Interview d'Alexandre del Valle, par France Soir
Interrogé par France-Soir, le géopolitologue Alexandre Del Valle revient sur les dangers de la situation en Iran, alors que les autorités tentent d’étouffer la contestation.
FRANCE-SOIR. Qui est réellement au pouvoir en Iran ? Ahmadinejad ? L’ayatollah Khamenei ?
ALEXANDRE DEL VALLE : Depuis la révolution islamique et la Constitution de 1979 instaurée par l’Ayatollah Ruhollah Khomeiny, le pouvoir en Iran découle de Dieu (principe de « gouvernement jurisprudentiel ou religieux », en perse « Vilayet al Faqih »), par l’intermédiaire du Clergé chiite. Au Sommet de la République islamique se trouve le « Guide », autorité politico-religieuse suprême. Celui-ci, Khomeiny hier, Ali Khamenei aujourd’hui, commande le pouvoir exécutif visible, détenu par le Président de la République : actuellement Mahmoud Ahmadinéjad.
FS : Aujourd'hui adversaires, Moussavi et Ahmadinejad ont-ils réellement deux idéologies opposées ?
ADV : Pas réellement. N’oublions pas que Moussavi a du sang sur les mains, qu’il fut Premier Ministre du tyran révolutionnaire Ruhollah Khomeiny, et qu’il n’aurait pas pu se présenter comme candidat s’il ne faisait pas partie du « système ». On peut ainsi le comparer à un autre leader khomeyniste « historique », lui aussi « modéré » ou « réformateur » : Mohammed Khatami, qui fut le président de l’ouverture, et tendit la main, en 1997, aux Etats-Unis. Mais certains ont analysé les années Khatami comme le moment où l’on a « endormi l’Occident » et où la Révolution islamique a relancé en toute quiétude son programme nucléaire. Par ailleurs, Moussavi n’a pas pardonné à ses successeurs et au Guide d’avoir supprimé la fonction de Premier Ministre qu’il occupa.
FS : Jusqu'où la contestation peut-elle s'étendre ?
ADV : Même si Moussavi vient du « système », il se peut qu’il entame une rupture plus ou moins forte avec le régime, si le Guide Khamenei, le Président Ahmadinéjad et les Gardiens de la Révolution décidaient d’engager des répressions sans précédents, ce qui n’est pas inévitable. Les jeunes iraniens qui défilent ne sont pas tous des contre-révolutionnaires : ils revendiquent la légitimité semi-« démocratique » du régime. Je n’exclus certes pas le basculement du pays dans la guerre civile, mais ce scénario pourra être du moins encore quelques temps compromis par le sentiment nationaliste, et l’esprit de corps sur lequel table Ahmadinéjad face aux « pressions occidentales ».
FS : Quel avenir pour le programme nucléaire iranien, civil et militaire ?
ADV : L’accès de l’Iran au feu atomique est difficilement évitable. La question est de savoir si l’Occident l’en empêchera militairement, ce qui est peu probable. Alors Israël en tirera les conséquences et interviendra seule - avec les conséquences que cela impose et si cela est encore techniquement possible - comme en Irak à Osirak en 1981, pour le plus grand bonheur des Européens et de l’administration Obama, qui ont tendu la main à l’Iran et rechignent à intervenir. Une fois de plus, Israël, qui joue là sa survie même, et qui est contrainte d’être plus lucide que l’Europe et les Etats-Unis, devra faire ce que ses « alliés » n’osent pas faire… D’autant que le tandem israélien Bibi Netanyahou-Avidgor Liberman n’est pas du tout sur la ligne américaine et européenne actuelle visant à dialoguer coute que coute avec les Mollahs… A cet égard, on peut noter que la France de Nicolas Sarkozy est l’un des pays occidentaux les plus ouvertement solidaires des insurgés iraniens et les plus vigilants face à la dérive négationniste, militariste, totalitaire et nucléaire de la république islamique iranienne, menace pour Israël, pour les pays arabes, pour l’Europe, pour les approvisionnements énergétiques et pour le monde libre.
FS : Quelles conséquences peut avoir un nouveau mandat d'Ahmadinejad sur la sécurité dans la région ? Dans le monde ?
ADV : extrêmement graves. Premièrement parce qu’il est le candidat « choisi » par le Guide, les Pasdarans et la ligne dure du régime, deuxièmement parce qu’il adhère à la vision guerrière et messianique chiite de son maître l’Ayatollah Mohammad Taqi Mesbah Yazdi, l’un des membres du Conseil des Gardiens de la Révolution, qui envisage une sorte d’apocalypse guerrière entre l’Islam et l’Occident… Le régime islamiste et le Président iraniens constituent une menace pour Israël et pour ses voisins sunnites arabes et turcs, qui redoutent tant la nucléarisation de l’Iran que l’exportation de la révolution chiite dans les pays arabes sunnites. Téhéran est en effet très populaire au Liban, en Syrie et à Gaza, en raison de son soutien au Hamas et au Hezbollah. « Héros » de la cause palestinienne contre le « Satan sioniste », Ahmadinéjad soutien le phénomène de conversion massive de sunnites au Chiisme. Le régime iranien constitue également une menace pour l’Europe, dont les frontières sud sont déjà les cibles possibles des missiles Shéhab III et Séjil II (d’une portée de 2000 km) qui transporteront d’ici deux ans des ogives nucléaires…


#1 - Persepolis 22.06.2009 13:02 - (Répondre)
analyse lucide , claire et courageuse! Merci au nom de tous les démocrates iraniens; P
#2 - joachim said:
13.07.2009 17:41 - (Répondre)
- Des conversions soutenues au chiisme, pouvez-vous en dire un peu +, au Liban surtout j'imagine, et monétisées ? - Concernant les opposants de l'OMPI, j'ai du mal à me faire une idée claire: sont-ils toujours marxisants ? Leur modération réelle ? leur attachement au principe de laicité est-il sincère ? Les travaux d'Alain Chevalerias appellent à la vigilance, tandis qu'un éditeur breton pourtant bon connaisseur du dossier a des relations très cordiales avec leurs élites réfugiées en France... - content de retrouver vos analyses, ça nous change d'Alexandre Adler.
#3 - ahmadinejadien 26.10.2009 06:13 - (Répondre)
Vive le Sejil 2, Eurabia, Kim, Mamoud et Hugo . A bas l' imperialismo sioniste.
#4 - ahmadinejadien 26.10.2009 06:43 - (Répondre)
51. ô les croyants ! Ne prenez pas pour alliés les Juifs et les Chrétiens; ils sont alliés les uns des autres. Et celui d'entre vous qui les prend pour alliés, devient un des leurs. Allah ne guide certes pas les gens injustes.