Retour sur l'affaire tchadienne et le scandale de l’Arche de Zoé
Incompréhensions franco tchadienne :Le Président Sarkozy assure que les six membres de l'ONG seront jugés en France. De son côté, le président tchadien Idris Déby, en proie à des contestations populaires violentes dont il doit tenir compte pour ne pas paraître céder à « l’arrogance colonialiste de la France », fait monter les enchères.
« La France n’abandonnera pas Ingrid», déclarait Nicolas Sarkozy lors de sa victoire du 6 mai 2007, après avoir fait de la libération des infirmières bulgares et de la défense des victimes de l’injustice dans le monde, l’une des « priorités » de son mandat. « Nous irons les chercher "quoi qu'ils aient fait", récidivait-il en novembre à propos des Français détenus au Tchad, passibles de 20 ans de travaux forcés. De prime abord, ces dossiers n’ont rien en commun. Mais dans les trois cas, le chef d’Etat veut paraître capable de réussir là où ses prédécesseurs ont ou auraient échoué à cause de leur politique du statu quo. La méthode est simple : négocier directement avec le pays détenant des ressortissants français ou européens ; élever une affaire « humanitaire » en une affaire d’Etat, avec ce que cela implique comme médiatisation et surenchère ; réaffirmer un message de fermeté et « d’orgueil français » néo-gaullien, tout en écoutant les préoccupations de toutes les parties : le gouvernement colombien et les autorités vénézuéliennes abritant les FARC, pour l’affaire Bétancourt ; la volonté de Kadhafi de réintégrer le concert des Nations tout en tenant compte de la « demande de vengeance » populaire à l’encontre des infirmières libyennes, toujours considérées coupables ; puis les ressentiments anti-coloniaux et la vision islamo-tribale tchadienne, qui, concernant les enfants exfiltrés par l’Arche de Zoé, font de la punition des humanitaires français un enjeu non négociable, le ministre tchadien de la Justice Albert Pahimi, jurant que « le procès aura lieu au Tchad ». Trois affaires où la psychologie de l’orgueil national compte autant que les tractations matérielles.
Ici, l’Elysée est confronté à un choc culturel : les mentalités islamiques considèrent comme extrêmement grave le fait de faire adopter par des non-Musulmans des enfants nés dans l’Islam, car ils risquent ainsi de devenir de facto des « apostats ». A ce titre, les commentaires du dictateur militaro-islamiste, Omar El Bechir*, lors d'une conférence avec le clergé musulman à Khartoum : "L'Occident met son nez dans notre foi", sont révélateurs de ce choc. Tout comme les manifestations de milliers de jeunes Tchadiens lançant des pierres sur des véhicules d’Européens aux cris de « Blancs, voleurs d'enfants! » ou "Sarko, hors du Tchad!". Ceci alors que l’Union européenne s'apprête à déployer une force de maintien de la paix dans l'Est du pays, aux portes du Soudan, où les réfugiés du Darfour* échappent aux assauts des miliciens arabo-islamistes djandjawids* et à l’aviation du Soudan. Pour ce qui est des enfants enlevés par l’Arche de Zoé, les Nations unies ont par ailleurs établi que la plupart des enfants rassemblés par l'ONG d'Eric Breteau n'étaient pas des orphelins au sens européen, car ils avaient soit un parent soit des oncles et tantes, et vivaient dans des familles le long de cette frontière tchado-soudanaise où il est difficile de déterminer exactement les nationalités exactes des membres de mêmes tribus répartis des deux côtés de la frontière et parlant la même langue.

