Sarkozy a raison de critiquer l'Euro fort!
Le piège de l’euro fort pourrait être évité si la Banque centrale européenne pratiquait des taux d’intérêt différents d’un pays à un l’autre, Entretien avec Ewald Kramer*
FS/ Le Président Sarkozy se plaint de l'euro trop fort et des taux d'intérêts trop élevés. Partagez-vous ce point de vue? J
E K: Oui. L'euro fort défavorise les exportations en dehors de la zone euro de la France et des pays de l'Europe du sud et les empêche de bénéficier des effets positifs de la mondialisation. Seuls les pays germaniques, qui exportent sur des marchés de niche, (les fameuses machines outils allemandes), compensent cet handicap, car quels que soient leur prix, les pays émergents continueront d'acheter ces machines, indispensables à leur industrialisation. Mais dès que la Chine aura achevé son cycle d'investissements, l'Allemagne perdra ce débouché et souffrira de l'euro fort. C'est pourquoi l’Allemagne investit massivement dans trois autres industries : la finance, les services informatiques aux entreprises et les nouveaux marchés du luxe, trois secteurs où la France était leader en Europe. En somme l'euro fort entraîne une cannibalisation des industries européennes dans les rares secteurs où les européens sont encore leader.
FS: Et les taux d'intérêt trop élevés ?
JEK: Ils sont à l'origine, de l'euro fort et de la faible croissance européenne. La BCE impose à aux pays de la zone euro un seul taux d'intérêt, indexé sur le taux d'inflation le plus élevé de la zone euro. Actuellement, les pays les plus inflationnistes de la zone sont l'Allemagne, l'Autriche et l'Irlande, dopées par leurs exportations. Ainsi l'Allemagne connaît, sur les 12 derniers mois, un taux d'inflation de 2,6%, qui explique que la BCE ait placé son taux de refinancement à 4 %, oubliant que la France n'est qu'à 1,7% et l'Italie à 0,9%. Or de tels taux,, soutenables en Allemagne, du fait de l'inflation locale qui est plus forte et diminue le taux d'intérêt réel, ne le sont pas en France où l’inflation est faible et où les taux d'intérêt réels sont élevés. Par ailleurs, les marchés financiers internationaux sachant que la BCE pratiquera toujours des taux d'intérêt alignés à la hausse, l'euro devient, comme la livre et le franc suisse, une « monnaie refuge » : une monnaie de placement transitoire dont la parité surélevée permet d'effectuer des placements à fort rendement entre deux opérations d'import-export en « monnaie commerciale ». En effet, une monnaie commerciale (monnaie réservée à l'import-export) doit, à l'instar du dollar, du yuan et du yen, présenter un taux de change sous-évalué par rapport à la monnaie refuge, pour permettre aux exportateurs de bénéficier d'une plus grande compétitivité de leurs exportations, et aux importateurs d'acheter moins cher. N'ont intérêt à ce que leur monnaie soit une monnaie refuge que les pays sans industrie (Suisse, Royaume Uni) mondialement spécialisés dans le courtage des capitaux à replacer dans les pays industriels. Mais ce qui nourrit une Suisse de 7 millions d'habitants ou une Grande Bretagne de 60 millions d'habitants ne peut nourrir une Europe de 450 millions d'habitants. Cette stratégie francfortoise de la monnaie refuge est préjudiciable à la France et aux pays d'Europe du sud. Il faudrait s'affranchir au moins d’un de ces deux défauts : un euro trop fort ou des taux d'intérêts trop élevés.
FS : Comment faire accepter l'abandon de l'euro fort ou de taux d'intérêts élevés par ceux qui y trouvent leur compte ?
JEK: Déjà des signes de baisse de croissance sont annoncés en Allemagne, même si l'inflation y persiste. Le Traité de l'UE autoriserait un moyen terme qui consisterait, pour la BCE, à mettre en ouvre des politiques monétaires différentiées pour chaque pays. Car une monnaie peut être injectée dans l'économie à des taux différentiés, comme le taux de refinancement (actuellement de 4 %), celui de la facilité marginale de fin de journée (5%), et les taux de sanction pour les banques commerciales qui oublient de rembourser leurs emprunts à temps. La BCE pourrait prévoir des taux différentiés géographiquement en fonction des besoins de chaque pays. Ainsi, un taux de 4 % pourrait être maintenu en Allemagne, tandis qu'un taux de 3,25 % serait accordé par la BCE en France et même descendre à 2,5% en Italie, alors qu'il pourrait être monté à 4,5 % en Irlande, où sévit une inflation qu'il convient de juguler.
FS: Cette adaptation des taux risque d'affaiblir la BCE, d'encourager les banques commerciales à concentrer leur refinancement dans les pays où les taux sont les moins élevés et, de décrédibiliser l'euro ?
JE K: On reproche à la BCE de ne pas adapter sa politique monétaire aux contextes économiques nationaux et régionaux, ce qui renforce la dépression dans des pays comme la France et l'Italie et favorise parfois l'inflation dans d'autres pays tels l'Irlande. Adapter les taux d'intérêt aux situations nationales ne fera pas éclater la BCE, qui est décentralisée, car les banques centrales des pays membres font la politique monétaire en prêtant l'argent aux banques, dans le cadre de procédures unifiées et à un taux unique. Sans modifier le traité de l'UE, il suffirait de prévoir que les taux de ces banques centrales soient adaptés aux situations locales. Les banques commerciales n'iront pas se refinancer là où l'euro est le moins cher. Il y aura toujours des banques de marché et des particuliers pour emprunter dans les pays où le taux d'intérêt des banques centrales est moins élevé, mais cela restera marginal, car les acteurs les plus importants, les grandes banques commerciales, sont des responsables et contrôlées par les banques centrales. Quant au risque de décrédibiliser l'euro, ne souhaitons pas tous un peu que l'euro devienne moins une monnaie refuge et plus une monnaie commerciale, dont le taux de change par rapport au dollar au yuan et au yen revienne à des proportions raisonnables nous permettant d'exporter ? Tôt ou tard, nous seront obligés de libérer l'euro de son carcan, adapté aux pays les plus inflationnistes, et de pratiquer des taux d'intérêts différentiés pour chaque pays membre. Le plus tôt sera le mieux! * E.Kramer est un expert reconnu de la finance internationale, il a publié un ouvrage remarqué sur l'EURO, en 2003.


#1 - Corinne Mandjou 25.10.2007 15:44 - (Répondre)
Monsieur, Je suis journaliste à RFI à Paris, au desk économie et vous contacte de la part de Norbert Navarro. Je souhaite vous rencontrer ou même simplement vous parler au téléphone si cela vous est possible. Je suis joignable au 06 74 68 74 93. Norbert vous salue et serait heureux de vous revoir. A bientôt peut-être. Corinne.
#2 - valentini said:
28.02.2011 11:10 - (Répondre)
Intervention publique numéro un Je fais un rêve étrange, on crie: à bas à-bas! Là-bas, se combinent vague verte et dune blonde. Ici, vierges et saints chuchotent sur les ondes des infos, pieds, paquets et morceaux, au choix. Je sais soudain l'histoire en première personne, mon roman fera plus de bruit que Ravachol. Sous le scalpel, en catimini, un corps mol se fait recoudre à coup de fil de téléphone. Je vais montrer à tous comment, vivre au présent, adieu sujet, complément: que vive le verbe! La proximité veut que la vache ait son herbe, les veaux, leur lait et l'âne et le boeuf, leur enfant. Et pointu et poilu, mon corps donc me guide: l'homme du néant d'état est la solution! Le monde à la lanterne acquiert deux dimensions, en bon sycophante, il hurle aux voleurs de figues.