Le syndrome du Kosovo ?
Les Albanais du Kosovo ont procédé dimanche, à Pristina, comme initialement annoncé, à leur proclamation d’indépendance, réalisant ainsi un rêve nationaliste après huit ans d'administration onusienne.
Ceci en dépit de l’opposition totale de la Serbie et de la Russie, qui veulent bloquer le processus sécessionniste à l’ONU. A l’origine de la décision : le Premier ministre kosovar Hashim Thaçi, ancien chef de l’organisation terroriste UCK, qui avait déclenché l’intervention des forces de l’OTAN en 1999 contre la Serbie de Milosévic et avait obtenu, via la stratégie de la confrontation directe, le détachement de la province du Kosovo, peuplée en majorité d’Albanais, de l’Etat serbe, en théorie toujours souverain dans cette province. La déclaration d'indépendance a été votée par le Parlement dimanche après-midi à Pristina. Conformément au scénario prévu par M. Thaçi, les Etats-Unis et la majorité des pays de l’UE devraient reconnaître la sécession kosovare, dont l’indépendance doit être encadrée par une nouvelle mission de 2 000 policiers et juristes, baptisée, Eulex, fortement combattue par Belgrade, les Serbes du Kosovo (10% de la population de la province) et la Russie, qui l’ont comparée à une « force d’occupation ». Eulex doit prendre la relève de la Mission de l'ONU au Kosovo (MINUK), qui administre la province depuis la fin du conflit (1999) entre l’armée de Milosevic et la guérilla albanaise. Mais le principal leader serbe du Kosovo, Milan Ivanovic, a rejeté catégoriquement la légitimité de la mission de l’UE au Kosovo, jugée « caractéristique d'une occupation". Dans une première décision contestant a priori la souveraineté kosovare et augmentant le risque d'une sécession, les Serbes du Kosovo (120 000) ont annoncé qu'ils organiseraient sur leur territoire les élections municipales et leur propre "Parlement du Kosovo"… "Le gouvernement de Serbie est clairement opposé à l'arrivée d'une mission sans une base légale claire, qui ne peut être donnée que par le Conseil de sécurité de l'ONU", a confirmé le vice-Premier ministre serbe Bozidar Djelic, adressant ainsi une protestation formelle à l'UE. Craignant la sécession réactionnelle du Nord de la Province où résident la majorité des Serbes du Kosovo, Hashim Thaçi a tenu à indiquer que le processus serait géré "en coordination" avec les Occidentaux et que « la sécurité des Serbes et des autres minorités serait garantie dans un Kosovo indépendant », invitant à « tourner la page du triste passé"… En fait, l'UE est divisée, et l’on craint dans plusieurs capitales que le « syndrome du Kosovo » ne donne des idées à toute sorte d’indépendantistes (Catalans, Corses, Basques, Ecossais, Flamands, Padans en Italie ou même Sardes, Turcs du Nord de Chypre, etc). La majorité des pays européens s’apprêtent certes à la reconnaître, notamment en raison des pressions très fortes exercées par l’OTAN et les Etats-Unis, mais aussi par l’Allemagne et du Vatican, qui ont toujours œuvré au démantèlement de l’ex-Yougoslavie au profit des nationalités non-orthodoxes (Croates, Bosniaques, Albanais). Mais six d'entre eux s’y opposent toujours : les Etats orthodoxes « frères » (Chypre, Grèce, Roumanie et Bulgarie), mais également l'Espagne et la Slovaquie. Les positions officielles de chaque capitale européenne devraient être rendues publiques aujourd’hui, lors d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE à Bruxelles. Réaction russe sur fond de nouvelle guerre froide : Moscou a annoncé que la Russie risquerait de reconnaître certains Etats sécessionnistes, notamment les enclaves qui menacent de l’intérieur la Géorgie (Abkhazie, et Ossétie du Sud), qui paie ainsi d’avoir préféré l’axe turco-américain (oléoduc Bakou-Ceyhan, bases de l’Otan) à la solidarité orthodoxe et ex-soviétique…

