Roberto de Mattei, entretien
La chute de Romano Prodi et le retour annoncé de Silvio Berlusconi, l'avis autorisé d'un intellectuel iconoclaste
FS/ Roberto de Mattei est un des plus brillants intellectuels italiens. Professeur d’Histoire moderne à l’Université de Cassino et d’histoire du Christianisme et de l’Eglise à la nouvelle Université Européenne de Rome, de Mattei a été vice-Président du Conseil National de la Recherche, CNR (= CNRS italien) de 2004 à 2007 et demeure l’un de ses dirigeants. Proche de la droite chrétienne de Silvio Berlusconi, il a été entre février 2002 et mai 2006, Conseiller pour les questions internationales du Vice-Président du Conseil et Ministre des Affaires Etrangères italien, Gianfranco Fini. Il a participé à ce titre aux travaux de la Convention européenne (2002-2003), où il a conduit une intense bataille avec le gouvernement italien pour que soient insérées les “racines chrétiennes” de l’Europe dans le Traité constitutionel, devenu Traité de Lisbonne. Président de la Fondation Lépante, il est un des rares intellectuels italiens ouvertement opposé à l’entrée de la Turquie à l’UE, ce qui avait attiré l’attention de Nicolas Sarkozy lors d’une rencontre en 2006. Ayant annoncé depuis des mois la chute du Gouvernement Prodi, Roberto de Mattei* a accepté de livrer à France Soir son interprétation de la crise politique italienne.
FS/ M. le Professeur Roberto de Mattei, comment expliquez-vous la chute de Prodi?
RM: Les élections de 2006, qui ont amené au pouvoir Romani Prodi, avaient été conduites par les deux coalitions de droite et de gauche. Prodi remporta les élections à quelques voix près, mais refusa toute collaboration avec l’opposition, affirmant gouverner de manière autocratique. Il est tombé parceque sa majorité parlementaire est trop exigüe et divisée par des luttes internes. Mais aussi parcequ’il a mal gouverné, irritant jusqu’à ceux qui avaient voté pour lui. Le Gouvernement Prodi a été l’un des pires gouvernements italiens des dernières années.
FS/ Silvio Berlusconi reviendra-t-il au pouvoir?
L’Italie a besoin de stabilité et le retour de Berlusconi au Gouvernement est l’unique garantie de stabilité pour les prochaines années. Le problème est toutefois aujourd’hui en Europe non pas de gagner les élections, mais de réussir à gouverner...
FS/ Y a t-il un risque de division ou de rivalité entre Force Italia (parti de Berlusconi) et ses ex-alliés (Alliance Nationale, Union du Centre, Lega Nord)?
RM: La principale cause de la défaite de Berlusconi en 2006 fut justement la division au sein de sa coalition, laquelle cachait des luttes de pouvoirs pour succéder à Silvio Berlusconi. Les divisions à gauche sont quant à elles idéologiques et donc plus profonds. Il a été et sera toujours impossibile de faire cohabiter des partis vétéro-communistes de Bertinotti et de Diliberto avec les modérés de gauche comme l’ex premier ministre Dini. Le Gouvernement Prodi vivait grâce à l’appui déterminant des Sénateurs à vie et à un monarchiste passé à gauche comme le sénateur Domenico Fisichella.
FS: Croyez-vous dans le futur du grand parti de centre-droit que Berlusconi veut créer?
RM: Le succès du futur du parti de Berlusconi et, plus généralement, du centre-droit, est lié au socle de valeurs dont il se réclamera. Hélas, la classe politique italienne est adepte d’un pragmatisme qui frise plus le cynisme de Francesco Guicciardini que du réalisme de son contemporain Niccolò Machiavelli... La bataille qui ouvre le XXIème siècle oppose les valeurs permanentes de l’Occident et l’idéologie relativiste née de la décomposition des idéologiee totalitaires du siècle précédent. Le pragmatisme qui proclame la fin des idéologies est toutefois, lui aussi une idéologie, dont le noyau est le relativisme.
FS/ En tant qu’Italien méditerranéen, que pensez-vous du projet sarkozien d’Union de la Méditerranée? Et partagez-vous son refus de l’entrée de la Turquie dans l’Europe?
RM: Ce qu’entend Sarkozy ne m’est pas encore très clair. Je crois que l’on doit penser à une “Méditerranée élargie” qui inclue non seulement les deux rives nord et sud, mais un arc maritime plus ample qui, de Gibraltar s’étende jusqu’à la Mer Noire. Il faut récupérer ces pays de l’Est comme la Roumanie,l’Ukraine, la Géorgie, qui font partie pleinement de la civilisation européo-méditerranéenne. Quant à la Turquie, j’ai toujours été contre son intégration dans l’UE. Sarkozy a entièrement raison sur ce point*.
[Encadré 1] Crise de Lèse-Papauté, ou fin de l’invulnérabilité du Pape en Italie? Le 17 janvier dernier, à l’Université “La Sapienza” de Rome, un groupe de professeurs ultra-minoritaire (67 su 4500) et ses étudiants (quelques centaines sur 135 000) ont réussi à faire annuler la visite du Pape Benoist XVI à l’occasion de l’inauguration de l’année académique. Le Professeur de Mattei explique que “pour comprendre la gravité de l’évènement” qui a choqué toute l’Italie et suscité les réactions d’indignation de la totalité de la classe politique, de la droite dure à la gauche communiste, “il faut rappeler que “La Sapienza” (“La Sagesse” en italien) a été fondée par le Pape Boniface VIII en 1303 et qu’elle fut cinq siècles durant, jusqu’au 20 settembre 1870, l’université du Saint Siège”. Or le Pape, “outre le fait qu’il exerce sa Souveraineté sur la Cité du Vatican, ne représente pas n’importe quel Etat, avec lequel l’Etat italien a des relations diplomatiques, mais est considéré (pas uniquement par les Catholiques) comme la plus haute autorité spirituelle et morale du monde”. Il est “à ce titre invité dans les plus prestigieuses assises internationales”... Roberto de Mattei s’indigne que Benoist XVI, qui est reçu partout, n’ait pas pu s’exprimer dans le Diocèse dont il est l’Evèque et où, en 2000, se déroula une “Gay Pride” objectivement outrageante en pleine année sacrée du Jubilée...”. Vécu par le Vatican comme un véritable affront et une première offensive visant à braver le magistère spécial de l’Eglise en Italie. En fait, de Mattei estime que “les raisons sont idéologiques, et que le soi-disant “post-communisme” ne s’est pas libéré du marxisme-léninisme, mais uniquement de sa dimension utopique, poursuivant ainsi son oeuvre destructrice”. Pour lui, “le noyau du marxisme, comme de toute forme de pensée révolutionnaire”, est fondé sur le “relativisme culturel radical”, et par une “aversion pour les racines chrétiennes de l’Occident”. Une aversion envers l’Europe chrétienne qui a motivé selon lui ceux qui ont exclu Benoist XVI de l’Université romaine. Nul doute que pour de Mattei “les prophéties anti-religieuses du marxisme et des Lumières se dissolvent comme la neige sous le soleil et que le Pape demeure qu’on le veuille ou non un protagoniste incontournable sur la scène internationale et donc pour cela une des cibles privilégiées des lobbies marxistes et laicistes de tout genre”.
* Roberto de Mattei est directeur de la revue "Radici Cristiane" (“Racines chrétiennes”) et de l’Agence d’information "Correspondance européenne”, diffusée dans toute l’Europe en plusieurs langues. Plaidant pour une Europe géopolitique cohérente fondée sur le projet de l’Europe des Nations souveraines et sur l’identité judéo-chrétienne, il vient de publier en Italie un livre critique sur la construction européenne: “De Europa, entre racines chrétiennes et rêves post-modernes”, bientôt traduit en français, dans lequel il affirme que l’Union européenne a eu tort de ne pas assumer ses “racines chrétiennes” dans le Traité européen de Lisbonne, puis de prôner le multiculturalisme et le relativisme culturel, et l’entrée de la Turquie dans l’UE. Il a également publié en Italie en 2007, La Dictature du relativisme. Son essai majeur, La souveraineté nécessaire (Prix Renaissance 2001), a été publié en 2000 aux éditions Francois Xavier de Guibert.
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#1 - Mattei 27.12.2010 15:10 - (Répondre)
Nous sommes entièrement d accord sur tout ce qu a ecrit le Professeur en ce sens en tant que citoyen nous ne voulons pas l entrée de la Turquie a l UE, et la Burqua sur tous les principes de l Islamisme qui actuellement est en passe de prendre une position importante dans le Monde, contre notre Chretienneté nous voudrions que la France puisse revenir a ses valeurs fondamentales celles de la Chretienneté puisque elle fut surnommée "la fille de l Eglise" cordialement (de la part des corses)