Les Européens sont encore sous le choc.
Lundi, 3 mai 2004
Apres le « 11 septembre espagnol » et la Loi sur le voile en France
Quant aux Espagnols, qui se croyaient jusque la a l'abri du terrorisme et qui ne connaissaient que le terrorisme identitaire et séparatiste de l'ETA, c'est a leur dépend qu'ils ont commencé a prendre au sérieux la principale menace pour les démocraties occidentales: le totalitarisme islamiste, que la plupart des analystes et responsables politiques européens persistent à vouloir nommer « fondamentalisme » ou « intégrisme », comme si nous avions simplement affaire, avec Ben Laden ou les Frères musulmans, à une version « verte » des traditionnels intégrismes issu des « religions du Livre » et naturellement voué à s'apaiser avec l'inéluctable modernité et la « pacification » de l'Irak et du conflit israélo-palestinien. Or, ce « totalitarisme vert » n'est pas un simple intégrisme religieux comme un autre mais une idéologie de destruction de masse, une forme théocratique de totalitarisme et de racisme d'autant plus redoutable que la haine pathologiquement anti-juive et anti-chrétienne qu'il incarne s'exprime au nom des « victimes » palestino-arabes, du « tiers-mondisme », de « l'anti-impérialisme » et même de l'anticolonialisme. Ceci lui confère une aura exotique et une force exonératrice terriblement efficaces a l'heure du « Sanglot de l'Homme blanc » si bien décrit par Pascal Brukner et du Politiquement correct dont le principe de base consiste a criminilaliser a priori toute défense de la civilisation judéo-chrétienne et occidentale et a contrario a justifier les pires « réactions » barbares et totalitaires des forces islamo-terroristes que de plus en plus estiment n'être que la conséquence funeste de « l'unilateralisme américain » et du « racisme belliciste » des partisans de Sharon.
Force est de constater qu'il n'en est rien et que les « buts de guerre » du Totalitarisme islamiste ne consistent ni a « défendre les Palestiniens », ou encore le régime « impie » de Saddam Hussein - que Ben Laden a toujours appelé à détruire), ni même encore la population irakienne (depuis la chute de Saddam, Al Qaida est en guerre contre la majorité chiite qui dépasse les 60%). Dans un communique du 19 mars 2004, l'organisation d'Oussama Ben Laden a d'ailleurs précise que les démocrates américains étaient encore pires (et plus « hypocrites », mounafikoun) que les Républicains, Al Qaida allant jusqu'à souhaiter la réélection de Georges Bush, plus susceptible de susciter le « réveil de l'Islam »
Quant a l'argument de ceux qui expliquent que l'islamo-terrorisme ne frappe que les Occidentaux bellicistes soutenant Sharon ou Bush ou encore les pays musulmans qui empêchent l'essor électoral des mouvements islamistes « démocratiques », les terribles attentats survenus au Maroc en mai 2003, puis en Turquie en novembre 2003 ont apporte la preuve que la colère islamiste n'est pas le moins du monde apaisée lorsque des partis islamistes remportent des succès électoraux comme cela a été le cas en Turquie avec l'accession au pouvoir de l'AKP de Recep Taiyyp Erdogan , ou au Maroc avec la forte percée du Parti de la Justice et du Développement. Sans oublier le Pakistan de Moucharraf en guerre contre les partisans de Ben Laden des régions frontalières de l'Afghanistan qui ont pourtant des élus au Parlement. Malgré ces réalites, et bien qu'Al Qaida n'ait jamais cache ses buts réels qui reposent sur la pure soif totalitaire de conquète-islamisation totale du monde « infidèle », les voix ne cessent de monter en Occident qui tentent de tempérer, comprendre, voire de disculper partiellement Al Qaida en expliquant que le 11 septembre américain et le 11 mars espagnol n'ont été que les conséquences de la politique étrangère erronée, belliciste et « injuste » des Etats-Unis d'Amérique et d'Israël contre les Arabes et les nations musulmanes, politique néo-croisée soutenue a tort par les séides de l'impérialisme américain que sont les partisans de « l'unilateralisme » de Georges Bush en Europe.
En votant largement en faveur du candidat socialiste José Luis Rodriguez Zapatero, les électeurs espagnols ont sanctionné, en mars 2004, la politique étrangère atlantiste de l'ex-Premier Ministre Aznar marquée par un soutien sans complexe apporte a la « croisade » occidentale contre « l'Axe du Mal » et l'intervention américaine en Irak, celle-ci ayant été rendue responsable des attentats de Madrid. Au moment même ou l'Espagne tombait dans le piège tendu par Al Qaida, d'autres voix rejoignaient- partout en Europe et même chez les démocrates américains - le concert de la culpabilisation occidentale et de la tentation munichoise. Retenant mal sa satisfaction d'avoir « eu raison », un an plus tôt, avec Gérard Schroeder et Jacques Chirac, de mener la fronde anti-américaine en brandissant la menace du veto francais a l'ONU, le Ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, expliquait qu'Aznar avait commis une « erreur, une faute », précisant qu'il « y a aujourd'hui deux foyers du terrorisme dans le monde : le premier, c'est la crise au Proche Orient, et le deuxième, c'est l'Irak » . Comme nous l'expliquions lors de l'intervention en Irak dans un article du Figaro, les mêmes masses de « pacifistes » européens qui manifestèrent leur refus de l'intervention en Irak et les mêmes dirigeants français et allemands décides a faire obstacle à la « Croisade » américaine contre l'Irak, avaient a contrario adopte très largement une attitude de va-t-en-guerre lors de l'intervention américaine et de l'Otan au Kosovo. Les tragiques évènements de mars 2004, durant lesquels le monde entier a pu assister passivement à des pogroms anti-serbes perpétrés par les nationalistes albanophones du Kosovo, ont pourtant tragiquement démontré que s'il y avait vraiment lieu de dénoncer « l'unilatéralisme américain » et la « violation de la souveraineté nationale », les dirigeants francais et allemands et les millions de « pacifistes » européens auraient dû dénoncer les interventions américaines dans les Balkans et l'agression de l'ex-Yougoslavie au même titre et avec la même ferveur qu'ils ont dénoncé « l'agression de l'Irak » de Saddam Hussein. Or tel n'a jamais été le cas, car dans le système du nouveau politiquement correct, les « victimes » arabes mériteront toujours plus d'être défendues contre « l'impérialisme » que les pseudo victimes serbes ou yougoslaves, qui ne sont, après tout, que des « judéo-chrétiens », donc des Occidentaux malgrès eux, donc « bourreaux par essence ». Inversement, les Arabes, les Musulmans, lorsqu'ils sont en « colère » ou lorsque des démons barbares ou totalitaires les emparent ; lorsqu'ils démentèlent l'ex-Yougoslavie (séparatisme-mafieux albanais de l'UCK en Serbie et en Macédoine) ; ou lorsqu'ils veulent « punir l'Occident croisé » et Israel (Hamas, Hezbollah, Al Qaida, GIA, etc), ne feraient toujours que réagir à une « agression » judéo-croisée originelle. Bref, le fascisme arabo-islamiste aurait toujours des circonstances atténuantes dès lors qu'il s'en prend aux Juifs et aux Croisés occidentaux.
Ce type de représentations à la fois victimaires et munichoises aboutit parfois a des absurdités et des inconséquences inégalables, notamment, lorsque le 22 mars 2004 - la diplomatie française en tête - la plupart des chancelleries européennes ont condamné avec indignation et énergie « l'assassinat », par l'armée israélienne, du chef spirituel du groupe islamo-terroriste palestinien du Hamas, le Chekh Yassine, comme si l'un des plus redoutables commanditaires et idéologues de la Terreur verte, de surcroît l'un des premiers responsables de l'échec des accords de paix avec Yasser Arafat, méritait un seul instant d'être défendu ou pleuré
Plus pathétique encore, en septembre 2004, lorsque l'Armée islamique d'Irak pris en otages deux journalistes français, Mouloud Aounit, le dirigeant du mouvement « anti-raciste » MRAP, lié au parti communiste et qui s'est illustré depuis quelques années par son engagement en faveur des jeunes filles voilées refusant d'obéir aux lois laïques françaises, déclarait que la prise d'otages risquait de « discréditer ceux qui, en France, luttent pacifiquement contre la loi interdisant le voile », comme si le terrorisme islamiste irakien n'était pas en soi barbare et condamnable. Mais il y a pire, alors que la médiatisation en Irak et dans le monde arabe des différentes affaires du voile survenues en France avaient été largement le fait des Frères musulmans, notamment à travers la télévision Al Jazira, la quasi-totalité de la classe politique française saluait l'action de l'une des principales organisations islamistes françaises liée aux mêmes Frères musulmans, l'UOIF, pour son « action en faveur de la libération des otages » et sa « modération ». A la lumière de ces faits pour le moins surprenants, deux observations s'imposent : premièrement, l'horreur du terrorisme de type Al Qaïda a permis aux islamistes les plus intelligents et les moins violents d'apparaître par simple contraste comme des « modérés », alors que leur doctrine de référence salafiste est la même que celle des terroristes ; deuxièmement, on ne peut que constater que les efforts sans limites de Paris pour plaire aux capitales arabo-musulmanes, bref, la fameuse « politique arabe de la France » n'a pas empêché la France d'être l'une des principales cibles des islamistes d'Al Qaïda et du Jihad irakien
Bien que la prise d'otages français constitue en soi la preuve que l'Islamisme international considère « l'Occident croisé » (Gharb al Salibi) dans son ensemble comme fondamentalement ennemi (Dar al Harb), et bien que les politiques pro-arabe, anti-américaine, anti-sioniste ou pro-irakienne, menées par certains pays européens, sont plus perçues comme des marques de division et de faiblesse que comme des marques d'amitié, nombre de partis politiques de gauche en Europe continuent de faire croire aux masses que la politique étrangère de Washington et de Tel Aviv, ainsi que celle des « pro-américains » comme Tony Blair ou Silvio Berlusconi, sont les principales sources d'insécurité pour l'Europe face à la « réaction islamiste ». D'où l'une des principales revendications de la gauche italienne - mais aussi d'une certaine gauche américaine appelant au retrait des troupes d'Irak et à la victoire du candidat Kerry face au belliqueux Bush, imitant en cela la stratégie du socialiste espagnol Zapatero. Face à cette progression du syndrome munichois européen et occidental, il nous apparaît urgent de formuler quelques remarques :
- premièrement, donner l'impression de céder aux terroristes constitue bien plus une incitation à la récidive qu'une garantie contre de nouvelles attaques,
- deuxièmement, croire que le conflit du Proche Orient (traduisez israélo-palestinien, donc le bellicisme sioniste) constitue la « première cause » du terrorisme islamiste fait inévitablement le jeu d'Al Qaïda et participe du mensonge politique. Car l'instrumentalisation de la « douleur arabe » vise seulement à mobiliser les « idiots-utiles » des islamistes que sont souvent les pro-palestiniens radicaux et autres « altermondialistes » opposés à l'hégémonie « américano-sioniste », thème désormais commun aux Islamistes, aux Nazis et Ultra-Gauche. Phénomène que j'ai nomme « la convergence des totalitarismes » et l'alliance « rouge-brun-vert » .
C'est surtout oublier que les « islamikazes » en veulent depuis bien plus longtemps à la Vielle Europe des Chrétiens-Croisés et aux « mauvais musulmans » comme Atatürk ou Bourguiba (« Mécréants francs-maçons ») qu'aux Américains ou aux Israéliens, somme toute apparus bien récemment et donc ennemis depuis bien moins longtemps. C'est pourquoi les Brigades Abou Hafs Al Masri ont à la fois revendiqué les attentats du 11 mars contre les « Croisés espagnols », ceux perpètres à Istanbul contre les Britanniques, les Juifs et les Francs-maçons (novembre 2003 et 9 mars dernier), sans oublier ceux de Casablanca (mai 2003) ou même ceux annoncés par Al Zawahiri, bras-droit de Ben Laden, contre la France, certes tête de file du camp pacifiste pro-arabe, mais « coupable » d'avoir « persécuté » les musulmans avec la « loi inique » contre le voile.
Il serait temps que les Occidentaux comprennent que les objectifs réels des islamistes sont avant tout de :
- rétablir le Califat aboli par « l'apostat» Atatürk;
- punir les Musulmans ayant tété le « lait vénéneux » des laïcs colonisateurs;
- et surtout, comme le commande l'Islam conquérant des « Pieux ancêtres » («AsSalaf»), d'islamiser la planète, a commencer par « l'Ouest Croisé » (Al Gharb al Salibi).
Cela signifie que même si les Israéliens désavouent la politique de Sharon et les Américains celle de Bush, ou même si l'Occident finit par abandonner Israël, l'Ouest croise n'aura jamais la paix tant qu'il n'aura pas embrasse la « vraie religion »
Les Espagnols ont semble cédé au terrorisme, comme hier la France face a l'Iran et au Hezbollah. L'Espagne s'en mordra les doigts dans peu de temps. Car la spirale du chantage et des concessions munichoises ne s'arrête que dans le chaos et les grincements de dents. Les prochaines exigences d'Al Qaida seront-elles l'enseignement du Coran dans les écoles, l'interdiction des « islamophobes » Dante ou Voltaire ou le droit de porter le voile dans les services publics ? Le communiqué d'Abou Hafs al Masri explique que les attentats du 11 mars (six mois après la rencontre Bush-Aznar dans les Açores) ont pour but de régler « de vieux comptes avec l'Espagne croisée, alliée des Etats-Unis dans leur guerre contre l'islam ». Cette vielle rancune remonte en fait à la reconquista, à la chute du Califat de Grenade et à l'expulsion des Musulmans par los Reyes catolicos. Dans les consciences des Musulmans du monde entier, la « perte d'Al Andalus » demeure un souvenir aussi « humiliant » que le la chute du Califat d'Istanbul ou la « Catastrophe » (Nakba) de la création d'Israël. D'où le rôle croissant des « convertis », de plus en plus sollicites par Al Qaida, ainsi qu'on l'a vu avec les attentats de Casablanca et de Madrid ou a l'occasion des procès des « filières tchétchènes » (David Courtailler).
Sait-on que la plupart des grandes organisations islamiques d'Espagne sont implantées en Andalousie, a Valencia et à Madrid (Société pour le Retour de l'Espagne à l'islam, Communauté islamique en Espagne ou Al-Morabitoun, Société islamique de Séville, Al-Andalus-Ligue morisque) ; que grâce à l'aide extérieure des Frères musulmans, du Qatar, de l'Iran, de l'Arabie saoudite (qui contrôle le centre islamique et la grande mosquée Abou Bakr de Madrid), du Pakistan (qui finance depuis 1995 l'Université Islamique Internationale Averroes de Cordoue), ou du Maroc, ces structures sont parvenues à s'implanter dans toute l'Espagne et parfois même a y établir des enclaves, comme celle d'Aibaicîn a Grenade, qui dispose de ses propres écoles coraniques, maisons d'éditions, cimetières, cliniques et journaux (La hora del Islam) ? A-t-on oublie les déclarations nostalgiques des princes saoudiens exprimant le désir de faire « revivre l'Espagne a l'Islam » lorsqu'ils séjournent a Grenade, Cordoue ou Marbella, lieux qu'ils n'ont jamais cesse de considère comme « leur », jadis joyaux du Califat islamique ?
Loin d'être la simple conséquence de la politique pro-americaine d'Aznar, les attentats du 11 mars ont été la réaction inéluctable d'Al Qaida a la détermination anti-terroriste des juges comme Baltazar Garçon et du gouvernement du partido popular, lesquels avaient décidé, dès septembre 2001, de ne plus permettre que l'Espagne demeure une base-arriere sure d'Al Qaida. Ceux qui, lors des manifestations « pacifistes » organisées le 20-21 mars en Italie, en Turquie, en Espagne ou en Grande Bretagne, ont cru que le désengagement en Irak ou la critique de Bush ou Sharon suffiraient à calmer la colère des « fascistes verts » risquent d'avoir de mauvaises surprises dans les mois à venir
La France vient d'en faire l'amer et tragique expérience, s'apercevant tout à coup que le pro-arabisme ne rend point excusable son « laïcisme impie » et « anti-islamique » aux yeux des Musulmans intégristes du monde entier qui préfèrent de loin une Angleterre pro-américaine mais abritant la plupart des réfugiés politiques islamistes anti-occidentaux, à une France certaine anti-américaine pro-arabe mais inspiratrice majeurs dans le monde des idées laïques du « renégat » Atatürk, du nationalisme arabe laïque irakien, syrien ou palestinien de jadis, bref la France ex « fille aînée de l'Eglise » perçue depuis la révolution française comme la « Fille aînée de l'athéisme »
Alexandre del Valle vient de publier aux éditions des Syrtes « La Turquie dans l'Europe, un cheval de Troie islamiste ? » 2004.
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