La Stratégie suicidaire du Hezbollah
Durant un mois, la guerre opposant Tsahal au Hezbollah a fait plus de 170 victimes mortelles parmi les Israéliens (dont une quarantaine de civils). Le cabinet israélien avait alors annoncé qu'il donnait son feu vert officiel à l'armée pour « occuper tous les territoires à partir desquels le Hezbollah tirait des missiles contre le territoire israélien". Ce blanc-seing gouvernemental de 30 jours suspendu in extremis par le Premier Ministre Olmert afin de faciliter l'adoption de la résolution 1701 du Conseil de Sécurité de l'ONU, autorisait Tsahal à projeter ses troupes « jusqu'au fleuve Litani et même au-delà si nécessaire". Jérusalem considérait cette phase des hostilités comme déterminante et stratégique. D'évidence, Israel avait décidé de frapper fort et d'assumer des pertes d'hommes assez conséquentes dans la mesure où il estimait ici devoir démontrer ses capacités à assurer la sécurité de son territoire toujours pilonné tout comme sa force de dissuasion vis-à-vis du monde arabo-musulman dans son ensemble et de la Syrie et de l'Iran en particulier.
La guerre au Liban ne doit pas faire passer au second plan la résolution adoptée par le Conseil de sécurité de l'ONU qui « exige que l'Iran suspende toute activité d'enrichissement et de retraitement, y compris la recherche et le développement, ce qui doit être vérifié par l'AIEA ». Par le chaos libanais, Téhéran a tenu à envoyer un message clair au monde et à démontrer que le dossier de son programme nucléaire doit être relié à celui de la paix au Liban et en Palestine. Le deal était donc assez clair : vous laissez l'Iran se doter de l'arme atomique, et Téhéran deviendra une force de pacification. Sinon, le régime des Mollah et des Pasdarans transformera, grâce au Hezbollah, au Hamas et au Jihad islamique, le Proche Orient en un véritable brasier. Le ministre iranien des Affaires étrangères Larijani expliquait lors de sa rencontre à Beyrouth, avec le Premier ministre libanais, que l'adoption du texte de la résolution de l'ONU sanctionnant l'Iran sur le dossier de l'enrichissement de l'atome risquerait d'« aggraver la crise dans la région » ! L'escalade a donc bel et bien été décidée par le Parti de Dieu et l'Iran via la choura karar, la plus haute instance de décision du mouvement dotée de sept membres, dont deux Iraniens attachés à l'ambassade d'Iran à Beyrouth, qui sont liés aux services de renseignements de Téhéran. Comme l'a justement rappelé Kaveh Mohseini, opposant iranien basé à Paris à la tête de l'association Iran Resist, rappelons que le chef du Hezbollah, cheikh Nasrallah, est un ami de longue date du président de la République Islamique d'Iran, Ahmadinejad. Les deux hommes se sont rencontrés pour la première fois dans les années 80 en Corée du Nord dans le cadre d'une formation suivie auprès des Services de Renseignement de KIM IL SUNG. Dix ans plus tard, alors que Hassan Nasrallah était à la tête du Hezbollah depuis 1992, Ahmadinejad était le responsable au Liban de la Fondation des Martyrs, bailleur de fonds du mouvement chiite
. L'armée iranienne elle-même est présente au Liban, sachant que près de 15000 Gardiens de la révolution iranienne (Pasdarans) appuient le Hezbollah dans sa « Résistance contre Israël ». Grâce à la capture par Tsahal des membres du Hezbollah qui ont enlevé les deux soldats israéliens et en ont tué 7 autres au début du conflit, et à la diffusion par Tsahal lundi 7 juillet de l'interrogatoire d'un des membres du commando, Hussein Ali Suleyman, 22 ans, le Hezbollah apparaît plus que jamais dépeinte par ses propres membres comme une véritable armée extérieure de l'Iran, équipée comme un Etat, extrêmement qualifiée, bien mieux d'ailleurs que l'armée libanaise elle-même. Le Hezbollah est en effet équipé de stocks stupéfiants de missiles syriens et iraniens, de roquettes chargées de roulements à bille anti-personnel, sans oublier les systèmes de communications par satellite et les armes d'infanterie parmi les meilleures, y compris des armes antitank russes et des explosifs Semtex, ainsi que l'entraînement nécessaire pour savoir les utiliser efficacement contre les blindés israéliens. La milice chiite utilise également des missiles antitank moins récents Sager, en guise l'artillerie, détruisant ainsi aisément les maisons où s'abritent les troupes israéliennes. Le 7 août, un avion de combat israélien F-16 avait même intercepté un drone iranien que le Hezbollah avait envoyé au dessus du territoire libanais et qui a été abattu à 10 km de la côte méditerranéenne. Le Hezbollah utilise des tunnels d'où ses hommes peuvent aisément et rapidement sortir, tirer des missiles antitank portés sur l'épaule et disparaître derechef, à l'instar des rebelles Tchétchènes qui utilisaient les égouts de Grozny pour attaquer les blindés russes. Sans parler des milliers d'armes et de matériels cachés dans les reliefs vallonnés du Sud du pays. Cette armée d'environ 2000 hommes, est alimentée par nombre de combattants occasionnels chargés notamment de la logistique et de cacher les armes dans des bâtiments à usage civil. En réalité, si Tsahal n'a pas encore pu en finir avec le Hezbollah, c'est parce qu'il agit comme une guérilla dissimulée au sein de la population civile prise en otage, appuyée par des collaborateurs à temps partiel et des officiers iraniens qui assurent la logistique, trouvent les maisons civiles pour stocker les armes, et apportent matériel et savoir-faire via la Syrie voisine.
Le Hezbollah, poste avancé de l'Axe irano-syrien au Proche-Orient
On a beaucoup insisté sur les stocks de missiles iraniens et syriens dont disposait le Hezbollah et dont plus de 4000 ont été lancés sur Israël. Mais l'Iran et la Syrie ont surtout su profiter du retrait israélien unilatéral du Liban Sud (erreur stratégique d'Israël) pour fournir des moyens de communication par satellite et les meilleures armes pour l'infanterie. Le Hezbollah fonctionne au milieu d'un océan de civils et il est difficile de les combattre sans occuper ou bombarder des secteurs civils. Sur ordre, des combattants sortent de la foule, arment un missile, font feu et se fondent à nouveau dans la masse. Comparé à l'armée israélienne, leur nombre est ridicule, mais les instructeurs des Gardiens de la révolution (Pasdaran) ont appris au Hezbollah l'art de l'organisation militaire. Le Hezbollah agit comme une armée avec ses unités spéciales pour le renseignement, la guerre antichar, les explosifs, la technologie, les communications ou la mise à feu des fusées. Selon un officier des renseignements de Washington, les officiers iraniens de l'armée de l'air se sont rendus à maintes reprises au Liban pour former le Hezbollah à la mise à feu des missiles de moyenne portée comme les Fajr 3 et Fajr 5. Ils ont aussi enseigné au Hezbollah comment viser avec les fusées, user de dispositifs explosifs improvisés avec les effets que connaissent les troupes américaines en Irak. Ils leur ont même appris à se servir des C-802, sol-mer, dont Israël ignorait que le Hezbollah en possédait. Les Israéliens estiment toutefois les Iraniens n'ont pas encore autorisé le Hezbollah d'utiliser contre Tel-Aviv les fusées Zelzal. Le pire est donc peut être pour bientôt
D'où la nécessité de frapper vite et fort selon les officiers de Tsahal. L'ancien président syrien Hafez El Assad faisait quant à lui bien attention à limiter l'approvisionnement en armes du Hezbollah. Mais son fils Bachar, qui est sous la coupe des généraux durs de Damas, a ouvert ses entrepôts de missiles de 220 et 302 mm, tous deux équipés de charges anti-personnelles, à la milice chiite pro-iranienne.. Damas a également alimenté le Hezbollah en armes antichars sophistiquées de fabrication russe, dont des Metis et des RPG 29. Le RPG 29 possède à la fois une charge antichar pour pénétrer le blindage et une charge anti-personnelle. Le Metis, plus moderne, est quant à lui filoguidé à forte vitesse. Certains officiers israéliens sont persuadés que la Syrie baasiste a vendu au Hezbollah des missiles russes Kornet à guidage laser d'un rayon de trois miles, missiles que le Hezbollah pourrait utiliser contre les lignes d'approvisionnement israéliennes si le Tsahal s'engageait plus profondément au Liban. Les techniques mises en oeuvre par le Hezbollah au Liban ressemblent trait pour trait à celles mises en applications par les forces armées et terroristes de la République islamique durant la guerre Iran-Irak des années 80. L'Iran a tiré les leçons de cette guerre de tranchées semblable à la première guerre mondiale européenne dans ses méthodes. Et l'ingéniosité iranienne a conceptualisé les expériences et amélioré les batailles de positions, les techniques de caches d'armes etc... L'Iran n'a fait que transposer sur le sol libanais ce qu'elle avait expérimenté jadis. A ses débuts, le Hezbollah s'était spécialisé dans les prises d'otages et les commandos-suicide. La popularité du groupe terroriste s'enracina parmi les chiites « déshérités » (Mustadhafin) du sud Liban où il installa son mini Etat tout en se réservant un quartier sud de Beyrouth connu sous le nom de Security Square. Le Hezbollah possède des armes bien plus efficaces qu'auparavant et ses hommes n'ont plus peur de Tsahal après 18 ans de harcèlement. Les experts décrivent le Hezbollah comme une armée soigneuse, patiente, adaptée à recueillir des renseignements, et adepte de la guérilla révolutionnaire Maoïste ou Vietcong. Conscient de l'écrasante supériorité de Tsahal, le Hezbollah a adopté la « guerre asymétrique » et a l'avantage de combattre sur son propre terrain. Ses hommes utilisent une tactique très souple sans une grande chaîne de commandement, ce qui les rend très différents des armées arabes qui à la structure de commandement rigide et hiérarchisée, entraînées par les soviétiques, et qui ont été battues par Israël en 1956, 1967 et 1973.
Mais la responsabilité première de morts libanais et israéliens incombe en premier lieu et de façon indiscutable à la folie stratégique de Nasrallah, lequel sert de force de frappe classique extérieure aux Pasdarans et aux Mollahs tout aussi fous de Téhéran
Lorsqu'en 1992, Nasrallah, prit les commandes du mouvement terroriste, il le réorganisa totalement et créa trois commandement régionaux possédant chacun une autonomie militaire. Nasrallah ne cache pas avoir été conseillé par le très secret Imad Mughniyeh, recherché par Washington pour ses activités terroristes et qui a développé la sécurité du Hezbollah en limitant ses communications. Le Hezbollah a installé des unités séparées, largement autonomes, au milieu des civils avec des forces de réserve qui fournissent appui logistique et approvisionnement. Les commandements du Hezbollah voyagent dans de vieilles voitures sans escorte parfois sur des simples scooters - pour maintenir leurs identités secrètes. La tactique du Hezbollah était claire : attirer les Israéliens plus en avant dans le piège du Liban qui les obligera à combattre au sol alors que les soldats israéliens sont dépendants de leurs blindés. Des chars israéliens doivent d'ailleurs faire face à de très fortes bombes plantées sur les routes sur la ligne frontalière. Pendant six années de retrait israélien du Liban, le Hezbollah a donc bel et bien endormi les Occidentaux et Israël, multipliant les fortifications, préparations, armements, etc. Il a surpris les forces israéliennes par son degré de préparation logistique et tactique. Le général Yossi Kuperwasser a d'ailleurs avoué qu'il « admirait » les capacités du Hezbollah à préparer les champs de bataille, ajoutant cependant que Tsahal n'a pas cessé malgré cela de progresser sur le terrain et d'infliger de lourdes pertes à l'ennemi, de nombreux hezbollahis montés au front ayant été tués ou fait prisonniers.
La guerre médiatique et psychologique
Le Hezbollah est aussi rompu aux meilleures techniques de manipulation et de communication et organise des visites de presse quotidiennes pour « montrer » aux journalistes les dommages infligés par Tsahal. Bien entendu, le Hezbollah lance ses roquettes au départ d'écoles d'hôpitaux et de maisons de civils, souvent habitées par des « innocents », de surcroît. Les journalistes sont souvent menacés s'ils n'obéissent pas aux règles mises en place par le parti de Dieu. Chaque journaliste est photographié et les terroristes du Hezbollah conservent une copie de chaque passeport.
Est-il si facile, sous prétexte qu'Israël est l'une des armées les plus puissantes et modernes du monde, d'en découdre avec une milice comme le Hezbollah qui a comme spécificité de mépriser la vie et de se fondre dans la population civile, sans qu'il y ait des « dommages collatéraux », autrement des civils et des innocents tués ? Toute mort est certes déplorable, triste, terrible. Et il ne s'agit pas ici de jouer les va-t-en-guerre. Loin de là. Mais la responsabilité première de morts libanais et israéliens incombe en premier lieu et de façon indiscutable à la folie stratégique de Nasrallah, lequel sert de force de frappe classique extérieure aux Pasdarans et aux Mollahs tout aussi fous de Téhéran. Plutôt que de fustiger Israël, avant-poste de l'Occident et de la Démocratie au Proche-Orient, jugée « brutale » ou « abusant de sa force » en frappant de façon « disproportionnée » et « lâche » un voisin « plus faible que lui », les Européens devraient plutôt songer aux conséquences désastreuses d'un nouveau Munich islamiste. Car c'est bien l'accession de l'Iran au rang des puissances atomiques qui est en jeu. Et c'est en faveur de cette terrifiante perspective que se bat le Hezbollah. Aussi est on fondé de répondre à ceux qui fustigent les « massacres » perpétrés par Tsahal dans sa guerre contre le Hezbollah, par une question simple : pourquoi les morts (certes à déplorer) de Cana ou de Gaza pèseraient-ils toujours plus lourd que ceux de Tel-Aviv, Haïfa, mais aussi Bagdad, Nadjaf, New delhi, Bombay, Casablanca, etc. ? Y aurait il une « préférence » palestinienne au détriment d'autres identités ? Les terroristes arabo-musulmans pro-palestiniens ou se battant officiellement en faveur de cette « cause des causes » seraient-ils toujours plus « excusables », « pardonnables » que les autres ? Y aurait-il des victimes a priori et des bourreaux a priori ? C'est bien en tout cas ce que l'on est porté à croire si l'on en juge par la façon dont la quasi-totalité de la presse européenne et mondiale a traité la crise.
*ALEXANDRE DEL VALLE EST L'AUTEUR DU TOTALITARISME ISLMAMISTE (LES SYRTES) ET DU DILEMME TURC


#1 - Israel said:
18.03.2008 20:54 - (Répondre)
Bravo M DelValle
#2 - hezbollah forever 23.05.2008 15:15 - (Répondre)
notre courage et notre préparation vainceront...Israel domine aujourd'hui la dimension "espace" mais il sait que nous dominons la dimension "temps".. le jour où nous possederons un missile tactique sol/air type stinger, la bataille sera dure et le prix douleureux... pendant ce temps cette armée criminelle massacre des pauvres gens à Gaza...profitez en bien de cette possibilié de tuer sans se soucier..notre haine et notre determination en sont ainsi démultiplié... Exit Bush...Welcome OBAMA l'Europe et la France resteront pro sionistes mais peu importe...ils n'ont aucun interet stratégique... on en parlera donc dans 10 ans..la donne ne sera plus la même