L’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne fait-elle de l’Europe une nouvelle superpuissance comparable aux Etats-Unis ?
Quelques jours après la première rencontre officielle de la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton avec la Haute représentante de l’Union européennne pour la PESC, Catherine Ashton : un bilan mitigé
La principale faiblesse de l’Union européenne réside depuis toujours dans l’absence de direction et d’interlocuteur unique. Cet obstacle majeur à sa crédibilité devrait avoir disparu avec l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, le 1er décembre dernier. Depuis la rencontre vendredi dernier entre Hilary Clinton, la secrétaire d’Etat américaine, et Catherine Ashton, la Haut Représentant de l’Union européenne, les adeptes du célèbre stratège américain Henri Kissinger ne pourront plus ironiser sur « l’Europe, quel numéro de téléphone » ? Comme les Etats Unis, l’Union dispose désormais non seulement de l’équivalent d’un Super Ministre des Affaires étrangères, mais aussi d’un Président de l’Union européenne, le chrétien-démocrate Herman Van Rompuy. Mais la comparaison est purement nominale. Car dans les faits, le Traité de Lisbonne n’a pas trouvé la solution magique pour mettre fin aux faiblesses de l’UE : 27 langues différentes, 27 pays aux intérêts géopolitiques et histoires différentes ou opposés ; absence de défense et d’armée européenne réelles (la défense européenne dépend des moyens et décisions de l’OTAN, contrôlés par Washington) ; absence de stratégie économique offensive (ainsi, des pays d’Europe de l’Est ou le Royaume Uni achètent des équipements militaires ou industriels de haute technologie américains au détriment de la discipline européenne, etc.
Meilleure preuve que l’Union est loin d’être une Superpuissance parlant d’une voix unique : La Haute représentante anglaise de l’UE est sur une ligne complètement opposée à celle du Président de l’UE, le belge conservateur Van Rompuy. Les deux « têtes européennes n’ont aucune marge de manœuvre pour fixer un cadre stratégique pour l’Union. Et c’est à Bruxelles certes, mais dans le cadre d’une rencontre des Ministres des Affaires étrangères de l’OTAN et non de l’UE, qu’Hillary Clinton est allée consulter ses homologues nationaux allemands (Guido Westerwelle), anglais (David Miliband) et français (Bernard Kouchner) vendredi dernier, afin de régler l’épineuse question de l’envoi des troupes supplémentaires en Afghanistan. Rappelons que si le Président américain Barak Obama, réputé « pacifiste », a décidé l’envoi d’ici aout 2010 de 30 000 soldats supplémentaires, les 27 décideront peut être bientôt (le 28 janvier 2010 à Londres et non à Bruxelles !), d’entériner non pas une décision européenne mais celle du Secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, d’envoyer moins de 3500 hommes supplémentaires en Afghanistan…
Encadré : Qu’est-ce qui change avec l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne ?
- L’Union européenne a désormais une « personnalité juridique » : elle peut conclure des traités et elle est représentée par un Président du Conseil européen élu pour deux ans, et un Haut représentant pour la Politique étrangère et de sécurité (PESC), également vice-président de la Commisson,
- le Parlement européen acquiert plus de nouvelles compétences, notamment au titre de la procédure législative de « codécision » : asile, immigration, coopération policière et judiciaire, budget, contrôle aux frontières, sécurité, accords internationaux, etc).
-Les décisions du Conseil européen (qui incarne le pouvoir décisif des chefs d’Etats nationaux ou leurs ministres) ne sont plus majoritairement prises à l’unanimité comme avant (un seul Etat pouvait tout bloquer) mais à la majorité qualifiée (55 % des membres du Conseil, dont au moins 15 Etats et 65 % de la population de l’Union).
Ainsi, en matière de coopération judiciaire et policière, la plupart des décisions sont prises à la majorité et non à l'unanimité,
- Pour la première fois, une « clause de sortie » permet aux Etats de sortir de l'Union,
- Le Traité de Lisbonne accorde des députés supplémentaires aux Etats (de 736 à 751), soit pour la France deux de plus, désignés actuellement parmi des députés nationaux et privés d’indemnité et de droit de vote.
- 1 million de citoyens européens peut inviter la Commission à présenter une proposition de loi.
-droits et obligations des parlements nationaux confortés (principe de subsidiarité),
-La Charte des droits fondamentaux acquiert une force juridique contraignante.
-La Banque centrale européenne (BCE) devient une institution de l'UE.
- La lutte contre le changement climatique acquiert un statut prioritaire.

