Enjeux géopolitiques de la bombe atomique iranienne
Prolifération nucléaire au Moyen-Orient et fermeté vis-à-vis de l'Iran, la méthode Sarkozy convaincra-t-elle les pays européens ?
Le Président iranien Mahmoud Ahmadinéjad s’est récemment félicité que son pays a enrichi de l'uranium à échelle industrielle, ainsi que l’a rapporté l'agence de presse iranienne Fars. Ahmadinéjad prétend que "les activités nucléaires iraniennes sont menées sous l'oeil de l'Agence internationale de l'énergie atomique" (AIEA). Rien que dans la province du Khorassan du Sud (nord-est), l'Iran aurait déjà rendu opérationnelles 3 000 centrifugeuses. Or à ce rythme, l'Iran islamiste pourrait accéder au nucléaire militaire d’ici deux à trois ans, parallèlement au perfectionnement de ses missiles Shéhab III et aux vecteurs à moyenne portée fournis par la Corée, qui lui permettront bientôt d’atteindre n’importe quelle capitale européenne méridionale et bien sûr Israël, que le président iranien veut « rayer de la carte ». Le 28 septembre, le groupe des six pays traitant du dossier iranien (Etats-Unis, Chine, France, Royaume-Uni, Russie, Allemagne) avait donc décidé qu'en cas de rapport négatif établi par M. El Baradei, ou par M. Solana, les discussions sur de nouvelles sanctions – gelées depuis l'été – seraient réactivées. Or le rapport ambigu remis le 16 novembre par le directeur de l'AIEA, Mohamed El Baradei, qui qualifie « d’insuffisants » les progrès de l’Iran, ne garantit pas "la nature exclusivement pacifique" du programme, et ne certifie pas "l'absence de matériel et d'activités nucléaires non déclarées". Le rapport confirme que l'Iran expérimente, sur des centrifugeuses P-2, un matériel sophistiqué obtenu auprès du réseau clandestin du scientifique pakistanais Abdul Qadeer Khan. Pour compliquer les choses, la Russie et surtout la Chine bloquent le passage à de nouvelles sanctions de l’ONU, d’où l’avertissement américain envoyé à la Chine, puis l’idée américaine de nouvelles sanctions hors ONU, qu’approuvent la France et la Grande Bretagne, tout en liant le début de nouvelles sanctions à la remise du rapport du Haut représentant de la diplomatie de l'UE, Javier Solana. Il est toutefois clair qu’en l’absence de sanctions extrêmement fermes, voire de bombardements susceptibles de faire plier Téhéran, la question n’est plus de savoir si l’Iran aura la Bombe atomique, mais quand…
L’enjeu est encore plus complexe qu’il n’y paraît : la Bombe iranienne n’est pas uniquement tournée contre Israël ou l’Occident, mais également contre les voisins sunnites de l’Iran: Turquie, Arabie Saoudite, Egypte, Pakistan. Or les trois premiers ont déjà envisagé de relancer leur propre programme nucléaire militaire en réaction à la bombe iranienne, tandis que le quatrième est déjà, selon Ben Laden, la « Bombe de l’Islam». L’Arabie saoudite pourrait l’obtenir en trois ans, grâce à sa puissance financière et à sa collaboration stratégique avec le Pakistan ; la Turquie pourrait, grâce à ses relations privilégiées avec Israël et les Etats-Unis, et surtout grâce à son efficacité et sa puissance propre, l’acquérir en moins de cinq ans. Et l’Egypte, grâce à ses scientifiques qui avaient été au centre des recherches nucléaires irakiennes dans les années 80, en autant de temps. Bref, l'acquisition du feu atomique par Téhéran va relancer une course aux armements stratégiques et une prolifération à la fois "horizontale" et "verticale" digne de la guerre froide, dans une région déjà fort sismique et sur-militarisée.
Cette bombe iranienne, qui est habilement présentée par Téhéran comme celle des ennemis du « Satan sioniste », a pour buts géostratégiques de: 1/ contrebalancer l’encerclement de l’Iran par ses ennemis sunnites et occidentaux (armée américaine en Asie centrale et dans le Caucase) ; 2/ neutraliser les concurrents musulmans en séduisant la « rue arabe » par une Bombe islamique défiant Israël, d’où aussi la stratégie du Hezbollah pro-iranien livrant une guerre asymétrique à Israël via le Liban, dans le cadre d’une concurrence entre l’islamisme sunnite d’Al Qaïda et la Révolution chiite iranienne ; 3/ devenir l’Etat-Leader de l’Islam via la bombe, puis exporter la Révolution islamique et le Chiisme partout, ce qui inquiète les pays sunnites arabes. Car le chiisme progresse démographiquement dans le Sud de l’Arabie saoudite, en zone pétrolière, dans le reste du Golfe, en Irak, où il constitue la majorité, au Liban, où le Hezbollah chiite bloque l’élection d’un Président maronite voulu par la majorité sunnito-chrétienne, puis en Syrie, où les conversions au chiisme sont massives depuis quelques années, sans oublier la Tunisie, et en Egypte, ce qui est moins connu.
« LA méthode SARKO »
Lorsque certains pays dénoncent l’attitude ferme de Nicolas Sarkozy à propos du programme nucléaire iranien, et son « alignement sur la politique de G. Bush », lui rappelant qu’il a été moins regardant concernant la Libye, il convient de garder à l’esprit que la position de la France demeure celle de l’équilibre : oui au renforcement des sanctions, mais sans cesser de négocier. Il est vrai qu’au moment où les Etats-Unis menacent l'Iran d'une troisième vague de sanctions, suite au rapport de l'AIEA, Paris s’est montré solidaire du camp de la fermeté. Mais Nicolas Sarkozy a précisé qu’il n’envisage pas une intervention armée contre l’Iran, à la différence de l’équipe Bush, qui a accéléré les préparatifs ces derniers mois en vue d’un bombardement massif des sites iraniens avec des bombes perçantes, n’excluant pas l'utilisation d'ogives nucléaires dites "perçantes" seules capables de détruire les installations nucléaires et balistiques iraniennes enfouies profondément sous la terre. Aussi l’Elysée rétorque que « Tripoli, à la différence de l’Iran, a renoncé à ses "choix détestables" (soutien au terrorisme, ambition militaire nucléaire, emprisonnement des infirmières bulgares). Or, « si on ne parle pas avec des pays qui se respectabilisent, qui tournent le dos à des orientations condamnées par la communauté internationale, alors qu'est-ce qu'on dit à l'Iran, à la Corée du Nord! ». Selon Sarkozy, la fermeté n’empêche pas de dialoguer : « Il faut les recevoir, encourager ces pays à revenir dans la communauté internationale. La France sait où sont ses amis, où sont ses alliés, mais la France est libre de parler avec tout le monde, spécialement avec des pays qui vont vers la respectabilité », expliquait le Président ces derniers jours. Preuve de l’efficacité de « la méthode Sarko », on constate que, comme pour le Traité européen simplifié, le Président français a convaincu la chancelière Angela Merkel, jadis réticente, de soutenir de nouvelles sanctions commerciales que devraient adopter, hors du cadre de l’ONU, les pays européens pour forcer l'Iran à suspendre son programme nucléaire. A l'issue d'un conseil des ministres franco-allemand, tous deux, après avoir rencontré séparément la semaine dernière le président américain George W. Bush, ont déclaré avoir "une très large convergence de vues" alliant sanctions et dialogue.


#1 - Anonyme 23.11.2007 13:55 - (Répondre)
salut monsieur delvalle.d'abord merci pour le choix du sujet.ensuite je veux bien signaler que la méthode sarko n'aura pour résultat que de donner plus de temps aux iraniens pour finir leur projet nucléaire.en fait si l'administration française veut garder sa sincérité en tant qu'une administration qui veut mettre fin a la prolifération des armes nucléaires il faut alors qu'elle ne procure a nijad plus le temps pour y arriver a son but et qu'elle fera tout pour l'interdire.
#2 - alexandre del Valle said:
27.11.2007 01:44 - (Répondre)
vous avez peut être raison, nous veroons bientôt alexandre
#2.1 - INCONNU 17.05.2008 00:00 - (Répondre)
LA POLITIQUE QUE NOUS CONAISSONS EST SEULEMENT LA PARTIE VISIBLE DE L'ICEBERG ... DONC NOURISSONS NOUS DE C' EST INFLUANCE "MINABLE"
#2.2 - valentini said:
26.01.2012 14:18 - (Répondre)
Java euro-occidentale autour de la bombe irano-orientale La Sainte-Alliance des amis d'Israël, -Aïe ! Aïe ! Aïe !- et de la paix, sur la terre comme au ciel, que les marchés ont mis en déroute, les prenant à la bolchévik, par tous les bouts à la fois, veulent stopper IRAN, dans sa persévérance à se doter de l'arme nucléaire. Ce que l'état iranien, -Hi ! Han !- nie évidemment de toutes ses forces. N'oeuvre-t-il pas, comme Louis-le-pieux, à libérer la terre sainte des infidèles ? (ce vocabulaire radical s'obtient, couché dans la boue, en mâchant des racines). Qui ne voit que l'état en question lui aussi aime les roses. Et d'ailleurs s'il en avait le loisir, il en peindrait le dimanche. Ses buts sont pacifiques. Il ne désire rien de moins que le bonheur de son peuple. Il travaille à son bien-être et lui prodigue force câlins et autres gâteries économiques, à l'image de la communauté internationale qu'il ne hait point, au final. Voilà le rêve immuable de tout état moderne, y compris en période prénatale : acquérir le maximum de puissance dont la limite se définit au fur et à mesure des avancées du progrès et simultanément hors de l'espace et du temps, puisqu'au fond ce rêve est religion ! Simplement, en Iran, il est interdit d'afficher le Guide du guide, vu que les mouches pourraient chier dessus. Vu d'ici, cette manière de voir, curieusement, devient l'enjeu intellectuel majeur de notre époque. L'esprit libéral ne va quand même pas s'en laisser conter par l'intégrisme religieux. (lire la suite sur 1847.overblog.com)