Depuis le déclenchement de la seconde Intifada dite « Al Aqsa », en septembre 2000, depuis le 11 septembre 2001 et surtout depuis la seconde crise irakienne, qui s'est soldée par le démantèlement du régime de Saddam Hussein, partout en Occident et dans le reste du monde on a pu constater la recrudescence de la haine anti-juive, de l'anti-sionisme et de son corollaire, l'anti-américanisme, le sort des Juifs étant directement liés à la perception négative croissante des Etats-Unis comme du petit Etat hébreu.
Lundi, 3 mai 2004
La tentation de l'exil des Juifs de France : fatalité ou erreur ?
Constatant à juste titre une montée d'une forme particulière de judéophobie s'exprimant à nouveau ouvertement sous couvert d'anti-sionisme (brimades, des insultes et des agressions), nombre de français israélites, qui déplorent la politique résolument pro-arabe de la France et l'anti-sionisme flagrant des médias comme d'une partie de la population française (en provenance des milieux politiques d'extrême-gauche et arabo-islamiques), sont de plus en plus tentés par l'option du départ, non pas uniquement l'alya vers la Terre Promise, mais plutôt l'exil vers d'autres pays occidentaux, principalement les Etats-Unis, perçus comme les « seuls véritables amis d'Israël ». D'une façon générale, l'impression selon laquelle l'Europe aurait sombré dans la « dhimmitude » (Bat Yé'Or) et jouerait globalement la carte arabo-islamiste et pro-palestinienne en sacrifiant ses Juifs, à la différence d'une Amérique « non-munichoise » qui défendrait coûte que coûte Israël et ses fils, est fortement ressentie dans l'ensemble de la communauté juive de France et d'Europe. Elle est selon moi partiellement juste et fort légitime, même si des nuances doivent être impérativement apportées.
Deux remarques me viennent immédiatement à l'esprit : premièrement, le racisme anti-juif, la haine anti-israélienne et l'antisionisme d'origine arabo-islamique ou d'extrême-gauche, ne sont pas le seul fait de l'Europe et de France. Car, non seulement la France demeure une exception en termes d'anti-américanisme radical et de compromission avec les dictatures arabo-musulmanes ennemies d'Israël (chef de file de l'opposition anti-américaine durant la guerre du Golfe ; accords avec la Libye, l'Iran, la Syrie, défense de l'Irak de Saddam, banalisation du Hezbollah, etc), car l'attitude de pays comme l'Italie, l'Espagne, la Pologne, ou la Grande Bretagne, est plutôt semblable à celle des Etats-Unis. Mais les Etats-Unis ne sont pas une nation monolithique qui serait pro-israélienne, judéophile et anti-islamiste par nature et pour toujours. L'Amérique abrite aujourd'hui quelques 8 millions de Musulmans dont une proportion de fondamentalistes religieux encore plus forte qu'en France et équivalente à celle de la Grande Bretagne, base européenne d'Al Qaïda. De nombreuses études mais aussi les attentats de Manhattan eux-mêmes ont montré à quel point des villes comme Chicago, Deaborn, Washington, New York, Seattle n'ont rien à envier au « Londonistan » islamiste : des centaines de revues communautaires islamistes radicalement anti-sionistes et judéophobes disposant d'une totale liberté d'expression, des réseaux de mosquées majoritairement contrôlées par les salafistes, les Frères musulmans et les intégristes indo-pakistanais, où est enseignée la haine des Juifs et des Chrétiens ; et même des « Lobbies » islamistes pro-palestiniens officiels reconnus par les pouvoirs publics comme le CAIR (Council of Americain Islamic Relations, lié au Hamas), capables de faire plier les politiques et de lancer de vastes campagnes de sensibilisation antisioniste dans tout le pays. Quant aux WASP, les Protestants américains d'origine nord-européenne, ils sont loin d'être tous des judéophiles supporters d'Israël, comme les adeptes de l'Eglise évangélique, chère à Georges Bush jr ou Donald Romsfeld. Depuis toujours, les Etats-Unis abritent de nombreuses églises et sectes protestantes diffusant une vision ultra-fondamentaliste, raciste, et judéophobe du monde, sans parler des puissantes organisations racistes antisémites défendant « la race blanche » et disposant de télévisions (White power), de radios, journaux et structures financières. Enfin, faut-il rappeler que la vaste campagne planétaire anti-américaine et anti-israélienne qui a contribué à renforcer l'antisionisme dans le monde doit également à des personnalités américaines de renom comme Noam Chomsky ; que le livre de Thierry Meyssan a fait un véritable aux Etats-Unis et que les organisations néo-nazies et révisionnistes les plus puissantes du monde se trouvent aux Etats-Unis (Institut d'Etudes historiques de Californie, centre du négationnisme mondial), où elles bénéficient d'une liberté d'expression aujourd'hui inconcevable en Europe, excepté en Croatie ou dans l'ex-espace soviétique. Comme le déclarait récemment un responsable du Jewish Americain Congress s'exprimant devant l'Union des Patrons Juifs de France (UPJF), « la seule différence entre les Etats-Unis et l'Europe, c'est l'importance et l'action de la communauté juive ». Il ne faut pas se leurrer. Les Juifs doivent avant tout compter sur eux-mêmes. Aucune situation plus ou moins favorable n'est définitivement acquise, pas même celle dont bénéficient les Juifs aux Etats-Unis. Aussi la condition diasporique est-elle l'enjeu d'une lutte permanente et revêt-elle autant d'importance, pour la communauté, que l'Etat hébreu, lequel a autant besoin de la diaspora que l'inverse.
Deuxième remarque, deux mouvements doivent être impérativement distingués: si le retour à Sion demeure une option positive, une démarche volontaire motivée par un engagement sioniste constructif et/ou une volonté de vivre l'expérience unique et sacrée qu'est le retour en Eretz Israël, la tentation consistant à quitter la France, « pays irrécupérable et hostile », est, quant à elle, une attitude négative, au sens étymologique du terme autant que moral, qui participe d'une forme d'abandon, de résignation, , finalement, de rémission. Or l'esprit de résistance commande de rester sur place. Mes deux maîtres en politique et en géopolitique, le Général Gallois et Alain Griotteray, deux grands résistants de la première heure, ont toujours enseigné que la résistance commence par la décision de dire non et d'agir sans même se poser la question des chances de réussites, jamais certaines mais jamais totalement nulles. Certes, la fuite est la seule solution lorsque une solution finale (hélas appelée de leur voeux par beaucoup) menace la communauté. Mais, en dépit de la gravité de la situation et de l'incontestable détérioration du statut des Juifs en Europe et surtout en France, il est difficile d'affirmer sérieusement que les Juifs n'ont pour l'heure d'autre solution que la fuite. Même si l'on souligne à juste l'extrême gravité de l'assassinat récent d'un jeune juif de 23 ans (l'un des disco-jokeys less plus connus de paris) par un de ses anciens camarades maghrébin, assassinat qui montre que l'enseignement banalisé de la haine anti-juive et anti-sioniste dans les banlieues et les médias commence à susciter des applications concrètes particulièrement inquiétantes et dramatiques. Face à cette tentation exprimée par nombre de jeunes Juifs, le même responsable du Jewish American Congress s'était emporté devant l'assemblée de l'UPJF qui l'écoutait et avait fait cette remarque édifiante: « une attitude de démission est une honte, vous n'avez pas le droit de laisser votre pays aux mains des ennemis des Juifs en baissant les bras. Vous devez vous battre, faire entendre votre voix ».
La nouvelle entente judéo-chrétienne
L'autre attitude consistant à rester et combattre dans l'oeuf le retour éventuel de la bête immonde métamorphosée, rentre au contraire dans le cadre d'une réaction globale , républicaine et citoyenne, judéo-chrétienne même. Car il faut garder à l'esprit que la nouvelle judéophobie est essentiellement portée, comme l'ont fort bien montré Pierre André Taguieff et Gilles-William Goldnadel, par les milieux pro-palestiniens d'extrême-gauche et surtout arabo-islamistes, notamment dans les « banlieues de l'Islam ». Dans ces zones hélas de non-droit, où antisémitisme rime souvent avec délinquance et incivisme, les « Chrétiens Gaulois » (Gaouri) - et même les Kabyles convertis au christianisme, comme on l'a hélas vu avec l'agression, début novembre 2003, d'une jeune kabyle arborant une croix sont autant victimes du nouveau racisme anti-occidental que les Juifs. N'oublions les leçons du 11 septembre et des deux guerres du Golfe : les islamistes et leurs complices rouges anti-occidentaux en veulent à la fois aux « impérialistes », aux « sionistes », aux « Juifs » et aux « Croisés » (al Yahoud wal Salibiyoun), selon la formule de Ben Laden. De cet autre point de vue, les Juifs ne sont plus seuls. Aussi, la situation est différente de celle de la seconde guerre mondiale. Le nouveau Totalitarisme Vert hérite à la fois de l'islamisme, du nazisme, de l'antisémitisme européen, recyclé dans le monde arabe, et du communisme révolutionnaire tiers-mondiste. L'objet de sa haine n'est pas seulement le Juif, même si ce dernier demeure le coeur du dispositif « diabolique » occidental à détruire, mais la civilisation judéo-chrétienne ou « judéo-croisée » dans son ensemble, vécue comme une sorte de « Juif global » contre lequel une nouvelle solution finale (le fameux « tuez tous les Juifs et les Chrétiens de Ben Laden ou du Hamas ») s'impose.
Il est, certes, vrai que la judéophobie, longtemps, nommée à tort antisémitisme, revêt un caractère particulier, unique, en ce sens qu'elle est une véritable mystique de la haine tournée contre le Peuple Elu, une forme de racisme d'autant plus singulière qu'elle repose sur l'idée paradoxale que le Juif est en quelques sortes un être à part, doté de dons et pouvoirs quasiment surhumains et utilisés pour nuire au reste de l'humanité, quant à lui innocent et victime des entreprises complotistes et sournoises des Juifs secrètement coalisés contre ceux qui ont une « vraie nation » ou ceux que le capitalisme exploite. Mais les lois de la géopolitique ont ceci de particulier qu'elles évoluent en permanence, de sorte que le nouvel antisémitisme, en tant qu'il résulte de la nouvelle donne internationale - notamment l'exacerbation et la réislamisation-tiersmondisation de la judéophobie à prétention antisioniste - englobe un champ de la haine plus large qu'auparavant dans les représentations des Rouges, des Bruns et surtout des Verts (le vert de l'islamisme, qui attire d'ailleurs à lui les deux premiers), les trois principaux acteurs de la nouvelle haine anti-juive et anti-sioniste. Dans les représentations islamistes et pro-palestiniennes radicales, en effet, le sionisme n'est pas que le résultat de la domination et du « complot juif mondial ». Il est à la fois une nouvelle forme de Croisade et une version israélite du colonialisme occidental. A cet effet, les nouveaux judéophobes d'extrême-gauche et arabo-islamistes, qui détestent l'Occident chrétien, « réactionnaire », « impérialiste » ou « colonialiste » encore plus ou autant que les Juifs, entendent bien inclure leur détestation d'Israël et des Juifs sionistes dans un objet de ressentiment plus large encore, celui des Judéo-croisés de Ben Laden ou de l'ancien terroriste marxiste Carlos, lui-même converti à « l'islam révolutionnaire ». N'ayons aucun doute sur ce point, l'extrême-gauche anti-sioniste radicale tout comme les anti-sionistes arabo-musulmans mettent sur le même plan les Juifs et les Croisés, les évangéliques américains ultra-chrétiens qui inspirent Georges Bush, que les ultra-religieux sionistes israéliens. Dans leur démonologie, un Silvio Berlusconi, vantant la « supériorité » du modèle occidental-libéral sur l'obscurantisme saoudien et arabo-islamiste ; le Premier Ministre espagnol Aznar déclarant, comme Charles Pasqua, qu'il faut « terroriser les terroristes » d'extrême-gauche et indépendantistes basques qui ensanglantent depuis des années l'Espagne ; un Georges Bush ou un Donald Rumsfeld qui jurent sur la Bible et appellent à une nouvelle croisade contre « l'Axe du mal », ou même un Giscard d'Estaing affirmant que l'immigration incontrôlée peut ressembler à une forme « d'invasion » et rejetant la candidature turque dans l'Union européenne (et pour cela accusé d'être un descendant de Croisé dans la presse turque) ; ou encore des députés chrétiens comme Philippe De Villiers ou François D'Aubert et même le Vatican, qui réclament l'inscription des « valeurs judéo-chrétiennes » dans le préambule de la future Constitution européenne, sont autant détestés et diabolisables par les nouveaux judéophobes rouge-verts, que l'horrible Sharon, coupable de « persécuter » les Palestiniens.
La nouvelle judéophobie comme élément central du nouvel axe totalitaire rouge-brun-vert
Depuis le déclenchement de la seconde Intifada Al Aqsa, en septembre 2000, depuis le 11 septembre 2001, qui scella la fin de l'inviolabilité du sanctuaire stratégique américain, et surtout depuis la seconde crise irakienne, qui s'est soldée par le démantèlement du régime de Saddam Hussein, partout en Occident l'on a pu constater l'émergence d'un axe rouge-vert-brun (le rouge de l'extrême-gauche, le brun de l'extrême-droite et le vert de l'islamisme), dont les différentes composantes ont comme objectif commun la lutte totale contre les nouvelles figures du Mal que seraient l'Amérique, Israël, « l'impérialisme » et même l'Occident dans son ensemble. Pareilles détestations ne sont pas sans rappeler la déclaration de guerre de Ben Laden, du Hezbollah libanais ou du Hamas contre « l'Occident croisé » (al Gharb al Salibi), les « Juifs et les Croisés », ou encore les « américano-sionistes ». Car l'utilisation, par Georges Bush, du terme « Croisade », a tout autant été perçue comme une provocation en milieu anti-clérical d'extrême-gauche ou d'extrême-droite (souvent païen et anti-chrétien) qu'en milieu islamique. D'où le rapprochement toujours plus significatif entre, d'une part, les nostalgiques des deux premiers totalitarismes, les Bruns et les Rouges, et d'autre part les protagonistes de l'Islamisme révolutionnaire, nouveau fer de lance des « humiliés » du Tiers Monde, des masses arabes « occupées », seuls véritables défenseurs des pauvres et des faibles, victimes des nouveaux Croisés judéo-chrétiens « impérialistes ». Les récentes prises de position publiques du célèbre terroriste Carlos abondent largement dans ce sens.
Il est vrai que l'islamisme, en tant que troisième moment du totalitarisme, accomplit d'une certaine manière les deux premiers : prônant la lutte des civilisations et des religions, puis déclarant la guerre au monde judéo-chrétien au nom des « déshérités » du Tiers Monde, l'islamisme séduit tout autant les nostalgiques du troisième Reïch païen - décidés à éradiquer le judaïsme et le christianisme - que les partisans de la Faucille et du Marteau, déterminés à en découdre avec ce même Occident judéo-chrétien « bourgeois » et « capitaliste », dont le centre névralgique demeure Manhattan, « quartier général planétaire des mercenaires de la guerre économique et financière que livre l'Amérique au monde » , selon Carlos. Point de surprise donc à voir les Bruns, les Rouges et les Verts se féliciter ensemble du drame du 11 septembre 2001 et identifier Ben Laden au nouveau David vert luttant contre le Goliath impérial « américano-sioniste ». Point de surprise non plus à voir converger l'enthousiasme activiste de ces trois mouvances totalitaires autour de la lutte « héroïque » menée par les derniers rebelles baassistes et les islamistes chiites d'Irak contre l'occupation américaine de la Mésopotamie, depuis mars 2003.
Du 11 septembre à la seconde guerre du Golfe
Hypnotisés par la formidable démonstration de force du 11 septembre et par le terrible message marketing en faveur de l'islamisme radical délivré à travers l'écroulement des twin towers, ce sont les idéologues tiers-mondistes et anti-impérialistes d'extrême gauche ou autres « alter-mondialistes » qui ont le plus violemment fustigé l'intervention américaine en Afghanistan après l'attentat de Manhattan et qui ont organisé, un an plus tard, les plus virulentes manifestations « pacifistes » (mars 2003) en faveur de l'Irak mais aussi au nom des « victimes du sionisme ». C'est ainsi que l'ex-idéologue des Brigades Rouges et figure du mouvement No Global, Toni Negri, déclarait, en septembre 2001, que " sa compassion » n'allait « que pour les sans-papiers » disparus avec les twin towers, tandis que le linguiste trotskiste américain, connu pour ses prises de position négationnistes et violemment anti-israéliennes, Noam Chomsky, dénonçait, dans l'attentat du 11 septembre, une « imposture planétaire », une enième manifestation fascisante de « l'impérialisme américain », les dérives « racistes » de l'Etat hébreu étant responsables, selon lui, de la « colère des islamistes». Quant au très marxiste rédacteur en chef du Monde Diplomatique, Alain Gresh, fils du célèbre intellectuel pro-soviétique Henri Curiel, il justifie, dans un livre écrit avec le petit-fils du créateur des Frères musulmans, Tariq Ramadan, l'option terroriste des Palestiniens au nom d'un anti-sionisme et d'un « anti-colonialisme » justes.
Mais deux récents événements plus graves méritent d'attirer l'attention : tout d'abord les appels lancés par les leaders des nouvelles Brigades rouges italiennes et le célèbre terroriste « rouge » Carlos, à soutenir le combat du Hamas et d'Al Qaïda ; ensuite, l'appel de la quasi-totalité des dirigeants néo-nazis occidentaux à saluer « l'héroïsme » du Hezbollah et de Ben Laden dans leur lutte contre les Juifs et les Américains. Conséquence logique de ces fascinations-ralliements parallèles, tandis que Carlos embrasse « l'islamisme révolutionnaire », « appelé à balayer le monde [...] et réalisant « la synthèse dynamique des différents courants [...], la lutte anti-colonialiste, anti-impérialiste, antisioniste, puisant des modèles d'action dans le socialisme, le marxisme et la nationalisme » , le leader charismatique du mouvement néo-nazi anglais, David Myatt, devenu Abdul Aziz Ibn Myatt, appelle les nostalgiques de l'Axe et tous les ennemis des Sionistes à embrasser comme lui la « vraie religion martiale » , celle du Jihad qui lutte le plus efficacement contre les Juifs et les Américains. Autre signe de ce rapprochement, le chef du mouvement Al Mouhajiroun, le salafiste londonien Omar Bakri Mohamed, imam de Funsburry Park et recruteur de nombreux jeunes partis rejoindre Al Qaïda, recevait officiellement Myatt et lui souhaitait « la bienvenue dans l'islam », précisant aux journalistes que « le passé néo-nazi du néophyte n'avait « aucune espèce d'importance dès lors que les buts convergents » ...
Alors quid des Juifs de France en particulier ? : la nécessité de l'alliance judéo-chrétienne face à l'islamisme
Les Juifs doivent donc rester en France, en Europe, tant qu'ils le peuvent encore sans risquer leurs vies. Ils doivent prendre conscience que personne n'est mieux placé qu'eux pour ouvrir les yeux de leurs concitoyens chrétiens (ou ex-chrétiens) et faire comprendre à ces derniers « qu'après samedi viendra dimanche », ainsi que le disent les islamistes du Hamas aux palestiniens chrétiens, c'est-à-dire que les « Croisés » chrétiens seront la prochaine victime juste après les Juifs... Personne mieux que les Juifs ne peut mieux ressentir l'atmosphère particulière et inquiétante des périodes pré-totalitaires et chaotiques. Nul peuple ne possède mieux que le peuple juif cette sorte de perspicacité et de prescience des dangers collectifs imminents. De retour de Turquie à peine trois semaines avant les terribles attentats anti-juifs et anti-britanniques qui frappèrent Istanbul, les 15 et 20 novembre derniers, j'avais été frappé par les propos d'un Arménien stambouliote particulièrement conscient de la montée de l'islamo-terrorisme et de l'antisémitisme en Turquie : « ici, en Turquie, les Juifs eux-mêmes commencent à s'inquiéter, cela veut dire que les choses vont s'empirer à nouveau pour nous aussi »... Tout comme celle des Palestiniens, qui expliquent « qu'après samedi viendra dimanche », cette phrase devrait rester dans les consciences de tous les Juifs et des tous les Chrétiens d'Orient comme dans celles de tous les Juifs et Chrétiens des pays occidentaux confrontés à la montée de la haine rouge-brun-verte et à l'anti-judaïsme ou à l'anti-occidentalisme arabo-musulman issu de l'immigration et appuyé par les forces totalitaires d'extrême-gauche. Comme l'explique souvent une autre de mes maîtres, Bat Yé'Or, spécialiste de la Dhimmitude et du Jihad, l'histoire du déclin de l'Occident judéo-chrétien et de l'ascension du péril islamiste n'est qu'une succession de divisions à la fois stériles et suicidaires entre les Juifs et les Chrétiens. La conquête de l'Espagne, du Maghreb ou de l'Egypte aux VII et VIIIème siècles ; la chute de Constantinople au Xvème siècle ; ou la progression de l'islamisme révolutionnaire entre 1967 (date fondatrice de la dite « humiliation arabe » par Israël), 1979 (alliance de Khomeiny avec l'extrême-gauche mondiale et la France de Giscard) et 2001 (première grande victoire de Ben Laden, appuyé si longtemps par les Américains et les Occidentaux), ne sont que des successions de divisions inter-chrétiennes et inter-judéo-chrétiennes.
Maintenant que l'anti-judaïsme de l'Eglise catholique, si longtemps responsable des pires dédouanements et forfaits, a été clairement condamné et aboli par le Pape Jean Paul II, l'homme qui osa déclarer à la grande synagogue de Rome devant le grand Rabbin Toaff, « nous attendrons le Messie ensemble » et qui fut reçu triomphalement en Israël où posa la main sur le Mur occidental ; maintenant que des « judéo-chrétiens » comme Monseigneur Lustiger ou des piliers de l'Eglise catholique, comme le mouvement « charismatique » (l'Emmanuel ou le Lyon de Judas, inspiré des évangélistes américains tout en étant très « papistes ») enseignent en permanence et avec conviction la nécessité pour les Chrétiens de se réconcilier avec leurs racines judaïques ; maintenant que les Chrétiens et les Juifs sont menacés ensemble dans toute la planète par les mêmes « Fascistes verts » : Palestiniens chrétiens victimes du Hamas et de la réislamisation du nationalisme palestinien ; Chrétiens et Juifs de Turquie et du monde arabo-musulman persécutés ou brimés partout et accusés d'être « complices» les uns des autres, même quand les Chrétiens sont pro-palestiniens ou pro-arabes (sort des Chrétiens d'Irak ou d'ailleurs) ; Chrétiens et Juifs du Pakistan, d'Afghanistan, d'Indonésie, de Malaisie, etc, Chrétiens du Soudan victimes d'un génocide islamiste pratiquement nié partout sauf par les Etats-Unis, etc.
Pour toutes ces raisons et en vertu de toutes ces évolutions doctrinales et géopolitiques, Les Juifs de France doivent garder présent à l'esprit qu'ils ne sont pas seuls. Les médias outrancièrement pro-palestiniens et anti-sionistes qui semblent n'en vouloir qu'aux Juifs solidaires de Sharon s'en prennent autant à la France chrétienne lorsqu'ils consacrent l'arabisation-islamisation progressive de ce pays et accordent des tribunes démesurées à des leaders mondiaux de l'islamisme comme Tariq Ramadan ou Youssef Qardaoui, idéologue des Frères musulmans qualifié de « salafiste modéré » dans les colonnes du Monde. Ceux qui diabolisent aujourd'hui Israël sont les mêmes que ceux qui diabolisaient les Serbes il y a quelques années et adoubaient de façon irresponsable less fascistes croates et les islamo-terroristes-mafieux bosno-musulmans et albanais. Lorsque le Président Jacques Chirac se rend aux obsèques du tyran Hafez Al Assad, qu'il défend la Libye, ne réagit pas aux déclarations judéophobes de Mohamed Mahatir (ex-Premier ministre malaisien artisan de la réislamisation du pays désireux d'en découdre avec les « impérialistes américano-sionistes ») ; qu'il refuse d'insérer dans la Constitution européenne de Giscard d'Estaing la référence aux valeurs judéo-chrétiennes en déclarant à Philippe de Villier que l'Europe doit « autant aux valeurs islamiques qu'aux valeurs judéo-chrétiennes », les Juifs de France et d'Europe doivent comprendre que les Chrétiens sont autant victimes qu'eux de ces compromissions, ces aggiornamentos islamiques des dirigeants français. Lorsque le Ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy (que nous apprécions beaucoup et soutenons par ailleurs) écrase Tariq Ramadan lors d'un débat télévisé mais préconise dans le même temps d'intégrer à la table de la République les Frères-musulmans (dont la branche palestinienne s'appelle le Hamas...) et de promouvoir la « discrimination positive » en faveur des Musulmans, notamment en nommant des Préfets musulmans, les Juifs de France doivent être conscients que ce genre de dérives « islamiquement correctes » sont tout aussi injustes vis-à-vis des Juifs français descendants d'immigrés qui ne se sont intégrés que par l'effort et sans aucune faveur qu'envers les fils d'Italiens, de Polonais, d'Espagnols, de Pieds-noirs chrétiens italo-maltais, pourtant au départ aussi pauvres et aussi démunis et mal vus que les Maghrébins aujourd'hui, sans parler des Noirs-africains chrétiens et des immigrés asiatiques, notamment les Boat-peaple vietnamiens, au départ souvent encore plus misérables que les immigrés arabo-musulmans. Enfin, lorsque, pour faire plaisir à tous et pour ne pas avoir l'air « islamophobes » MM Debré et Raffarin envisagent de supprimer le jour férié de la pentecôte pour mettre à la place un jour férié musulman puis d'interdire tous les signes extérieurs religieux (kippas, croix en pendentifs, étoiles de David et voiles islamiques), alors qu'il faudrait interdire le voile dans les lieux publics en tant que symbole de soumission de la femme et uniforme politico-religieux n'ayant rien à voir avec les kippas ou les croix, Chrétiens et Juifs français sont victimes exactement du même phénomène : la tentation électoraliste islamique appuyée par le politiquement correct ambiant. Cet « Aggiornamento islamique » de la France et de l'Europe est une conséquence à la fois du déclin du soucis du Bien Commun et du fait que nos dirigeants n'ont plus le courage de mettre en place des mesures visant à contrôler les flux migratoires et à faire respecter les valeurs de la République. A partir de là, les premiers responsables des nouvelles tentations communautaires et d'exil exprimées par certains juifs, mais aussi par de plus en plus de Chrétiens, tout comme le vote croissant en faveur de Lepen. D'après nous, de même la meilleure façon de combattre le Front national consisterait à oser lancer un débat national équitable sur l'immigration extra-communautaire et à rétablir la loi républicaine dans les banlieues, de même la meilleure façon d'enrayer la tentation de l'exil hélas fort compréhensible de nombreux Juifs de France passe par le fait de réaffirmer les valeurs fondamentales de la République et des démocraties occidentales dont Israël, seule démocratie du Proche Orient, est partie intégrante. D'après nous, enfin, ce n'est pas à la République à s'adapter à l'islam, mais à l'Islam à s'adapter à la République ». Ses valeurs ne sont pas négociables.
Géopolitologue, auteur du Totalitarisme islamiste à l'assaut des démocraties, (Syrtes) et prépare actuellement un ouvrage sur l'islamisme en Turquie (février 2004).
Revue du Bétar :
Alexandre del Valle, vous avez été mis en cause à plusieurs reprises par la presse de gauche et d'extrême gauche (Le Monde, Monde Diplomatique, Politis, Ras le Front, Réflexe, Libération, Témoignage Chrétien, etc et même Canal Plus, pour votre soi-disant « islamophobie » ou votre « arabophobie ». Certains sont même allés jusqu'à dire que vous veniez de la Nouvelle Droite et du GUD avant de passer chez Pasqua ou Villier puis de devenir membre de l'UMP et co-fondateur avec Rachid Kaci de la Droite Libre, l'un des courants majeurs de l'UMP rassemblant les Libéraux madelinistes et autres partisans d'une droite libérale, ferme, républicaine et occidentaliste. Que répondez-vous ?
Alexandre del Valle :
Je répondrais seulement que je dérange beaucoup à cause de ma vision non complaisante sur l'islamisme et même l'Islam, mes critiques de l'intolérance anti-chrétienne et anti-juive dans le monde arabe, de mon engagement en faveur des Serbes (contre la guerre du Kosovo et le démentèlement de l'ex-Yougoslavie) puis d'Israël, etc. Mais, faute de pouvoir contredire mes thèses (fouillées et fruits de travaux universitaires difficilement attaquables) de façon démocratique, mes détracteurs d'extrême-gauche et de gauche n'ont trouvé d'autres solutions que de me créer une généalogie quasi-fascisante : récemment, un site internet islamo-marxiste, Arabesques, ainsi qu'Oumma. Com, ont même prétendu que mon père serait, tenez vous bien, un « néo-fasciste italien »... Agé de 74 ans, Pied-noir d'ascendance italienne né à Tunis, émigré en Algérie, puis marié à une anti-franquiste espagnole, on fait mieux comme « néo-fasciste » ! Premièrement, l'accusation de gudar ou de néo-droitiste est à la fois insultante et scandaleuse. Manque de chance pour eux, je fais un procès à tous ceux qui osent souiller mon honneur ou celui de ma famille. J'ai déjà gagné un procès contre Libération grâce à mon avocat William Goldnadel. J'ai étudié à Aix-en-Provence, Marseille et Milan. Je n'y ai jamais croisé quelqu'un du GUD. Là bas, le GUD n'existait pas. J'ajoute que si la revue du GUD a pu vanter, paraît-il, mes premières thèses sur les liens entre Ben Laden et la CIA (cf mon livre de 1997, Islamisme Etats-Unis), cela ne fait pas de moi un des leurs, d'autant que d'autres numéros de leur revue (Jusqu'à Nouvel Ordre) m'ont dénoncé comme un sale sioniste. Désolé pour eux, mais les positions pro-arabes, pro-islamistes (il y a de plus d'islamismes dans leurs rangs), pro-palestiniennes et antisémites du GUD n'ont jamais été ma tasse thé. J'ajoute même que si je connais le GUD, c'est surtout parce que ce groupuscule incarne le sujet central de ma thèse de science politiques sur les Rouges-Bruns-Verts ! Ayant moi-même été victime de l'antisémitisme de tous ces obsédés du judaïsme et du « Complot juif », et en tant que fils de Pieds-Noirs engagé contre l'aggiornamento arabo-islamiste de la France, je vois mal comment on peut m'accuser d'être proches de gens qui représentent tout ce que je rejette et combats ! Il suffit de prendre mes livres, y compris le premier où j'étais encore assez dûr avec l'Amérique : j'y dénonce toujours explicitement la Nouvelle Droite néo-païenne et même le GUD (Totalitarisme islamiste). Sans parler de nombreux articles dans Le Figaro ou dans Politique Internationale ou L'Observatoire du Monde Juif où je dénonce l'extrême-droite du GUD et du GRECE, l'organisme de la Nouvelle Droite dirigé par Alain de Benoist. Malgré le caractère à la fois totalement faux et stupide de l'accusation, l'officine trotskyste pro-palestienne Ras le Front m'a accusé d'avoir « formé le GUD » du seul fait que l'un des leurs aurait exprimé son intérêt pour mon premier livre dans un forum internet... Ca fait quand même un peu léger ! Quant à la Nouvelle Droite, je la connais bien, puisque deux profs de Science Po Aix en étaient proches et nous invitaient aux colloques : Christiane Pigacé, anti-chrétienne païenne d'extrême-droite, et le Politologue pro-arabe d'extrême-gauche Bruno Etienne, qui aimait le GRECE et la Nouvelle Droite en raison du tiersmondisme et du pro-arabisme de cette autre mouvance de l'extrême-droite. J'ai souvent été à des colloques de cette mouvance. J'ai même parlé dans des conférences où étaient présents des gens de la Nouvelle Droite : or non seulement cela ne fait pas de moi l'un des leurs, mais cela m'a permis de mieux connaître leur pensée rouge-brun-verte, leurs alliances pro-islamistes, leur anti-christianisme viscéral. Enfin, on me repproche notamment d'avoir donné des articles à une revue païenne druidique ultra-confidentielle axée sur l'ésotérisme religieux, Muninn, lorsque j'étais étudiant à Aix en Provence. J'y ai analysé (déjà) les liens de l'Occident avec Ben Laden, le statut d'humiliation des Juifs et des Chrétiens en terre d'Islam, puis écrit que la démocratie était une illusion, reprenant mon sujet de mémoire de l'Université de Milan sur la théorie des élites minoritaires de gaétano Mosca. Depuis quand tout cela constitue-t-il une marque de fascisme ou de filiation à la Nouvelle Droite ? Sachez que j'ai intenté un procès à Canal Plus qui a parlé de cette revue de façon truquée et calomnieuse. J'ai connu la Directrice de publication de Muninn, une fille d'anti-franquistes espagnoles. Il n'y a jamais eu de déclaration antisémites dans cette revue, encore moins pro-fasciste. William Goldnadel a dans ses bureaux des articles de Muninn qui attaquent vigoureusement les puissances de l'Axe, le franquisme, le nazisme et le fascisme. J'ajoute aussi que toutes les revues druidiques néo-païennes ne sont pas liées à la Nouvelle Droite. Muninn est liée au mouvement anarchiste européen et au Mouvement druidique des Gaules et a été étroitement liée aux Roses-Croix à l'époque où je lui avais remis des textes. La grande astuce de mes détracteurs consiste à monter en épingles tel ou tel évènement et à occulter tout ce que j'ai fait qui pourrait montrer que je n'appartiens à aucune mouvance mes conférences au centre Karl Marx, parmi les « Amis du monde diplomatique » (c'est pas ce que j'ai fait de mieux !), ou encore mon adhésion passée à une association liée au PS (Démocratie), etc. Là aussi, plutôt que de m'accuser bêtement, je conseille à mes détracteurs de contacter mon avocat William Goldnadel, qui a rassemblé des centaines d'articles de la Nouvelle Droite ou de revues d'extrême-droite qui expriment leur haine de « Del Valle le sioniste ». On pourrait d'ailleurs demander aux intéressés eux-mêmes, les chefs du GUD ou de la Nouvelle Droite, si ils m'apprécient... En tout cas, dans les publications officielles de la Nouvelle droite (Cartouche, Krisis, Eléments, etc), les néo-païens de la ND dénoncent mes thèses assez violemment et écrivent un moment noir sur blanc que « Del Valle n'appartient pas à notre famille de pensée » et qu'il est plutôt proche à la fois des sionistes et des catholiques traditionalistes », lesquels ont d'ailleurs récemment repris certains de mes articles dans un numéro spécial. Nul doute que pour le seul fait que l'on retrouve un écrit de moi à côté d'articles de catho-tradi, je troquerai bientôt mon image de « néo-païen-pro-sioniste » contre celle de « sioniste catholique réactionnaire » !




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