Turquie-Iran: les liaisons dangereuses
La nouvelle Turquie « post-kémaliste » dirigée par le parti islamo-conservateur (AKP) du Premier Ministre Recep Taiyyp Erdogan et du président Abdullah Gül est devenue l’alliée privilégiée de l’Arabie saoudite, de l'Iran, de la Syrie et du Soudan.
Cela fait vingt-deux ans que la Turquie a présenté pour la première fois sa candidature à l’Union européenne. Une requête que nombre de partisans d’Ankara motivent par l’ancienneté de l’accord d’association (1963) liant Ankara à l’UE et surtout par le fait que la Turquie est une exception laïque et pro-occidentale au sein du monde musulman. Qu’en est-il exactement ?
En fait, l’accord de 1963 (semblable à celui de 1969 liant l’UE au Maroc et à la Tunisie), n’impliquait aucune promesse d’intégration. Ensuite, lorsqu’Ankara présenta pour la première fois sa demande d’adhésion, sa requête fut refusée par la Commission et par une résolution du 17 juin 1987 du Parlement européen exigeant de la Turquie 4 conditions préalables jamais satisfaites jusqu’à aujourd’hui :
– Respect des droits de l’homme.
– Reconnaissance du génocide arménien.
– Respect et égalité pour les minorités religieuses et ethniques.
– Retrait de Chypre et reconnaissance de la république de Chypre.
Or vingt-deux ans après la première réponse européenne, si des changements importants ont été réalisés en matière d’harmonisation des lois nationales aux normes européennes, la Turquie n’a pas satisfait aux « 4 critères » de 1987.
Une même haine envers les idéologies laïques
En s’éloignant du modèle kémaliste laïc inauguré en 1924 par Mustapha Kémal Atatürk, la nouvelle Turquie « post-kémaliste » dirigée par le parti islamo-conservateur (AKP) du Premier Ministre Recep Taiyyp Erdogan et du président Abdullah Gül, est devenue l’alliée privilégiée de l’Arabie saoudite, de la Syrie, du Soudan, qu’Ankara refuse de condamner pour génocide (comme l’a décidé la Cour pénale internationale de Rome), et surtout de l’inquiétante République islamique iranienne.
Le parti islamique AKP au pouvoir en Turquie partage en effet ave le président iranien Mahmoud Ahmadinejad une même haine envers les idéologies laïques, comme celle de « l’apostat » Atatürk.
L’AKP et Erdogan ont par ailleurs défendu le Hamas et le Hezbollah lors des opérations israéliennes de l’été 2006 au Liban contre le mouvement chiite pro-iranien et de l’hiver 2008-2009 à Gaza contre le mouvement terroriste palestinien pro-iranien (Hamas).
On a tous en mémoire la sortie violente d’Erdogan contre le président israélien Shimon Perez à Davos, puis les accusations de « génocide des Palestiniens » commis par Israël, relayées par les « médias juifs sionistes du monde entier », propos identiques aux théories judéophobes d’Ahmadinejad et qui ont valu une grande popularité à Erdogan dans les pays d’Islam.
Plus récemment, la Turquie néo-islamique a mis son veto à la participation de l’aviation israélienne à des manœuvres de l’Otan qui devaient s’effectuer le 13 octobre dernier dans son espace aérien, cela pour « dénoncer l’opération de l’armée israélienne à Gaza » contre le Hamas.
Un terrible besoin turc en énergie
En réalité, le rapprochement géopolitique irano-turc et le refroidissement des relations de la Turquie avec Israël, les Etats-Unis et l’Otan, sont motivés par plusieurs facteurs : premièrement des intérêts géo-économiques communs ; un terrible besoin turc en énergie (pétrole et gaz) iranienne facile d’accès ; les échanges commerciaux entre les deux pays voisins dépassent les 6 miliards d’euros annuels, avec une nette perspective de progression.
C’est en fait parce qu’elle veut à terme obtenir le nucléaire civil et militaire que la Turquie défend le droit iranien à l’atome et refuse les pressions sur l’Iran » visant à l’empêcher d’acquérir la bombe atomique, cela tant qu’un « autre pays de la région » en disposera, dixit Erdogan, qui faisait évidemment allusion à Israël. Or Israël demeure pour l’heure (pour combien de temps encore ?) un allié de cette même armée turque laïque et kémaliste détestée par les islamistes au pouvoir à Ankara…
Edition France Soir du lundi 23 novembre 2009 page 17
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#1 - reisroc 08.12.2009 15:50 - (Répondre)
C'est facile de venir à bout de ce qui reste de l'apostasie kémaliste dans l'armée, il suffit de suivre l'exemple espagnol avec la défranquisation. 1. On nomme un vieux général très inoffensif ministre des armées 2. On lui fait nommer des nouveaux responsables de la formation des académies militaires 3. Les principaux généraux sont envoyés en préretraite avec un grade et une solde supérieure 4. On fait croire à quelques généraux pas très malins et très disciplinés qu'un coup d'Etat militaire serait accepté par le politique et le peuple, et on les autorise à faire une sortie de véhicules (désarmés) pour se promener à proximité des principaux centres médiatiques. Puis le Chef de l'Etat affirme haut et fort que le putsch est raté. Et voilà ! Les casernes peuvent être définitivement nettoyées des vestiges de l'apostasie kémaliste, pour faire entrer les nouveaux révolutionnaires islamistes. Evidemment les coupables seront les affreux chrétiens européens qui ont refusé la Turquie pour des raisons racistes. On connaît la chanson.
#2 - alexandre 15.12.2009 21:32 - (Répondre)
scénario intéressant qui pourrait peut être un jour se concrétiser, quoi que de façon moins expéditive et aisée...