Source : Spectacle du Monde
Plus que tout autre nouveau candidat à l'entrée dans l'Union européenne, la Turquie pose à ses éventuels partenaires un réel problème existentiel : c'est le premier Etat candidat dont l'« européanité » est discutée voire disputée. Du coup, sa candidature oblige pour la première fois l'Europe à se poser de vraies questions géopolitiques sur son identité, ses limites géographiques et culturelles, son avenir, son développement et son projet.
Le débat sur son adhésion à l'Europe est également une occasion pour la Turquie de faire le point sur elle-même. Pont entre l'Orient et l'Occident, ce pays est déchiré entre, d'une part, un Ouest prospère et une élite occidentalisée plus ou moins ralliée à l'idéologie officielle laïque héritée du kémalisme et, d'autre part, un Est anatolien islamo-asiatique majoritaire, tourné vers le Moyen-Orient. Etrangement, l'AKP, parti islamiste de Recip Erdogan, au pouvoir depuis 2002, trouve son soutien dans les « deux faces de ce Janus ». Ainsi, en même temps qu'elle courtise l'Europe, la Turquie réelle se montre de plus en plus sensible aux sirènes de l'islam, ce qui inquiète les partisans ou opposants de son adhésion tout autant que les forces vives militaro-kémalistes, celles-là mêmes censées défendre l'héritage d'Atatürk et qui assistent au démantèlement de cet héritage par les islamistes eux-mêmes au nom de l'entrée dans l'Union
Tenant compte à la fois de cette inquiétude légitime et des aspirations contradictoires des milieux politiques turcs, Alexandre Del Valle et Emmanuel R azavi s'attachent à présenter dans leur nouvel essai un tableau concret de la situation, dans tous ses contours et sans concession au politiquement correct. Et de constater que, malgré le chemin parcouru, cette Turquie refuse toujours de reconnaître le génocide arménien, ou la république de Chypre, ou d'accorder des droits équitables aux femmes ou aux minorités non musulmanes. l Gérald Olivier
Edition des Syrtes, 320 pages, 19 e.