L’indépendance du Kosovo: rêve des Albanais, cauchemar des Serbes...
L’envoyé spécial de l’ONU au Kosovo, Martti Ahtisaari, a récemment proposé de séparer le Kosovo de la Serbie, véritable acte de naissance d’un nouvel Etat sur des bases démographiques permis par la défaite de la Yougoslavie face aux forces occidentalo-américaines en 1999.
Mais sur le plan du droit international, ce nouvel Etat violerait la résolution 1244 de l’ONU qui préconisait le maintien de la Province du Kosovo, certes peuplé à 85 % d’Albanais, mais cœur historique de la Serbie et de l’Eglise orthodoxe serbe, dans le giron serbo-yougoslave, c'est-à-dire dans les frontières internationalement reconnues de la Serbie. L’Espagne, la France et la Grande Bretagne soutiennent la proposition d’Ahtisaari, appuyée par les Etats-Unis, qui abritent depuis longue date un lobby albanais-anti-serbe influent, tandis Moscou envisage de bloquer la proposition d’indépendance par son véto à l’ONU. Autre problème, moral cette fois-ci : une récente note des services secrets allemands, le BND, rédigé par le Général de Brigade Luke Neiman, a révélé que M. Ahtisaari, lié aux leaders séparatistes Albanais, aurait reçu de ces derniers des sommes d’argent considérables. En attendant de voir si ces rumeurs qui font actuellement scandale en Allemagne sont fondées, la perspective d’indépendance du Kosovo risque de raviver la crise déjà ouverte entre la Russie et l’Occident. D’autant que les Etats-Unis sont prêts à l’imposer aux Serbes et aux Russes en contournant l’ONU. Or cette perspective inquiète les non-Albanais du Kosovo, victimes depuis 1999 d’une épuration ethnique qui ne dit pas son nom.
Marko JAKŠIĆ, Président du Conseil National serbe, explique que « depuis que les Albanais tiennent la justice et la police, c’est le chaos. La défense des Serbes n’a pas été réalisée. Depuis 1999 et l’arrivée des forces internationales au Kosovo, au moins 2500 Serbes ont été assassinés par les extrémistes albanais ; or moins de 2500 Albanais sont décédés au moment des bombardements du printemps 1999 ». Déplorant le manque de sécurité régnant partout au Kosovo-Métochie* depuis que les Albanais ont pris le contrôle de la province, Jaksic déplore le fait que les églises orthodoxes-serbes ont toutes été détruites ou brûlées dans la partie Sud de la ville de Mitrovica (zone albanaise), alors que 40 mosquées y ont été construites depuis 1999. « L’exode des Serbes n’est pas nouveau. La bourgade de Srbica comptait en 1978 2000 âmes, dont 45 % de Serbes. Rebaptisée Skenderaj par les Albanais, Srbica a été vidée de tous ses Serbes ».
Membre de la Présidence du Conseil National Serbe de Mitroviça et Président de l’Association des expulsés du Kosovo-Métochie, Nebojsa Jovic, interlocuteur pour les questions de sécurité auprès de la MINUK et de la KFOR, explique que les Serbes du Kosovo, malgré la présence de la KFOR et de la MINUK, craignent de nouvelles émeutes anti-serbes comme celles des 17 et 18 mars 2004, où des Serbes avaient été lynchés par des nationalistes albanais. « La sécurité dépend de la MINUK et de la KFOR, pour moi, il est suspect qu’ils n’arrivent pas à empêcher des incidents. Concernant les pogroms anti-serbes impunis commis par les Albanais depuis 1999, Jovic explique que « le plus grand nombre de crimes albanais a eu lieu pendant les huit ans de « paix » sous administration internationale... Les Albanais expulsés après un an de guerre (1998-1999) entre la police serbe et les extrémistes séparatistes albanais ont pu revenir au Kosovo. Mais huit ans après, on ne donne pas le droit aux 250 000 Serbes et non-Albanais de revenir ».
Concernant les négociations en cours entre Shqipétaris et Serbes, Jovic, qui est un ancien militant démocrate anti-Milosevic, estime qu’il faut les encourager et les poursuive plus que jamais, mais il demandait récemment à M. Ruecker, le Chef de la MINUK « pourquoi il n’avait pas dit au Conseil de Sécurité de l’ONU qu’il était beaucoup trop tôt pour discuter du statut, alors qu’il existe encore des crimes, agressions, expulsions, et toujours 250 000 personnes (majoritairement serbes) qui ne peuvent revenir au Kosovo ».
Concernant le plan Ahtisaari qui justifie l’indépendance du Kosovo par la menace des Albanais de recourir à la violence s’ils n’obtiennent pas l’indépendance, Jovic estime que « c’est un peu comme si les Serbes menaçaient de répandre le chaos au cas où le Kosovo-Métochie ne restait pas en territoire serbe. C’est un non-sens ».
Face au blocage russe et serbe, les négociateurs de la Troïka et de l’ONU ont décidé de prolonger les négociations à 120 jours, sachant que l’indépendance demeure à terme promise à Pristina. Les leaders serbes du Kosovo comme Jovic se demandent ce qu’il va se passer lorsque l’indépendance sera déclarée unilatéralement sans l’aval du Conseil de Sécurité de l’ONU et que certains pays reconnaitront le nouvel Etat qui rêve d’être rattaché à l’Albanie. « La résolution 1244 n’existera plus de facto et en absence de résolution, la Serbie devra faire revenir ses institutions, comme la police, l’armée, et donc revenir à la situation d’avant la Résolution, c’est-à-dire avant 1999, on aura une situation pire que celle d’avant 1999 ». La communauté internationale ne se rend pas compte du danger de la reconnaissance unilatérale, qui revient à expulser la population serbe et les autres non-Albanais du Kosovo». Concernant la partition, pour Jovic, « il n’y a pas de raison pour la Serbie d’accepter une telle solution, car elle se séparerait d’une partie de son territoire ». Il assure que « les Serbes sont prêts à vivre avec les Albanais, mais pas à déchirer le Kosovo et à donner un territoire qui n’a jamais appartenu aux Albanais ». Excluant la partition et l’indépendance, Jovic et Jaksic plaident en faveur du retour à la solution de l’autonomie, en vigueur avant 1989. « Si la Serbie garantit tous les droits aux Albanais, pourquoi demanderaient-ils l’indépendance ? Si les Albanais le désirent, ils pourront participer à la vie politique de Serbie, avoir une représentation à hauteur de 20% au Parlement Serbe, ce qui énorme. Il faut continuer à négocier. A mon avis, nous n’aurons pas de solution avant février, voire mars 2008… ». Suite au prochain épisode.
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#1 - ismael ben abraham 26.08.2007 21:46 - (Répondre)
le Kosovo c,est le début de la destruction de l'europe par les européens eux meme...dans la logique d'eurabia demain se sera la Turquie dans la logique des eurocrates de bruxelles confisqueurs de la démocratie demain il ya aura d,autre s Kosovo en France en Espagne en Italie bref c,est le début d ela destruction de l'intérieur des pays nations comme la france premiere menacée directementconcernée par sa Libanisation sa Palestinisation et donc sa Kosovarisation tout ce qui nous reste est de batir un dossier a charge contre les responsables d'eurabia et de francarabie au nom de quoi ? et ne étant hors la loi sans respecter la voloté des peuple s europeens. Nous sommes en état de légitime défense depuis 30 ans de lacheté et de collaboration criminelle le pire dans tout cela c estq ue ces messieurs de bruxelles ne répondent meme pas a nos questions!! Pourquoi la Turquie et non pas la Russie par exemple quel est l'interet bien compris de L'europe de tous les points de vue marché, démographie ressources naturelles profondeurs stratégique, etc....? ces messieurs nous repondent par des eventuelles menaces de la part des turcs? ces messieurs non content dse celqa ont desarmé le speuples d'europe POURQUOI?
#1.1 - alexandre del Valle said:
06.10.2007 14:40 - (Répondre)
tout est dans mon livre, Le Dilemme turc, les vrais enjeux de la candidature d'Ankara, que vous pouvz consulter à la FNAC ou acheter, Editions des Syrtes. Il est vrai que la Russie rendrait l'Europe autnome géostratégiquement et au niveau des énergies. Mais la logique de l'OTANisation de l'Europe conduit à préférer la Turquie, certes moderne, compétente, disposant d'ne vraie élite , mais non-européenne... le Président Sarkozy a eu raison de dire: "si la Turquie était européenne, ça se saurait"!
#2 - véliocas 28.08.2007 20:50 - (Répondre)
Je suis à peu près sûr que vous êtes abonné à Balkans-info. Je ne vois nul part l'info explosive de la corruption de Athasaari par la mafia albanaise, selon un rapport de la BND. Grosse intoxication du journal serbe qui a lancé l'info? Si c'est le cas, pourquoi la BND n'a pas démenti? Large extrait du dossier sur www.islamisation.fr Bien à vous Joachim
#2.1 - Leiila 18.02.2008 23:29 - (Répondre)
BAS Y A RIEN A DIRE MAINTENANT KOSOVO EST DEVENU UN PAYS !!!!
#3 - véliocas 28.08.2007 20:56 - (Répondre)
J'avais lu votre article il y a deux semaines, je ne me souvenais plus que vous mentionniez ce rapport. Désolé, ça m'apprendra à lire en diagonale ! En tout cas, pour ceux qui veulent en savoir plus, ils savent où aller chercher l'info.
#4 - F.Antoine Vidal.G 28.09.2007 21:45 - (Répondre)
L’indépendance du Kosovo: rêve des Albanais, cauchemar des Serbes...??? SI LE KOSOVO DEVIENT INDEPENDANT SE SERA LE TOUR DES FLANDRES BELGES , DE LA CATALOGNE , DE l,ANDALOUSIE DE L'ECOSSE LA BAVIERE LA BOHEME LA MORAVIE ETC...C,EST L'EUROPE QUI EXPLOSE CPOMME L'ECRIT GALLO
#5 - Qeni 04.10.2007 20:18 - (Répondre)
La résolution 1244 ne "préconisait" nullement le maintien du Kosovo dans les "frontières internationalement reconnues de la Serbie". Le 10 juin 1999, il n'y avait pas de "Serbie" internationalement reconnue mais une soi-disant "République Fédérale de Yougoslavie" que Milosevic avait créée en avril 1992 après avoir tordu en septembre 1991 le bras de son complice Momir Bulatovic pour qu'il n'accepte pas l'indépendance du Monténégro. La soi-disant "République Fédérale de Yougoslavie", reconnue de facto à partir des accords de Dayton, puis formellement à partir de 1996, est entièrement défunte depuis la proclamation de l'indépendance du Monténégro en juin 2006 : le Kosovo ne saurait faire partie d'un Etat qui n'existe plus. La Résolution 1244 ne "reconnaissait" que provisoirement l'"appartenance" du Kosovo à la désormais feue soi-disant "RFY", précisant que son statut final devrait être déterminé ultérieurement. C'est sur le fondement de cette disposition, en dépit du fait que la disparition de ladite soi-disant "RFY" la rendait logiquement caduque, que Martti Ahtisaari a rédigé son plan, qui fait la part trop belle aux prétentions serbes, en y facilitant le séparatisme de fait des communes à majorité serbe inventées sous Milosevic et illustrées par les ingérences de Belgrade au nord de Mitrovica. La nouvelle eût néanmoins été que la Gestapo ex-communiste de Belgrade ne diffuse pas une diffamation quelconque contre l'auteur de ce plan, et elle serait que celle-ci soit reprise en-dehors de ses organes habituels de désinformation. Face à l'obstructionnisme de Moscou au Conseil de Sécurité, les Etat-Unis et la plupart des pays de l'Union Européenne envisagent une reconnaissance unilatérale quoique conditionnelle de l'indépendance, procédure habituelle en droit international et en réalité la seule applicable en l'état. Ce ne sont pas 2 500 Albanais que les Serbolchéviques ont assassinés lors de la campagne de l'OTAN mais 10 000. En tout, depuis le début de la guerre en mars 1998, ce sont 12 500 Kosovars qu'ils ont tués, à comparer aux 18 000 Croates et aux 65 000 Bosniaques qu'ils avaient tués lors de leurs deux autres guerres de conquête et d'extermination contre la Croatie et la Bosnie-Herzégovine entre 1991 et 1995. La libération du Kosovo en juin 1999 a été suivie d'une période de chaos au cours de laquelle quelque 1400 Serbes ont été assassinés, ce qui est MOINS que le nombre des Albanais assassinés au cours de la même période. Depuis, la criminalité au Kosovo est redescendue au niveau de la moyenne européenne. Skënderaj est une commune de la Drenica, bastion traditionnel de la résistance nationale des Kosovars à l'occupation et à l'annexionnisme serbes, et sa population de 65 000 habitants y était albanaise à 98 % avant la guerre de 1998-1999. Il n'y avait pas plus de 200 000 Serbes au Kosovo avant la guerre de 1998-1999. 65 000 en sont partis pendant cette guerre, il en reste 130 000, dont plus de la moitié au sud de Mitrovica. Des 19 personnes qui ont été tuées lors des émeutes de mars 2004, 11 étaient albanaises. "Shqipétaris" est une appellation fantaisiste qui masque en l'espèce une injure raciste : le mot albanais pour "Albanais" est "Shqiptar" (pluriel "Shqiptarë"), et la dérivation "Šiptar" qu'en tirent les Serbes est péjorative, comme "čifut" en serbe veut dire "youpin" alors que "çifut" en albanais veut dire seulement "juif". Le mot albanais qui désigne les indigènes albanais du Kosovo, majoritaires à 90 %, est "Kosovar". Les Kosovars sont les descendants des Dardanes, tribu illyrienne : ce sont les premiers habitants connus du Kosovo alors que les Serbes n'y sont que des envahisseurs tardifs, à partir de la fin du XII° siècle. http://pasta.cantbedone.org/pages/3SGZh9.htm . Les Serbes ne sont que les quatrièmes envahisseurs du Kosovo après les Romains, les Bulgares et les Grecs. En termes de durée de domination légale au cours de l'histoire, les divers états serbes ne sont également que quatrièmes, avec en tout 300 ans dont 250 à la fin du moyen-âge, après les royaumes illyriens, l'empire romain et l'empire ottoman. http://pasta.cantbedone.org/pages/AAyKbW.htm
#6 - bart 05.10.2007 03:41 - (Répondre)
Pour info, les albanais sont parmis les peuples les plus anciens d'Europe et ce n'est pas ce genre de haine raciste que cela changera quelque chose. Quant aux chiffres de 2500 morts serbes, il est complètement faux. Il y a beaucoup de serbes qui veulent vivre en paix et s'intégrer dans la nouvelle réalité du Kosovo mais belgrade les en empèches. Pour ce qui est du plan de l'ex-président Athisari, ce plan offre toutes les garanties aux serbes et autres minorités. A propos de l'argent que l'ex-président Athisari aurait reçu, c'est tellement bas que ... Une dernière info, les serbes sont venu dans la région entre le V et IXè siècle. Les albanais étaient là depuis 1000 ans avant J.C.
#7 - Hunden 05.10.2007 10:01 - (Répondre)
Lorsqu'en mars 1989 Milosevic et sa bande ont détruit juridiquement la fédération yougoslave en supprimant le statut de Province autonome qui était celui du Kosovo en son sein, coup de force qui n'a jamais eu force de loi mais qui déchirait le pacte constitutionnel fédéral, les Slovènes ont dit : "dans ces conditions, nous on s'en va". Le pouvaient-ils juridiquement ? La Constitution yougoslave de février 1974, dans les premiers mots de son préambule, affirme le "droit de sécession" des "peuples de Yougoslavie". Les Slovènes, comme les Croates et les Serbes, étaient un "peuple" : ils avaient donc le Droit de partir. Ce Droit, les Serbes de Croatie l'avaient-ils aussi ? Le même préambule de cette même Constitution dit également : "Les peuples et les nationalités exercent leurs droits souverains dans les républiques socialistes et dans les provinces autonomes socialistes". La conclusion logique qu'on en tire, et qu'en a tirée la Commission Badinter, c'est que les 'peuples' et les 'nationalités' ne peuvent exercer leur 'droit de sécession' QUE dans le cadre d'une 'république' ou d'une 'province autonome'. Et qu'en revanche, une ethnie minoritaire dans sa république ou sa province ne peut prétendre exercer ce droit de sécession aux dépens de ladite république ou province. Les Serbes n'avaient donc pas le Droit de faire sécession de la Croatie ni de la Bosnie-Herzégovine, et encore moins de se tailler des "Régions Autonomes Serbes " puis des "Républiques serbes" à leurs dépens. C'est pourquoi les "républiques" ex-Yougoslaves reconnues depuis l'ont été dans les frontières tracées par Tito en 1945 à partir des travaux de la Commission Djilas. Cette règle constitutionnelle a donc mis en échec la tentative des dirigeants communistes de Belgrade pour faire à la Croatie et à la Bosnie-Herzégovine le "coup" que les Russes ont fait à la Moldavie et à la Géorgie, en y fomentant des sécessions : la communauté internationale n'a jamais accepté de reconnaître comme des États ni la prétendue "République Serbe de Krajina", désormais réintégrée dans l'ordre constitutionnel de la République de Croatie, ni la prétendue "Republika Srpska", qui demeure une simple entité au sein de la Bosnie-Herzégovine et qu'on espère vouée à la disparition. A ce titre, la question du Kosovo demeure : les Kosovars avaient-ils le Droit de sécession ? Oui, les Kosovars avaient le même Droit de sécession que les Slovènes et les Croates . En effet, dans l'ancienne Constitution yougoslave les Kosovars --les Albanais ultra-majoritaires au Kosovo-- étaient une "nationalité" et cette même Constitution, dans son article 245, affirme l'"égalité des Droits" des "peuples et des nationalités". Les Kosovars avaient donc bien le droit de faire sécession dans le cadre de ce qui était leur "province autonome", comme les Croates et les Slovènes ont exercé le leur dans le cadre de leurs "républiques" respectives. Et ce Droit, ils l'ont exercé presque en même temps qu'eux, par une réunion de l'Assemblée parlementaire du Kosovo qui a voté la transformation du Kosovo en république au sein de la Fédération yougoslave, et l'indépendance si celle-ci se dissolvait, dissolution que la "communauté internationale" a officiellement constatée en janvier 1992. Cette décision a été approuvée par référendum en septembre 1991, et officiellement proclamée en octobre de la même année. En vertu de la Constitution yougoslave de février 1974, en vigueur lors de ces événements, Kosovo est donc une république depuis octobre 1991 et indépendant depuis janvier 1992. C'est donc mensongèrement que les Russes présentent l'indépendance du Kosovo comme un dangereux précédent, qui déclencherait des revendications sécessionnistes partout dans le monde, et particulièrement en Europe. Juridiquement, le cas des Kosovars est identique à celui des Croates et des Slovènes, qui ont vu reconnaître leurs indépendances respectives il y a plus de quinze ans. En droit international, autre source possible de droit, la Résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations Unies a "reconnu" le 10 juin 1999 que, en attendant que son statut final soit décidé, le Kosovo appartenait à la prétendue "République Fédérale de Yougoslavie". Cependant, cette soi-disant "République Fédérale de Yougoslavie", attelage de la Serbie et du Monténégro plus ou moins imposé par Milosevic en avril 1992 a entièrement disparu depuis que le Monténégro a proclamé son indépendance en juin 2006 : comme le Kosovo ne peut pas faire partie d'un état qui n'existe plus il se retrouve, ipso facto, aussi indépendant que les Républiques de l'ex-URSS pouvaient l'être quand celle-ci a été dissoute. On n'a donc absolument aucun besoin de repasser par le Conseil de Sécurité, et donc de demander la permission aux fauteurs de troubles poutinesques, pour reconnaître que le Kosovo est indépendant : une reconnaissance unilatérale est parfaitement possible de la part des différents états censés constituer la "communauté internationale", c'est d'ailleurs la procédure ordinaire. Voici quel était le statut constitutionnel de la "province autonome" du Kosovo dans la Yougoslavie de 1989, lorsque le pouvoir communiste serbe de Belgrade a prétendu, illégalement, l'abolir : les prérogatives du Kosovo reproduisaient intégralement celles des six républiques dont l'indépendance est désormais reconnue. Le Kosovo avait son territoire propre, défini et protégé par la Constitution ; il avait sa propre capitale, Prishtina, avec son propre gouvernement responsable devant sa propre assemblée parlementaire, régi par sa propre Constitution et son propre tribunal constitutionnel. Le Kosovo avait la maîtrise complète de ses propres affaires intérieures, y compris de sa propre police, de sa propre administration judiciaire, de son service de sécurité d'État ainsi que de ses propres forces de Défense Territoriale. Le Kosovo était membre de la Fédération à parité stricte avec les autres Républiques : son représentant était membre à part entière de la Présidence yougoslave (c'est-à-dire que la Yougoslavie était une fédération de six républiques ET de deux provinces). La totale autonomie du Kosovo au sein de la Fédération yougoslave se reflétait aussi par le fait qu'aucune ingérence dans ses affaires intérieures, ni de la part de la Serbie ni de l'État fédéral, ne pouvait être juridiquement valide sans sa permission. De même, aucun changement de ses frontières ni de son statut au sein de la Fédération ne pouvait avoir lieu sans sa volonté librement exprimée, ni celle des sept autres entités constitutives de la Fédération. Alors, qu'est-ce qui, dans l'ancienne Yougoslavie, différenciait le Kosovo des six républiques dont l'indépendance est désormais reconnue ? La seule différence entre le Kosovo et les républiques est que celui-ci, formellement, n'était pas une "république" mais "seulement" une "province autonome", comme l'était aussi la Voïvodine. Le seul passage de la Constitution de 1974 qui fasse allusion à une "appartenance" du Kosovo à la Serbie se trouve dans l'article 2, lequel mentionne les provinces de Kosovo et de Voïvodine "qui font partie de la République de Serbie". Cette mention demeure isolée, le texte n'en tire absolument aucune conséquence juridique ; en revanche, à d'innombrables reprises, le reste du texte constitutionnel mentionne ensemble les "républiques" et les "provinces autonomes" comme des entités distinctes et dotées de compétences égales. L'"appartenance" du Kosovo dans la Serbie avait pour seul effet que ses délégués participaient aux travaux de l'assemblée de la République de Serbie et à ceux de l'organisation du Parti communiste de cette république. Cependant, cette participation se limitait aux questions qui affectaient la république dans son ensemble et ne comportaient pas les questions qui n'intéressaient que la Serbie proprement dite --c'est-à-dire le territoire de la République de Serbie moins ceux du Kosovo et de la Voïvodine, de sorte que la Serbie proprement dite fonctionnait comme une entité entièrement distincte du Kosovo et de la Voïvodine. Il s'ensuivait que la Serbie n'avait AUCUN droit de se mêler des affaires intérieures de "ses" deux provinces autonomes : "chacune prise séparément, les provinces autonomes et la Serbie, réduite à une superficie restreinte, sont égales entre elles et pratiquement indépendantes les unes des autres, de la même façon que la Macédoine est indépendante du Monténégro et vice-versa." (Kosta Čavoški, Professeur à la Faculté de Droit de Belgrade) La propagande serbe prétend que Tito aurait "arraché" le Kosovo à la Serbie en 1945. La vérité est que celui-ci n'en faisait pas partie et qu'il l'y a au contraire annexé à cette occasion : sous condition d'autonomie, et en vertu d'une "libre adhésion" du peuple kosovien . Toutes choses que le pouvoir serbe a trop évidemment bafouées en 1989 de sorte que ce peuple avait le Droit, en réponse à cette voie de fait, de reprendre sa liberté comme les Slovènes ont d'ailleurs eux aussi immédiatement déclaré qu'ils le feraient. En effet, l'annexion forcée du Kosovo par la Serbie en 1913 n'a jamais eu de validité légale : bien entendu, si le Kosovo avait alors été annexé à la Serbie, ce n'était pas parce que son peuple l'avait choisi. Ce peuple-là s'était libéré lui-même du joug ottoman à l'été de 1912 et c'est pour l'empêcher d'être libre que la soldatesque serbe et monténégrine l'ont alors envahi. A l'époque, même les Slaves du Kosovo disaient "le Kosovo aux Kosovars" et considéraient l'appartenance "serbe" comme une simple allégeance à l'église orthodoxe de Belgrade plutôt qu'à celle d'Ohrid ou celle de Constantinople. Pour leur part, les puissances européennes réunies entre décembre 1912 et juin 1913 à la Conférence des Ambassadeurs à Londres savaient très bien que le Kosovo était une terre albanaise et la Macédoine une terre bulgare ; elles n'ont accepté leur annexion forcée par la Serbie et le Monténégro que parce qu'elles pensaient qu'il était trop risqué de tenter de l'empêcher -- tout au plus l'Autriche-Hongrie a-telle pu empêcher que la Serbie obtienne un accès à la mer par la vallée du Drin, ce qui, au delà du pathos sur la prétendue "Jérusalem des Serbes", était le véritable motif de cette invasion. C'est ainsi que la Serbie et le Monténégro ont alors annexé la moitié des terres albanaises, et avec elles la moitié de la population albanaise. Cependant, le Parlement de Belgrade n'a jamais ratifié le Traité de Londres signé par les cinq belligérants des Guerres balkaniques, qui aurait légalisé cette double conquête. En outre, l'article 4 de la Constitution de Serbie de 1903 faisait une condition de sa validité légale non seulement la ratification du Traité mais la réunion d'une "Grande Assemblée Nationale" à compétences constitutionnelles, qui seule aurait pu entériner ce changement de frontières qu'impliquait l'annexion forcée du Kosovo et de la Macédoine. Rien de tout cela n'a été fait c'est ainsi que le Kosovo n'a jamais légalement appartenu à cette Serbie-là. Peu après d'ailleurs, en 1915, les armées autrichienne et bulgare libéraient le Kosovo de l'occupation serbe. En 1918 la Serbie reconquiert le Kosovo et la Macédoine, mais se fond elle-même immédiatement dans le Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes, précurseur de la Yougoslavie. La première Yougoslavie (monarchiste) se décompose en 1941 et en 1945 elle est remplacée par la Yougoslavie fédérale de Tito, dont celui-ci a tracé les grandes lignes en novembre 1943. Alors, même si c'est contre la volonté de ses habitants et au prix de force massacres que Tito reconquiert le Kosovo, il n'est pas, lui, un nationaliste serbe et il sait donc très bien que c'est une terre albanaise. Il envisage même de le rendre à l'Albanie dans le cadre d'une plus grande Fédération balkanique dont Staline fera échouer le projet en juin 1948. Qu'en faire en attendant ? La fiction officielle était que la Yougoslavie titiste devait sa légitimité non pas aux annexions antérieures du régime des Karageorgevitch, mais à la "Guerre de Libération Nationale" qui l'avait délivrée de l'occupation étrangère. C'était censé être une fédération "volontaire" de peuples "souverains", d'où la mention du "droit de sécession" des "peuples" et, comme celles-ci étaient censées avoir des "droits égaux", des "nationalités". Cette fiction de départ a eu des conséquences juridiques : c'est tout l'ordre constitutionnel yougoslave -- celui que les Serbes ont ouvertement remis en cause à partir de 1986 et que Milošević et sa bande ont détruit à partir de 1988 -- qui garantissait son autonomie au Kosovo, et au nom de la "souveraineté" de son peuple, censé avoir "participé" à la "Guerre de Libération Nationale" et "volontairement adhéré" à la Fédération. Le rapport juridique du Kosovo à la Serbie était de ce fait fondamentalement autre que celui qui résultait des annexions forcées précédentes ; son autonomie, ce n'était pas la Serbie ni la Yougoslavie qui la lui avaient "octroyée", de sorte qu'elles auraient pu la lui reprendre sans son consentement : au contraire, elle avait désormais sa légitimité politique propre, fondée sur le "consentement populaire", définie et protégée par la Constitution. C'est aussi pourquoi Milošević n'avait absolument aucun droit d'y mettre fin et que juridiquement, ce qui était en fait une tentative d'annexion forcée d'une des huit entités constitutives de la Fédération yougoslave par une autre, est toujours nulle et non avenue. Le statut du Kosovo qui est aujourd'hui conforme au principe de légalité, c'est l'indépendance. Evidemment, le fait que cette garantie constitutionnelle pour un statut de république sans en avoir le nom n'ait absolument pas tenu face aux coups de force de Milošević, et que la "communauté internationale" en ait tiré prétexte pour refuser de reconnaître l'indépendance en 1992, et pour reconnaître la soi-disant "République Fédérale de Yougoslavie" en 1996, donne a posteriori raison aux Kosovars qui réclamaient le statut de république, et les confirme aujourd'hui dans leur volonté d'indépendance. Les formules-bidon à la Koštunica, du genre "Plus que l'autonomie, moins que l'indépendance", justement, on a déjà donné.
#8 - Qeni 07.10.2007 23:20 - (Répondre)
La résolution 1244 ne "préconisait" nullement le maintien du Kosovo dans les "frontières internationalement reconnues de la Serbie". Le 10 juin 1999, il n'y avait pas de "Serbie" internationalement reconnue mais une soi-disant "République Fédérale de Yougoslavie" que Milosevic avait créée en avril 1992 après avoir tordu en septembre 1991 le bras de son complice Momir Bulatovic pour qu'il n'accepte pas l'indépendance du Monténégro. La soi-disant "République Fédérale de Yougoslavie", reconnue de facto à partir des accords de Dayton, puis formellement à partir de 1996, est entièrement défunte depuis la proclamation de l'indépendance du Monténégro en juin 2006 : le Kosovo ne saurait faire partie d'un Etat qui n'existe plus. La Résolution 1244 ne "reconnaissait" que provisoirement l'"appartenance" du Kosovo à la désormais feue soi-disant "RFY", précisant que son statut final devrait être déterminé ultérieurement. C'est sur le fondement de cette disposition, en dépit du fait que la disparition de ladite soi-disant "RFY" la rendait logiquement caduque, que Martti Ahtisaari a rédigé son plan, qui fait la part trop belle aux prétentions serbes, en y facilitant le séparatisme de fait des communes à majorité serbe inventées sous Milosevic et illustrées par les ingérences de Belgrade au nord de Mitrovica. La nouvelle eût néanmoins été que la Gestapo ex-communiste de Belgrade ne diffuse pas une diffamation quelconque contre l'auteur de ce plan, et elle serait que celle-ci soit reprise en-dehors de ses organes habituels de désinformation. Face à l'obstructionnisme de Moscou au Conseil de Sécurité, les Etat-Unis et la plupart des pays de l'Union Européenne envisagent une reconnaissance unilatérale quoique conditionnelle de l'indépendance, procédure habituelle en droit international et en réalité la seule applicable en l'état. Ce ne sont pas 2 500 Albanais que les Serbolchéviques ont assassinés lors de la campagne de l'OTAN mais 10 000. En tout, depuis le début de la guerre en mars 1998, ce sont 12 500 Kosovars qu'ils ont tués, à comparer aux 18 000 Croates et aux 65 000 Bosniaques qu'ils avaient tués lors de leurs deux autres guerres de conquête et d'extermination contre la Croatie et la Bosnie-Herzégovine entre 1991 et 1995. La libération du Kosovo en juin 1999 a été suivie d'une période de chaos au cours de laquelle quelque 1400 Serbes ont été assassinés, ce qui est MOINS que le nombre des Albanais assassinés au cours de la même période. Depuis, la criminalité au Kosovo est redescendue au niveau de la moyenne européenne. Skënderaj est une commune de la Drenica, bastion traditionnel de la résistance nationale des Kosovars à l'occupation et à l'annexionnisme serbes, et sa population de 65 000 habitants y était albanaise à 98 % avant la guerre de 1998-1999. Il n'y avait pas plus de 200 000 Serbes au Kosovo avant la guerre de 1998-1999. 65 000 en sont partis pendant cette guerre, il en reste 130 000, dont plus de la moitié au sud de Mitrovica. Des 19 personnes qui ont été tuées lors des émeutes de mars 2004, 11 étaient albanaises. "Shqipétaris" est une appellation fantaisiste qui masque en l'espèce une injure raciste : le mot albanais pour "Albanais" est "Shqiptar" (pluriel "Shqiptarë"), et la dérivation "Šiptar" qu'en tirent les Serbes est péjorative, comme "cifut" en serbe veut dire "youpin" alors que "çifut" en albanais veut dire seulement "juif". Le mot albanais qui désigne les indigènes albanais du Kosovo, majoritaires à 90 %, est "Kosovar". Les Kosovars sont les descendants des Dardanes, tribu illyrienne : ce sont les premiers habitants connus du Kosovo alors que les Serbes n'y sont que des envahisseurs tardifs, à partir de la fin du XII° siècle. http://pasta.cantbedone.org/pages/3SGZh9.htm . Les Serbes ne sont que les quatrièmes envahisseurs du Kosovo après les Romains, les Bulgares et les Grecs. En termes de durée de domination légale au cours de l'histoire, les divers états serbes ne sont également que quatrièmes, avec en tout 300 ans dont 250 à la fin du moyen-âge, après les royaumes illyriens, l'empire romain et l'empire ottoman. http://pasta.cantbedone.org/pages/AAyKbW.htm
#9 - sanspoul 08.10.2007 00:03 - (Répondre)
http://pasta.cantbedone.org/pages/3SGZh9.htm Les Albanais ont-ils envahi le Kosovo ? par Alain Ducellier, Professeur à l'Université de Toulouse-II Le Mirail, Spécialiste de l'histoire médiévale des Balkans Préface de Gisèle Kurti-Clerc Les peuples des Balkans, comme en général les peuples dont l'histoire tumultueuse a été semée de souffrances, ont un malaise commun, qui consiste en une immense difficulté à envisager leur avenir sans se référer à un passé, lui-même objet de manipulations. Aussi, chaque peuple tente-t-il de s'approprier un morceau de l'Histoire, un peu à la manière d'une recette de cuisine à laquelle on ajouterait tel ou tel ingrédient en vue d'en accommoder la saveur à des goûts bien particuliers. La référence à un passé, aussi bien fictif que réel, se faisant souvent par le biais d'arguments pseudo-historiques — le plus souvent politisés — peut être une arme dangereuse entre les mains de qui sait en tirer parti. L'actuel président de la Serbie, Slobodan Miloseviç, ainsi que l'écrivain Dobrica åosiç, idéologue du nationalisme serbe et président de "la nouvelle Yougoslavie" — Serbie et Monténégro, se sont abondamment servis du levier que représentait la Kosove — la prétendue "Vieille Serbie", pour soulever un peuple tout entier contre une population autochtone qui n'avait, de loin, pas les moyens de se défendre. D'un autre côté, en Bosnie- Herzégovine, la purification ethnique à laquelle nous assistons aujourd'hui, orchestrée par les autorités de Belgrade, nous rappelle douloureusement les tragiques événements de la deuxième guerre mondiale, où l'anéantissement de millions de Juifs fut organisé sous le pernicieux prétexte de rendre à la "race aryenne" sa pureté originelle. La notion d'"aryen", d'ailleurs, n'eut jamais aucun fondement scientifique digne de ce nom. Elle ne fut qu'un délire de plus, qui avait germé dans les cerveaux de déments. Si l'on considère maintenant la démographie historique de la région qui nous intéresse, en l'occurrence la Kosove, on constate, qu'entre les arguments pseudo-historiques imaginés par les représentants de la Serbie et la réalité effective qui nous est livrée par l'archéologie, la linguistique et l'histoire, il y a un immense décalage. En effet, il est très largement admis, aujourd'hui, que les Albanais sont les descendants directs des peuplades illyriennes, elles-mêmes attestées dès la plus haute Antiquité sur une vaste zone de peuplement comprenant, en gros la Dalmatie, le Monténégro, une partie de l'ex-Macédoine yougoslave et la Kosove. Cette dernière région se nommait alors "Dardania". La clé de cette appellation nous est livrée par la langue albanaise le mot "dardhë" signifiant "poire". Il s'agissait donc du "Pays des Poires", peuplé de Dardanes, population illyrienne d'où sont issus la majorité des actuels Kosovars albanophones. A l'arrivée des tribus slaves, de nombreux Illyriens s'assimilèrent naturellement aux nouveaux venus — notamment en Dalmatie, et le noyau de peuplement illyro-albanais se réduisit, pour atteindre à peu près les dimensions des régions actuellement habitées par les Albanais. La période cruciale de l'Histoire de la Kosove commençant avec le Moyen-Age, nous donnerons la parole à Alain Ducellier, éminent historien, professeur à l'Université de Toulouse et auteur de nombreux ouvrages sur l'Empire byzantin, l'Eglise orthodoxe et l'Histoire médiévale des Balkans. Lui, mieux que quiconque, a su éviter les pièges tendus par les nationalistes de tout bord qui n'utilisent l'histoire que dans un but politique, où les visées d'extension territoriales ne sont même pas voilées. Dans un langage clair et à la portée de tous, il nous donne une vision objective — chose précieuse et rare — de l'histoire de la Kosove. […] Soyons donc clair : dans les Balkans plus encore que partout ailleurs, il n'est pas d'autre argument soutenable, pour déterminer l'appartenance nationale de telle ou telle région, que le constat de son occupation actuelle par une majorité nationale dûment reconnue; en ce sens, le Kosovo, habité aujourd'hui par une population aux deux tiers albanaise, ne saurait être évidemment considéré que comme albanais, et ceci en-dehors de toute idée de rattachement à l'entité politique nommée "Albanie". Que dirait-on, en effet, si, constatant l'existence d'une majorité germanique en Alsace, on voulait en faire une province allemande au sens politique du terme ? Ces considérations d'évidence font mesurer, le danger qu'il y a à utiliser des arguments "historiques" pour fonder le bon droit d'un peuple à dominer des territoires qu'il a perdus ou qu'il n'occupe plus que minoritairement : on sait le rôle que l'idée de " patrie originelle " a joué dans la genèse et la justification d'Israël. Cependant, lorsqu'on voit l'obstination avec laquelle on emploie l'argument historique pour prouver que les Serbes ont un "droit" sur le Kosovo dont ils seraient les plus anciens habitants, ensuite dépossédés par les Albanais, il n'est pas mauvais de montrer que, pour une fois, l'histoire et la situation actuelle concordent. Dans un article récent, Michel Aubin rappelle, ce qui est vrai, que le Kosovo constitua "le centre économique et politique du royaume médiéval serbe aux treizième et quatorzième siècles [1]" ; ce serait donc seulement la conquête turque qui, après avoir éliminé les Serbes des meilleures terres, les aurait enfin contraints, surtout en 1690 et 1738, à émigrer vers la Hongrie méridionale pour les remplacer par des éléments islamisés venus d'Albanie du Nord. N'insistons pas sur le fait que l'installation d'un centre de pouvoir politique et économique dans un territoire donné ne garantit nullement, surtout au Moyen Age, le caractère ethniquement dominant de ceux qui détiennent l'autorité politique : c'est ainsi que le petit despotat " serbe " de Serrès, en Grèce du Nord, a pu dominer, de 1355 à 1371, une population massivement grecque [2]. On ne répétera jamais assez que le nationalisme est une invention moderne, heureusement inconnue des peuples médiévaux qui n'étaient pas aussi sensibles que nous au caractère "étranger" de ceux qui pouvaient les dominer temporairement. Admettons cependant que les Serbes aient été majoritaires au Kosovo au treizième siècle on ne peut alors s'empêcher de se demander qui habitait la région auparavant. Chacun sait que les Slaves sont le peuple indo-européen le plus tard venu en Europe, puisque les vagues successives de leurs invasions s'étalent sur les VIe et VIIe siècles [3]. On sait aussi que, à cette époque, plusieurs siècles de romanisation n'avaient pas pour autant fait disparaître les vieilles populations autochtones, Daces en Roumanie, Thraces en Bulgarie, Illyriens en Dalmatie, Albanie, Macédoine. Pour nous en tenir au Kosovo, nul ne nie que, depuis au moins le XVIIIème siècle avant notre ère, il ait vu naître et se développer plusieurs formations politiques illyriennes qui passèrent peu à peu du stade tribal au statut de véritables petits royaumes, Dardanes, Pénestes, Paéoniens, pour ne citer que les plus importants [4]. Or, les travaux les plus récents, aussi bien linguistiques qu'archéologiques, tendent tous à prouver aujourd'hui que les Illyriens sont sans aucun doute les ancêtres directs des Albanais [5]. En ce qui concerne l'archéologie, l'étude de la céramique et de la bijouterie (boucles d'oreilles, broches, bagues et surtout fibules) prouve qu'il y a une extraordinaire continuité dans les formes et les techniques entre les nécropoles illyriennes antiques et les trouvailles faites sur les sites médiévaux que l'on peut dater des VIe-VIIe siècles de notre ère (Kalaja e Damalcës près de Pulca et surtout Kruja) la chose est si vraie que l'archéologue yougoslave B. åoviç a pu dater le matériel de Kalaja e Dalmacës des VIe-VIIe siècles avant notre ère [6]. Or, il faut rappeler que les fouilles de Kalaja e Dalmacës ont été entreprises au cours du dernier siècle et que chacun convenait, à l'époque, qu'elles étaient le témoin de l'"ancienne civilisation slave" [7]. A coup sûr, cette continuité illyro-albanaise ne se lit pas seulement sur le territoire actuel de l'Albanie : les découvertes faites dans la nécropole de Mjele, près de Virpazar, en Monténégro, et sur deux sites de la région d'Ohrid, en Macédoine, ont en effet permis de mettre au jour des objets appartenant à la même civilisation [8]. Bien entendu, l'activité particulièrement grande des archéologues albanais depuis la Libération doit être seule prise en compte pour expliquer la plus grande abondance des trouvailles faites sur le territoire national. En l'absence de tout document qui prouverait l'anéantissement, ou l'émigration des populations illyriennes locales lors des invasions slaves, il est donc naturel de penser que, pendant tout le Haut Moyen Age, le Kosovo, comme l'Albanie elle-même, a gardé constamment une population, essentiellement illyrienne, c'est-à-dire albanaise. Certes, on assista à un phénomène de slavisation, dont la toponymie est le meilleur témoin, mais on sait que la toponymie est un argument de peu de valeur pour déterminer l'ethnie d'une population : songeons au très grand nombre de toponymes slaves que l'on trouve en Albanie même, où nul ne songerait à soutenir que la population ait jamais été majoritairement slave. Au reste, un tel argument ne servirait guère les tenants de la "thèse serbe" puisque la majorité des toponymes slaves du Kosovo comme de l'Albanie semblent bien être plutôt bulgares que serbes, ce qui est fort naturel puisque les Bulgares ont occupé la région dès le IXe siècle et surtout à la fin du Xe, à l'apogée du dernier empire bulgare dont la capitale était Ohrid [9]. A cette époque, les Serbes sont encore loin du Kosovo : en effet, aux IXe-Xe siècles, leurs premières formations cohérentes sont la Rascie, dans la vallée de l'Ibar, à l'ouest de la Morava, et la Zéta, qui correspond en gros à l'actuel Monténégro ; ce n'est qu'au moment où le prince Stjepan accède au titre royal, en 1217, que l'Etat serbe se dilate et englobe la région de Peja (Peç) [à l'époque Ipek], l'essentiel du Kosovo restant pourtant encore en dehors de ses limites. N'insistons donc pas : toute argumentation de type "historique" ne peut que se retourner contre la thèse "serbe" puisque l'Histoire nous apprend que les Serbes sont, à l'égard du Kosovo, des envahisseurs très tard venus. [après les Romains, les Bulgares et les Grecs] La domination serbe a-t-elle fait disparaître la vieille population illyro-albanaise? En fait, ce sont les textes serbes eux-mêmes qui nous prouvent le contraire : en 1348, une donation faite par le grand tsar Stepan IX Du‰an au monastère des Saints Michel et Gabriel de Prizren nous prouve qu'il existait, probablement dans les environs de cette ville, au moins 9 villages qualifiés d'albanais (arbana‰) [10]. L'an suivant, le célèbre code promulgué par ce même souverain nous prouve qu'il existait, dans nombre de villages de son domaine, aux côtés des populations slaves, des éléments valaques et albanais dont le dynamisme devait être considérable, puisque le tsar s'efforce de limiter leur installation sur les terroirs [11]. Précisons que si les Valaques et les Albanais sont désormais considérés comme des nomades, ce n'est certes pas parce qu'ils sont des "pasteurs originels", mais simplement parce qu'ils ont été réduits à cette situation par la pression économique et politique du peuple dominant ; déjà en 1328, il en allait de même dans les régions de Diabolis, Kolônée et Ohrid où Jean Cantacuzène narre la rencontre de l'empereur byzantin Andronic III avec les "Albanais nomades" de la Macédoine centrale [12]. A coup sûr, la domination serbe paraissait lourde aux Albanais [catholiques] soumis ; même compte tenu des claires intentions de propagande de l'auteur, il y a sans doute du vrai dans ce qu'écrit, vers 1332, un propagandiste de la Croisade, Guillaume d'Adam : "parce que les dits peuples, tant Latins qu'Albanais, sont opprimés par le joug insupportable et la très dure servitude du seigneur des Slaves qui leur est odieux et abominable, parce que leur peuple est chargé d'impôts, leur clergé abattu et méprisé, leurs évêques et leurs abbés très souvent enchaînés, leurs nobles dépossédés... Tous, ensemble et individuellement, croiraient rendre leurs mains sacrées s'ils les plongeaient dans le sang des susdits Slaves" [13]. Ajoutons que les auteurs byzantins sont très sensibles à l'unité de population depuis l'Albanie jusqu'à la Macédoine : l'historien Laonikos Chalkokondylis, qui écrit au XVe siècle, après avoir souligné que les Albanais de son temps sont fort différents des Serbes et des Bosniaques [14] conclut qu'il n'y a pas d'autre peuple qui, plus que les Albanais, ressemble aux Macédoniens [15]. C'est dans ce contexte que commence la conquête turque, dans la seconde moitié du XIVe siècle, et il est vrai que c'est à la faveur de cet épisode que les Albanais peuvent se réaffirmer au Kosovo, mais certainement pas de la manière dont la chose est présentée d'ordinaire : loin d'arriver "dans les fourgons de l'ennemi", la population albanaise, depuis le lac de Shkodra jusqu'au Kosovo, fit bloc avec les autres populations chrétiennes. Lors du choc décisif de 1389, les auteurs grecs mentionnent, auprès des Serbes et des Bulgares, les Albanais du Nord, ceux de Himara, d'Epire et de la région côtière [16]. Quant à la chronique turque d'Idrisi Bitlisi, elle mentionne spécialement la participation des Albanais de la région de Shkodra dont le prince, Georges Balsha, aurait mené 50 000 hommes à la bataille [17]; les mêmes renseignements sont d'ailleurs repris par d'autres chroniques ottomanes comme celles d'Ali et de Hoca Saadeddin [18]. La défaite de 1389, en désorganisant complètement l'Etat serbe, laissa le champ libre aux seigneurs locaux les plus dynamiques, parmi lesquels les princes albanais du Nord et du Nord-Est le plus remarquable est Jon Kastrioti, le père de Skanderbeg qui, depuis les hautes régions du Mati, réussit, à la fin du quatorzième et au début du quinzième siècle, à se tailler une vaste principauté qui va de l'estuaire de l'Ishmi jusqu'à Prizren, au coeur du Kosovo. En 1420, en conséquence, il délivrait aux Ragusains un privilège commercial depuis la côte "sur ses terres jusqu'à Prizren" [19]. Ce nouveau pouvoir albanais ne fut certainement pas sans conséquences sur le développement d'une classe marchande au sein d'une population jusque là fort déprimée : les archives de Raguse (Dubrovnik) prouvent, par exemple, qu'un certain nombre de négociants albanais de Raguse séjournent désormais volontiers au Kosovo ; en mars 1428, c'est le cas de Marcho de Tani à qui la République expédie une lettre à Prishtina [20] et, même après la soumission des Kastriot aux Turcs, on trouve encore, dans la même ville en 1448, le marchand albanais Chymo Mathi de Tani [21]. Aussi n'avons-nous aucune raison de penser que les Ottomans, dans cette phase de leur conquête, se soient spécialement appuyés sur les Albanais qu'ils auraient opposés aux Slaves. Il n'est sans doute pas inutile de rappeler que les Albanais sont alors chrétiens comme les Serbes et n'ont aucune propension spéciale à se soumettre aux Ottomans. S'il est hors de propos ici de parler de l'oeuvre de Skanderbeg, dont certaines actions se situent d'ailleurs aux confins du Kosovo, on rappellera que l'historien byzantin Doukas, au milieu du XVe siècle, donne pour principale cause du triomphe turc l'amoindrissement des Albanais, depuis la Dalmatie jusqu'à la Thrace [22]. Quant aux chroniques turques, elles ne manquent pas de mentionner les soulèvements albanais au Kosovo, spécialement celui de 1467 qui voit les "révoltés" piller les troupeaux dans la région de Tetova, sous la direction d'un "traître" nommé Iskender [23]. Il est donc évident qu'une importante population albanaise se trouvait au Kosovo dès avant la conquête turque, sans qu'il soit besoin pour expliquer ce fait, de supposer le déclenchement de migrations massives dont les sources ne parlent pas ; le fait qu'il ne soit jamais question de heurts entre Slaves et Albanais à l'époque du tsar Dusan et surtout lors de l'élaboration de la principauté des Kastriot tend au reste à prouver que le "pouvoir albanais" s'est étendu progressivement et a été généralement bien accepté par les populations locales, sans doute parce que celles-ci comprenaient déjà, de tous temps, d'importants éléments albanais. Quant à déterminer l'importance relative des Albanais par rapport aux Slaves au Kosovo au XVe siècle, il faut dire que c'est à peu près impossible, malgré les ressources nouvelles que nous apportent les registres cadastraux ottomans (defterler) que des éditions récentes mettent à notre disposition : le meilleur exemple en est la publication, en 1974, par Selami Pulaha, du registre du Sandjak de Shkodra, daté de 1485, et qui recouvre les régions de Shkodra, Peja (Pec), Podgorica (Titograd) et Bihor [24]. Soulignons d'abord l'extrême honnêteté avec laquelle S. Pulaha traite les riches données toponymiques et anthroponymiques fournies par cette source : il est bon de répéter avec lui qu'un Albanais peut fort bien porter un nom slave et réciproquement, et qu'une toponymie slave ou albanaise ne préjuge pas de la nature des populations considérées [25]. Cependant, il est sûr que l'usage conjoint d'une double toponymie et d'une double anthroponymie témoigne d'un mélange ethnique dont on peut, suivant les régions, doser les composantes en ce qui concerne le sandjak de Shkodra (qui, rappelons-le, comprend toute la zone kosovare de Peja), S. Pulaha distingue ainsi trois ensembles où l'élément albanais est plus ou moins représenté : région de Shkodra où les Albanais constituent l'énorme majorité, région de Piper, Shestan, Altun-ili, où semble s'établir un certain équilibre entre les deux populations, zone de Peja où les Albanais constituent une minorité considérable [26] et où l'on observe, entre autres choses, que bon nombre de villages qui portent un nom slave sont en réalité peuplés majoritairement d'Albanais [27]. La conclusion essentielle est qu'un mélange aussi intime entre les deux éléments de la population serait tout à fait inimaginable si l'un ou l'autre de ces éléments s'était récemment installé dans la région ; le cadastre ottoman de Shkodra démontre donc, surtout pour la zone de Peja, que les Albanais constituent bien une composante très ancienne de la population locale ; et comme, en outre, nous n'avons pas connaissance d'aucun mouvement massif d'Albanie vers le Kosovo avant le XVIe siècle, il faut penser qu'une bonne part de l'élément albanais kosovar puise ses racines dans la vieille population illyro-albanaise qui dominait depuis l'Antiquité [28]. En ce qui concerne le reste du Kosovo, beaucoup reste à faire, mais on doit savoir qu'a été conservé un très ancien registre cadastral qui, cette fois, s'applique au Kosovo central (Vilkili) de ce registre, daté de 1455, l'historien bosniaque A. Hanzic tire exactement les mêmes conclusions : l'imbrication extrême des deux populations implique, là aussi, la perpétuation du vieux substrat albanais [29]. Il faut ajouter que cet élément albanais fut renforcé, dès les débuts du XVe siècle, par une immigration " économique " surtout entraînée par l'exploitation des richesses minières du Kosovo, spécialement vers les importantes exploitations argentifères de Srebrenica et de Novo Brdo[/Novobërda] ; ces Albanais, toujours chrétiens bien entendu, sont des techniciens qui, très souvent, ont commencé par émigrer vers Raguse et qui proviennent surtout de l'Albanie côtière septentrionale (Tivar, Shkodra), mais aussi des zones montagneuses (Mati) [30]. Cependant, ces techniciens sont établis au Kosovo depuis parfois plusieurs générations ainsi en est-il de Petar Gonovich Priztenaz (de Prishtina) [31], de Johannes Progonovich de Novomonte (Novo Brdo) et sans doute de bien d'autres [32]. Il n'est pas sans intérêt de noter que, encore au dix-septième siècle, cette immigration d'Albanais catholiques attirés par le travail des mines se poursuivait et entraînait l'établissement de ces travailleurs à Novo Brdo, Gjakova, Prishtina, Trepça, au rapport des visiteurs envoyés par le pape dans la région [33]. Concluons : au Kosovo, ce sont évidemment les slaves ou les peuples slavisés, Bulgares puis Serbes, qui ont occupé, à partir du VIIe siècle, une région dont la population était massivement illyro-albanaise depuis l'Antiquité. Certes, l'implantation slave et la slavisation inévitable d'une partie de la population originelle a permis aux Serbes, au début du XIIIe siècle, de faire du Kosovo leur principal centre politique et économique, mais nul ne pourra jamais savoir quelles étaient, à cette époque, les proportions respectives des deux éléments, dont la coexistence semble pourtant avoir été sans grand problème. Ensuite, la conquête ottomane et l'affaiblissement progressif de la Serbie a permis à la population albanaise, à la fois par réaction interne et grâce au flux migratoire pacifique des Albanais chrétiens du Nord, de peser d'un poids de plus en plus grand au Kosovo. Beaucoup d'études sont encore nécessaires pour pouvoir l'affirmer, mais il est probable que, avant même les migrations slaves de 1690 et 1738 [la première étant pure invention de l'historiographie pseudo-nationaliste serbe, comme Malcolm l'a montré en découvrent deux manuscrits olographes du Pariarche censé, selon la légende, avoir mené les "37 000 familles" en Voïvodine], les Albanais constituaient, au Kosovo, une importante minorité, sinon la majorité de la population. Il serait d'ailleurs injuste d'oublier que les Serbes ne furent pas les seuls à fuir les zones dès lors islamisées au moment même de la grande émigration serbe de 1737-38 : plusieurs milliers d'Albanais chrétiens quittent les zones montagneuses de la région de Shkodra et vont s'établir dans les environs de Karlovac, en Croatie où le gouvernement autrichien les utilise dans le cadre de sa politique de colonisation militaire; or, ces "Klementiner" [Këlmendi], comme les nomment les textes autrichiens, s'y trouvent intimement mêlés à des éléments serbes, émigrés au même moment et installés de la même manière, ils y maintiendront leurs traditions et leur langue jusque vers 1910, date de leur slavisation définitive [34]. La "déslavisation" du Kosovo est donc un faux problème : elle est seulement le résultat de ces vastes mouvements de convexion qui ont toujours caractérisé l'histoire des peuples balkaniques; appuyé sur un vieux substrat resté albanais, ce mouvement s'est fait sans violence tout au long du Moyen Age et des premiers Temps Modernes en sorte que les épisodes de 1690 et de 1738 doivent seulement être considérés comme son point d'aboutissement. Ce mouvement séculaire n'a évidemment rien à voir avec les vastes projets du gouvernement yougoslave qui, entre les deux guerres, cherchait à combiner le partage de l'Albanie avec l'Italie fasciste et l'expulsion massive des Albanais vers la Turquie [35]. Notes : [1] Michel Aubin, "Du mythe serbe au nationalisme albanais", Le Monde, 5-6 avril 1981, p. 2. [2] Georges Ostrogorskij, Serska Oblast posle Dusanove smrti ("Le district de Seres après la mort du roi Dusan"), Belgrade, 1965. [3] Sur les Serbes, en particulier, cf. H. Grégoire, "The Origin and the Name of the Croats and the Serbs", Bizantin, 17, 1945 et S. Novakovic, "Srpske Oblasti X.-XI. veka" ("Les territoires serbes aux X°-XI° siècles), Glasnik Srpskog drustva, 1880, p. 48. [4] La bibliographie sur les Illyriens est considérable. Il suffit de mentionner la collection archéologique "Illyria" (6 tomes publiés, Tirana 1971-1976) ; The Illyrians and the Genesis of the Albanians, Tirana 1971 et The Acts of the Conference of Illyrian Studies, en deux tomes, Tirana 1974. [5] S. Anamali et M. Korkuti, The lllyrians and the Genesis of the Albanians in the Light of Albanian Archaeological Studies, dans la collection portant le même titre, pp. 1 1-39 ; sur les données linguistiques, cf. Eqrem Çabej, The Illyrians and the Albanians, dans le même tome, pp.41-52. [6] B. Covic, "Osnovne materialne karakteristike Ilira na njihovom centralnom podrucju" ("Caractéristiques matérielles fondamentales des Illyriens dans leur région centrale"), Sarajevo Symposium, 1964, p. 101. cf. S.Anamaii et M. Korkuti, The lllyrians and the Genesis of the Albanians , p. 35. [7] S. Anamaii, "From the Albanian Civilization of the Early Middle Ages", The Illyrians… pp. 184-187. [8] lbidem, p. 185, 192. [9] A. M. Selichev, Slaviansko naselenie v Albanii ("Implantation slave en Albanie"), Sofia 1931, à étudier avec précautions, vu l'ardeur de ses préjugés bulgarophiles. [10] S. Novakovic, Zakonski spomenici srpskih drÏava srednjega veka ("Recueils juridiques des États serbes au Moyen-Âge"), Belgrade 1912, pp. 628-701. [11] Cf. en particulier les ch. 77 et 82 du Code de Du‰an (N. Radojãiç, Zakonik Cara Stefana Du‰ana, Belgrade 1960, pp. 57-58 ). [12] J. Kantakuzen, Histoire, Ed. de Bonn, 1, p. 55, t. 1, p. 279. [13] Cf. Bokardus, Directorium ad passagium faciendum, "Historians of the Crusades", Armenian Historians, 11, pp. 484-485. [14] Laonikos Chalkokondylis, Histoire, Ed. E. Darko, Budapest 1922-1926, 1, pp. 277-278. [15] Ibidem, 11, pp. 277-278. [16] Hierax, Chronique sur l'empire des Turcs, Sathas ; Biblioteca graeca, 1, p. 247. [17] ldrisi Bitlisi, "Chronique sur l'empire des Turcs, fols. 188-190 (a)" ; in Selami Pulaha, The Albanian-Turkish War of the 15th Century (Ottoman sources) , Tirana 1968, pp. 134-138, 142. [18] S. Pulaha, op. cit., pp. 251-252, 297. [19] Publié par Radonic, Gjuragj Kastriot Skanderbeg i Arbanija u XV. veku ("Georges Castriote Scanderbeg et l'Albanie au XV° siècle"), Belgrade 1942, p. 2. [20] Archives d'État de Dubrovnik, "Litterae et Commissiones Levantis", X, p. 84 v. (17 mars 1428). [21] lbidem, XIV, f. 248 (5 janvier 1448). [22] Dukas, lstoria Turko-Byzantina ("Histoire des Turco-byzantins"), XXIII, 8. Ed. Grecu, Bucarest, 1959, p. 179. [23] Kemalpasazade, Chronique, f. 254 in Pulaha, op. cit., p. 191. [24] Selami Pulaha, The Cadastral Register of the Shkodra Sandjak of 1458, vol. 2, Tirana, 1974. [25] S. Pulaha, op. cit., pp. 31-32. [26] lbidem, pp. 33-34. [27] lbid., p. 34, compte 15 villages dans ce cas. [28] S. Pulaha, op. cit., pp. 34-35. On doit noter que c'est aussi la conclusion du grand historien yougoslave [mais non, il était croate], Milan ·ufflay, tué en 1925 par les Oustachis [les Oustachis n'avaient aucune raison de lui en vouloir ; ce sont évidemment des nationalistes grand-serbes qui l'ont tué, parce qu'il ne savait que trop bien que les Serbes sont des envahisseurs tardifs au Kosovo] (M. ·ufflay, Povijest sjevernih arbana‰a ("Histoire des Albanais du nord"), réimprimé à Prishtina 1968, pp. 61-62). [29] A. Hanzic, Nekoliko vijesti o arbanasima na Kosovu i Metohiji sredinom XV. vijeka ("Quelques informations sur les Albanais de la Kosove et du Plateau de Dukagjin au milieu du XVème siècle), "Symposium on Skanderbeg", Prishtina 1969, pp. 201-209. S. Pulaha, "Albanian Element according to the Onomastics of the Regions of the Shkodra Sandjak in the Years 1485-1582", Studime historike ("Etudes historiques"), 1972, 1, pp. 63 et suiv. [30] Consulter notamment les documents extraits des archives d'État de Dubrovnik et particulièrement le Livre de Comptes de Mihal Lukarevic (M.Dinic, Iz Dubrovackog arhiva 1 ("Extrait des archives de Dubrovnik") ; Belgrade 1957. Exemples p. 65 ("Dom Marin de Antivaro", "Andria Nicholich Arbanexo de Matia"). [31] M. Dinic, op. cit., p. 68. [32] lbidem, v. aussi les Archives d'État de Dubrovnik, Pacta Matrimonalia II, f. 103 v. (11 décembre 1459). [33] Cf. I. Zamputi, Report on the Situation of Northern and Central Albania in the 17th Century, volume 1 (1610-1634), Tirana 1968, et le rapport du visiteur apostolique Pjetër Mazrreku en 1623-1624. [34] L. von Thalloczy, "Die albanische Diaspora", Illyrisch-Albanische Forschungen (Vienne, 1916), vol. 1, p. 314, ss. Cet article, outre les archives de la place forte de Karlovac, sur l' Archiv des Gemeinsamen Finanzministeriums, Vienne, notamment VI, p. 25, 1739. [35] C'est ce que nous pouvons conclure du mémorandum of Vaso Cubrilovic, "L'Expulsion des Albanais" [ Iseljavanje Arnauta], écrit en 1937, qui envisageait un transfert massif vers la Turquie de la population du Kosovo. Ces problèmes (et notamment le rapport écrit sur la question en 1939 par Ivo Andric, et l'ampleur de l'émigration albanaise vers la Turquie entre les deux guerres) sont traitées par M. Roux, "Language and the State Power in Yugoslavia. The Case of the Albanians", Pluriel 22, Paris, 1980.
#9.1 - alexandre 14.10.2007 23:23 - (Répondre)
merci beaucoup pour vos précisions fort instructives Cordialement alexandre del Valle
#10 - Hunden 08.10.2007 00:10 - (Répondre)
Lorsqu'en mars 1989 Milosevic et sa bande ont détruit juridiquement la fédération yougoslave en supprimant le statut de Province autonome qui était celui du Kosovo en son sein, coup de force qui n'a jamais eu force de loi mais qui déchirait le pacte constitutionnel fédéral, les Slovènes ont dit : "dans ces conditions, nous on s'en va". Le pouvaient-ils juridiquement ? La Constitution yougoslave de février 1974, dans les premiers mots de son préambule, affirme le "droit de sécession" des "peuples de Yougoslavie". Les Slovènes, comme les Croates et les Serbes, étaient un "peuple" : ils avaient donc le Droit de partir. Ce Droit, les Serbes de Croatie l'avaient-ils aussi ? Le même préambule de cette même Constitution dit également : "Les peuples et les nationalités exercent leurs droits souverains dans les républiques socialistes et dans les provinces autonomes socialistes". La conclusion logique qu'on en tire, et qu'en a tirée la Commission Badinter, c'est que les 'peuples' et les 'nationalités' ne peuvent exercer leur 'droit de sécession' QUE dans le cadre d'une 'république' ou d'une 'province autonome'. Et qu'en revanche, une ethnie minoritaire dans sa république ou sa province ne peut prétendre exercer ce droit de sécession aux dépens de ladite république ou province. Les Serbes n'avaient donc pas le Droit de faire sécession de la Croatie ni de la Bosnie-Herzégovine, et encore moins de se tailler des "Régions Autonomes Serbes " puis des "Républiques serbes" à leurs dépens. C'est pourquoi les "républiques" ex-Yougoslaves reconnues depuis l'ont été dans les frontières tracées par Tito en 1945 à partir des travaux de la Commission Djilas. Cette règle constitutionnelle a donc mis en échec la tentative des dirigeants communistes de Belgrade pour faire à la Croatie et à la Bosnie-Herzégovine le "coup" que les Russes ont fait à la Moldavie et à la Géorgie, en y fomentant des sécessions : la communauté internationale n'a jamais accepté de reconnaître comme des États ni la prétendue "République Serbe de Krajina", désormais réintégrée dans l'ordre constitutionnel de la République de Croatie, ni la prétendue "Republika Srpska", qui demeure une simple entité au sein de la Bosnie-Herzégovine et qu'on espère vouée à la disparition. A ce titre, la question du Kosovo demeure : les Kosovars avaient-ils le Droit de sécession ? Oui, les Kosovars avaient le même Droit de sécession que les Slovènes et les Croates . En effet, dans l'ancienne Constitution yougoslave les Kosovars — les Albanais ultra-majoritaires au Kosovo — étaient une "nationalité" et cette même Constitution, dans son article 245, affirme l'"égalité des Droits" des "peuples et des nationalités". Les Kosovars avaient donc bien le droit de faire sécession dans le cadre de ce qui était leur "province autonome", comme les Croates et les Slovènes ont exercé le leur dans le cadre de leurs "républiques" respectives. Et ce Droit, ils l'ont exercé presque en même temps qu'eux, par une réunion de l'Assemblée parlementaire du Kosovo qui a voté la transformation du Kosovo en république au sein de la Fédération yougoslave, et l'indépendance si celle-ci se dissolvait, dissolution que la "communauté internationale" a officiellement constatée en janvier 1992. Cette décision a été approuvée par référendum en septembre 1991, et officiellement proclamée en octobre de la même année. En vertu de la Constitution yougoslave de février 1974, en vigueur lors de ces événements, Kosovo est donc une république depuis octobre 1991 et indépendant depuis janvier 1992. C'est donc mensongèrement que les Russes présentent l'indépendance du Kosovo comme un dangereux précédent, qui déclencherait des revendications sécessionnistes partout dans le monde, et particulièrement en Europe. Juridiquement, le cas des Kosovars est identique à celui des Croates et des Slovènes, qui ont vu reconnaître leurs indépendances respectives il y a plus de quinze ans. En droit international, autre source possible de droit, la Résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations Unies a "reconnu" le 10 juin 1999 que, en attendant que son statut final soit décidé, le Kosovo appartenait à la prétendue "République Fédérale de Yougoslavie". Cependant, cette soi-disant "République Fédérale de Yougoslavie", attelage de la Serbie et du Monténégro plus ou moins imposé par Milosevic en avril 1992 a entièrement disparu depuis que le Monténégro a proclamé son indépendance en juin 2006 : comme le Kosovo ne peut pas faire partie d'un état qui n'existe plus il se retrouve, ipso facto, aussi indépendant que les Républiques de l'ex-URSS pouvaient l'être quand celle-ci a été dissoute. On n'a donc absolument aucun besoin de repasser par le Conseil de Sécurité, et donc de demander la permission aux fauteurs de troubles poutinesques, pour reconnaître que le Kosovo est indépendant : une reconnaissance unilatérale est parfaitement possible de la part des différents états censés constituer la "communauté internationale", c'est d'ailleurs la procédure ordinaire. Voici quel était le statut constitutionnel de la "province autonome" du Kosovo dans la Yougoslavie de 1989, lorsque le pouvoir communiste serbe de Belgrade a prétendu, illégalement, l'abolir : les prérogatives du Kosovo reproduisaient intégralement celles des six républiques dont l'indépendance est désormais reconnue. Le Kosovo avait son territoire propre, défini et protégé par la Constitution ; il avait sa propre capitale, Prishtina, avec son propre gouvernement responsable devant sa propre assemblée parlementaire, régi par sa propre Constitution et son propre tribunal constitutionnel. Le Kosovo avait la maîtrise complète de ses propres affaires intérieures, y compris de sa propre police, de sa propre administration judiciaire, de son service de sécurité d'État ainsi que de ses propres forces de Défense Territoriale. Le Kosovo était membre de la Fédération à parité stricte avec les autres Républiques : son représentant était membre à part entière de la Présidence yougoslave (c'est-à-dire que la Yougoslavie était une fédération de six républiques ET de deux provinces). La totale autonomie du Kosovo au sein de la Fédération yougoslave se reflétait aussi par le fait qu'aucune ingérence dans ses affaires intérieures, ni de la part de la Serbie ni de l'État fédéral, ne pouvait être juridiquement valide sans sa permission. De même, aucun changement de ses frontières ni de son statut au sein de la Fédération ne pouvait avoir lieu sans sa volonté librement exprimée, ni celle des sept autres entités constitutives de la Fédération. Alors, qu'est-ce qui, dans l'ancienne Yougoslavie, différenciait le Kosovo des six républiques dont l'indépendance est désormais reconnue ? La seule différence entre le Kosovo et les républiques est que celui-ci, formellement, n'était pas une "république" mais "seulement" une "province autonome", comme l'était aussi la Voïvodine. Le seul passage de la Constitution de 1974 qui fasse allusion à une "appartenance" du Kosovo à la Serbie se trouve dans l'article 2, lequel mentionne les provinces de Kosovo et de Voïvodine "qui font partie de la République de Serbie". Cette mention demeure isolée, le texte n'en tire absolument aucune conséquence juridique ; en revanche, à d'innombrables reprises, le reste du texte constitutionnel mentionne ensemble les "républiques" et les "provinces autonomes" comme des entités distinctes et dotées de compétences égales. L'"appartenance" du Kosovo dans la Serbie avait pour seul effet que ses délégués participaient aux travaux de l'assemblée de la République de Serbie et à ceux de l'organisation du Parti communiste de cette république. Cependant, cette participation se limitait aux questions qui affectaient la république dans son ensemble et ne comportaient pas les questions qui n'intéressaient que la Serbie proprement dite — c'est-à-dire le territoire de la République de Serbie moins ceux du Kosovo et de la Voïvodine, de sorte que la Serbie proprement dite fonctionnait comme une entité entièrement distincte du Kosovo et de la Voïvodine. Il s'ensuivait que la Serbie n'avait AUCUN droit de se mêler des affaires intérieures de "ses" deux provinces autonomes : "chacune prise séparément, les provinces autonomes et la Serbie, réduite à une superficie restreinte, sont égales entre elles et pratiquement indépendantes les unes des autres, de la même façon que la Macédoine est indépendante du Monténégro et vice-versa." (Kosta Cavoski, Professeur à la Faculté de Droit de Belgrade) La propagande serbe prétend que Tito aurait "arraché" le Kosovo à la Serbie en 1945. La vérité est que celui-ci n'en faisait pas partie et qu'il l'y a au contraire annexé à cette occasion : sous condition d'autonomie, et en vertu d'une "libre adhésion" du peuple kosovien . Toutes choses que le pouvoir serbe a trop évidemment bafouées en 1989 de sorte que ce peuple avait le Droit, en réponse à cette voie de fait, de reprendre sa liberté comme les Slovènes ont d'ailleurs eux aussi immédiatement déclaré qu'ils le feraient. En effet, l'annexion forcée du Kosovo par la Serbie en 1913 n'a jamais eu de validité légale : bien entendu, si le Kosovo avait alors été annexé à la Serbie, ce n'était pas parce que son peuple l'avait choisi. Ce peuple-là s'était libéré lui-même du joug ottoman à l'été de 1912 et c'est pour l'empêcher d'être libre que la soldatesque serbe et monténégrine l'ont alors envahi. A l'époque, même les Slaves du Kosovo disaient "le Kosovo aux Kosovars" et considéraient l'appartenance "serbe" comme une simple allégeance à l'église orthodoxe de Belgrade plutôt qu'à celle d'Ohrid ou celle de Constantinople. Pour leur part, les puissances européennes réunies entre décembre 1912 et juin 1913 à la Conférence des Ambassadeurs à Londres savaient très bien que le Kosovo était une terre albanaise et la Macédoine une terre bulgare ; elles n'ont accepté leur annexion forcée par la Serbie et le Monténégro que parce qu'elles pensaient qu'il était trop risqué de tenter de l'empêcher -- tout au plus l'Autriche-Hongrie a-telle pu empêcher que la Serbie obtienne un accès à la mer par la vallée du Drin, ce qui, au delà du pathos sur la prétendue "Jérusalem des Serbes", était le véritable motif de cette invasion. C'est ainsi que la Serbie et le Monténégro ont alors annexé la moitié des terres albanaises, et avec elles la moitié de la population albanaise. Cependant, le Parlement de Belgrade n'a jamais ratifié le Traité de Londres signé par les cinq belligérants des Guerres balkaniques, qui aurait légalisé cette double conquête. En outre, l'article 4 de la Constitution de Serbie de 1903 faisait une condition de sa validité légale non seulement la ratification du Traité mais la réunion d'une "Grande Assemblée Nationale" à compétences constitutionnelles, qui seule aurait pu entériner ce changement de frontières qu'impliquait l'annexion forcée du Kosovo et de la Macédoine. Rien de tout cela n'a été fait c'est ainsi que le Kosovo n'a jamais légalement appartenu à cette Serbie-là. Peu après d'ailleurs, en 1915, les armées autrichienne et bulgare libéraient le Kosovo de l'occupation serbe. En 1918 la Serbie reconquiert le Kosovo et la Macédoine, mais se fond elle-même immédiatement dans le Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes, précurseur de la Yougoslavie. La première Yougoslavie (monarchiste) se décompose en 1941 et en 1945 elle est remplacée par la Yougoslavie fédérale de Tito, dont celui-ci a tracé les grandes lignes en novembre 1943. Alors, même si c'est contre la volonté de ses habitants et au prix de force massacres que Tito reconquiert le Kosovo, il n'est pas, lui, un nationaliste serbe et il sait donc très bien que c'est une terre albanaise. Il envisage même de le rendre à l'Albanie dans le cadre d'une plus grande Fédération balkanique dont Staline fera échouer le projet en juin 1948. Qu'en faire en attendant ? La fiction officielle était que la Yougoslavie titiste devait sa légitimité non pas aux annexions antérieures du régime des Karageorgevitch, mais à la "Guerre de Libération Nationale" qui l'avait délivrée de l'occupation étrangère. C'était censé être une fédération "volontaire" de peuples "souverains", d'où la mention du "droit de sécession" des "peuples" et, comme celles-ci étaient censées avoir des "droits égaux", des "nationalités". Cette fiction de départ a eu des conséquences juridiques : c'est tout l'ordre constitutionnel yougoslave -- celui que les Serbes ont ouvertement remis en cause à partir de 1986 et que Milosevic et sa bande ont détruit à partir de 1988 -- qui garantissait son autonomie au Kosovo, et au nom de la "souveraineté" de son peuple, censé avoir "participé" à la "Guerre de Libération Nationale" et "volontairement adhéré" à la Fédération. Le rapport juridique du Kosovo à la Serbie était de ce fait fondamentalement autre que celui qui résultait des annexions forcées précédentes ; son autonomie, ce n'était pas la Serbie ni la Yougoslavie qui la lui avaient "octroyée", de sorte qu'elles auraient pu la lui reprendre sans son consentement : au contraire, elle avait désormais sa légitimité politique propre, fondée sur le "consentement populaire", définie et protégée par la Constitution. C'est aussi pourquoi Milosevic n'avait absolument aucun droit d'y mettre fin et que juridiquement, ce qui était en fait une tentative d'annexion forcée d'une des huit entités constitutives de la Fédération yougoslave par une autre, est toujours nulle et non avenue. Le statut du Kosovo qui est aujourd'hui conforme au principe de légalité, c'est l'indépendance. Evidemment, le fait que cette garantie constitutionnelle pour un statut de république sans en avoir le nom n'ait absolument pas tenu face aux coups de force de Milo‰eviç, et que la "communauté internationale" en ait tiré prétexte pour refuser de reconnaître l'indépendance en 1992, et pour reconnaître la soi-disant "République Fédérale de Yougoslavie" en 1996, donne a posteriori raison aux Kosovars qui réclamaient le statut de république, et les confirme aujourd'hui dans leur volonté d'indépendance. Les formules-bidon à la Kostunica, du genre "Plus que l'autonomie, moins que l'indépendance", justement, on a déjà donné.
#11 - alexandre 14.10.2007 23:21 - (Répondre)
merci pour vos avis et précisions alexandre
#12 - muslims 27.05.2008 22:14 - (Répondre)
Déjà le Kosovo des musulmans et la Turquie c'est comme le Kosovo c les deux des Musulmans l'Albanie aussi ils parlent a peu prés la même langue les mots( tchay borek pide hade ) ils sont tout pareils ET NOUS ON DIT "NON AU RACISTES"
#13 - olivier 19.07.2009 10:50 - (Répondre)
Nous occidentaux avons enfoncé le serbie,en suivant les usa aveuglement seulement eux ne sont pas confrontés a une forte arrivée de musulman comme france espagne allemagne,GB... le probleme du kosovo est un avertissement pour l europe occidentale...elle risque de connaitre la meme situation, quelque decennie de dénatalité et c'est ainsi que le probleme de l'islam se posera... Strasbourg en est l'exemple, en allemagne egalement avec les turcs... brefs nous avons sanctionné,et bombardé la serbie alors qu'il aurais fallut regardé les vrai problemes... La serbie a perdu la guerre mediatique ce qui est de nos jours le plus important ! les USA et l'allemagne ont largement contribué a cette independance le monde slave s'en souviendra,voila encore une raison pour que l'eglise romaine et orthodoxe sont séparé ,une erreur de plus de notre part...