Bush vers l'Orient compliqué
La première visite de M. Bush en Israël et en Cisjordanie depuis sept ans a été marquée par des déclarations fermes sur la fin de l’occupation israélienne et la création d’un Etat palestinien.
Cherchant à relancer les négociations israélo-palestiniennes lancées avec la conférence d’Annapolis, aux Etats-Unis, en novembre 2007, le président américain s’est risqué à promettre un accord avant la fin de son mandat, en janvier 2009. Il a même déclaré qu’un Etat palestinien viable verrait le jour, après que les problèmes cruciaux (évacuation des implantations de Judée-Samarie, retour des réfugiés palestiniens, partage de Jérusalem…) auront été réglés, notamment via un processus d’indemnisation des réfugiés et le retrait de certaines colonies juives. Or le délai de quelques mois qui reste à George W. Bush paraît bien court. En fait, sa tournée en Israël et dans le Golfe vise à la fois à : 1) resserrer les liens entre sunnites et Américains, face à une République islamique d’Iran qui instrumentalise avec trop de succès la cause palestinienne, au travers du Hamas et du Hezbollah ; 2) venir en aide au fragile président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et au Premier ministre israélien en difficulté, Ehoud Olmert ; 3) puis redorer son blason de pro-israélien maximaliste et « ennemi » des Palestiniens, d’où le fait qu’il a pour la première fois exhorté les Israéliens à faire des concessions importantes.
« Règlement permanent » du conflit
Or Israéliens et Palestiniens avaient déjà ouvert une première négociation de fond lors des accords de Camp David et de Taba, en 2000. Mais celle-ci buta sur le tracé des frontières d’un futur Etat palestinien, le démantèlement de colonies de peuplement, le statut de Jérusalem et le sort des réfugiés palestiniens de 1948, questions quasiment insolubles étant donné les positions des jusqu’au-boutistes des deux camps. Certes la ministre israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Livni, et le chef de l’équipe des négociateurs palestiniens, Ahmed Qoreï, ont entamé des discussions à Jérusalem portant sur un « règlement permanent » du conflit. Livni et Qoreï se sont d’ailleurs engagés à se rencontrer régulièrement. Mais le même blocage bilatéral qui avait fait capoter les accords de Camp David en juillet 2000 risque cette fois-ci non seulement de faire échouer les négociations annoncées par Bush, mais également de faire tomber le gouvernement d’Ehoud Olmert et d’accentuer les divisions déjà saillantes au sein de la classe politique israélienne.
Confirmant ce risque, le leader de la droite ultranationaliste israélienne, Avigdor Lieberman, vient de quitter le gouvernement avec ses 11 députés en signe de protestation contre la reprise des négociations israélo-palestiniennes, dont il avait averti qu’elles constituaient la ligne rouge à ne pas franchir lorsqu’il accepta le poste de ministre des Affaires stratégiques et de vice-Premier ministre. C’est que Lieberman demeure très populaire auprès des électeurs issus de l’ex-URSS (20 % des suffrages). Pour lui, la reprise du dialogue avec les Palestiniens est un réel casus belli et les limites du tolérable ont été franchies lorsque Tzipi Livni s’est dite prête à faire « d’importantes concessions territoriales », et même à aborder les sujets des réfugiés et du partage de Jérusalem (unique lieu saint du judaïsme et capitale « éternelle » de l’Etat hébreu, selon une formule chère à Ariel Sharon). Pour Lieberman, « le processus ne mènera nulle part » et le principe « la paix contre la terre » constitue une « erreur fatale », a expliqué celui qui s’est fait connaître par ses solutions radicales fondées sur la « survie démographique d’Israël » et le « transfert » des Arabes israéliens dans le cadre d’échanges territoriaux visant à homogénéiser deux entités incompatibles.
« Coalition du refus »
Estimant les Arabes israéliens « pires » que le Hamas, Avigdor Lieberman estime par ailleurs que le modéré Mahmoud Abbas, dont le pouvoir se limite à la Cisjordanie, est un partenaire trop faible pour être un interlocuteur crédible, puisqu’il ne contrôle pas l’entité terroriste de Gaza. Mais son parti, Israël Beitenou, n’est pas le seul à fragiliser le gouvernement : le parti religieux Shaas (12 sièges) menace aussi de quitter la coalition gouvernementale formée autour de Kadima. Bien qu’Olmert dispose encore de la majorité des sièges à la Knesset (67 sur 120), d’autres pourraient démissionner dès que la question de Jérusalem sera soulevée. Ehoud Olmert serait alors obligé de gouverner avec la gauche afin d’empêcher la tenue d’élections anticipées risquant de porter Netanyahou au pouvoir dans le cadre d’une « coalition du refus » opposée à toute concession aux Palestiniens.
L’Iran “sponsor mondial du terrorisme”
En visite dans les Emirats arabes unis, le président G. W. Bush a rappelé que l’Iran et al-Qaida sont le principal obstacle à la paix dans la région. Bush s’en est pris à la République islamique, déclarant : « L’Iran est le sponsor mondial du terrorisme, et il menace la paix et la stabilité de vos voisins. » La visite du président américain dans le Golfe est intervenue dans un contexte de tension accrue avec l’Iran, peu après l’incident du 6 janvier dernier dans les eaux internationales, lorsque trois navires iraniens ont provoqué des bateaux américains dans le détroit d’Ormuz, voie maritime cruciale pour l’acheminement du pétrole. L’hôte de la Maison-Blanche est allé jusqu’à brandir la menace d’une « troisième guerre mondiale » dans l’hypothèse où l’Iran se doterait du feu atomique. D’évidence, le but de Bush est de finir son mandat en beauté et d’isoler l’Iran sur la scène internationale grâce à une réactivation de l’alliance américano-saoudienne et occidentalo-sunnite face à la République islamique iranienne et à ses alliés du Hamas, ainsi que les chiites du Hezbollah et d’Irak. Une stratégie de préguerre apparemment partagée par le président français Sarkozy, lui aussi en tournée dans le Golfe, qui vient de réactiver l’alliance franco-saoudienne et a annoncé l’ouverture d’une base militaire française en Arabie.
Hiérarchiser l’ennemi
Mais Bush n’a pas réussi à convaincre son allié saoudien de signer vite un accord de paix israélo-palestinien, ni à gagner le soutien des pays arabes du Golfe à son plan d’isoler Téhéran. Tandis que l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis ont peur de se brouiller avec le turbulent voisin mais précieux partenaire économique qu’est l’Iran, le Koweït, lui, a refusé d’autoriser les Etats-Unis à utiliser son territoire en cas d’opérations militaires contre l’Iran. Puis Bush a affirmé que « l’espoir revenait » petit à petit en Irak et que l’amélioration de la sécurité devrait permettre bientôt une baisse des effectifs américains de 160.000 hommes à 130.000 d’ici à juillet 2008. Tout en rappelant que la présence militaire américaine en Irak « pourrait facilement » se prolonger de dix ans ou plus. Enfin, le 12 janvier, alors que Bush était à Bahreïn, le Parlement irakien a réhabilité d’anciens membres du parti Baas de Saddam Hussein, conformément aux vœux américains. Le président Bush, qui y voit « un pas important vers la réconciliation », aurait-il enfin compris qu’il convient de hiérarchiser l’ennemi et que les ex-cadres nationalistes laïcs de Saddam valent mieux que les islamistes ? Il n’est jamais trop tard pour bien faire… surtout si la perspective d’une guerre contre l’Iran chiite se rapproche.
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