Comment se présentent aujourd’hui les élections présidentielles au Liban ?
France Soir : Monsieur Assaf, vous êtes un écrivain libanais réputé, proche du bloc démocratique majoritaire anti-syrien, quel est votre avis sur la situation politique libanaise ?
Antoine Asaf: Après l’ajournement de la première échéance électorale du 25 Septembre (à cause du boycottage des députés de l’opposition du Hezbollah et du Courant Patriotique Libre du Général Aoun), tous les scénarios sont possibles. 1/ Un scénario classique et constitutionnel : les 128 députés du Parlement élisent un Président à la majorité absolue avant la date réglementaire du 23 novembre, et là le mouvement du 14 Mars avec ses 69 sièges (moins celui du dernier député assassiné Antoine Ghanem), élit un Président issu de ses rangs, même en l’absence des 59 députés de l’opposition, puisque le quorum de 2/3 (86 députés) est plus une tradition parlementaire permettant un consensus qu’une exigence constitutionnelle. Trois candidats sont cités :Robert Ghanem, Nassib Lahoud, et Boutros Harb. 2/ le scénario de la rébellion : l’opposition refuse le Président élu à la majorité absolue, pousse le Président sortant Emile Lahoud à rester et à former un gouvernement parallèle. Il y aura alors deux Présidents, deux Gouvernements, et le pays sera livré à l’inconnu, peut être à la guerre civile. Certains espèrent encore un scénario consensuel (3): trouver le candidat agréé de la Majorité et de l’opposition, mais la majorité refuse, affirmant que le candidat consensuel doit venir de ses rangs. Reste le scénario du salut (4) : apporter un amendement à la constitution permettant au chef d’Etat Major des Armées d’occuper le siège de Président pour éviter le vide constitutionnel et les dangers auxquels ce vide pourrait exposer le pays.
Jeudi, 18 octobre 2007
antoine Asaf et Selim Jahel: deux témoins historiques du conflit libanais
FS : Que veulent le Hezbollah et le Courant patriotique Libre du Général Aoun ?
AA : Ils considèrent qu’après la guerre de juillet 2006, le Liban doit être doté d’un Gouvernement d’unité nationale plutôt qu’issu de la Majorité. L’impossibilité d’une telle solution pour le gouvernement Siniora bloque le pays depuis des mois. Le candidat unique de l’opposition, Aoun ne pouvant pas être élu à la majorité des voix ni être le candidat consensuel, la scission reste la seule solution possible pour elle. Mais cela implique un affrontement armé du Hezbollah appuyé par l’Iran, qui en profiterait pour pousser la milice à une vraie scission dans le sud du Liban et caresse le rêve d’une République islamique indépendante. Alors que tout le monde reconnaît au Liban la capacité des chiites de participer à la reconstruction du pays en intégrant ses milices dans l’Armée nationale et à légiférer à l’intérieur du Parlement et se battre légalement pour le pouvoir. Mais la Syrie et son ombre qui se projette sur tout le Liban à travers les attentats sanglants, puis la démesure des ambitions nucléaires de l’Iran qui inquiète Israël et le monde entier, ne favorise ni le dialogue ni la modération des esprits…
Quelle solution à la crise alors ?
AA : Si la majorité et l’opposition n’arrivent pas à s’entendre, ni à élire un Président à l’intérieur du Parlement, il faudra recourir à la solution la plus sûre qui ferait du chef d’Etat Major des Armées, le Général Soleiman, le candidat du Salut . A son actif : la récente victoire dans le Nord contre les terroristes du Fath El Islam, sa neutralité et l’amour des Libanais pour leur armée, longtemps humiliée, mais devenue aujourd’hui la gardienne des frontières menacées et ciment de l’unité nationale.
*Antoine-Joseph Assaf. Ecrivain,Philosophe,Docteur de la Sorbonne.
Denier livre à paraître : Lettres à l’Amiral, EdAH, Paris 2007
Dans ses dernières déclarations, l’ancien Ministre du Président Sarkis et conseiller spécial de Béchir Gémayel, Sélim Jahel explique à France Soir que « la Syrie veut un président libanais soumis pour empêcher toute politique souveraine au Liban ». « Depuis l’assassinat de Béchir Gemayel, qui voulait un Liban souverain internationalement garanti, l’urgence est de trouver un Président suffisamment déterminé pour reconstruire l’Unité d’un pays encore divisé et indirectement occupé par les Syriens, à travers les camps palestiniens armés incontrôlés, puis par l’Iran, parraine du Hezbollah et d’autres forces de la Région qui ont désintégré le pays avec l’accord du Caire (Ligue arabe) de 1969 qui donnaient le Liban comme base aux terroristes Palestiniens (OLP, FPLP, etc). La crise du Camp de Nahr el Bared a montré que le problème Palestiniens au Liban n’est pas réglé et que le communautarisme gangrène toujours le pays. L’armée libanaise a tout de même été absente du Sud-Liban entre 1975 et 2006 ! date de la guerre Hezbollah -Israël. Or les résolutions de l’ONU exigent la démilitarisation du Hezbollah. Ce qui devrait aussi s’appliquer aux camps palestiniens armés - plusieurs dizaines - que la Syrie infiltre pour continuer à déstabiliser le pays »…
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