Jacques Soppelsa répond aux questions de France soir sur le Nouvel Ordre Mondial
Le 2 février dernier, Barack Obama a annoncé qu’il n’assisterait pas au sommet Etats-Unis-Union européenne organisé en mai à Madrid par l’Espagne.
Si peu de temps après avoir été enthousiasmés par le premier président noir des Etats-Unis, qui promettait une Amérique plus juste et plus ouverte, les Européens sont déçus, comment expliquer la décision américaine de boycotter le sommet organisé par l’Espagne qui assure la présidence tournante de l’Union ?
Pour Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, Barack Obama aurait un calendrier « chargé » et le sommet serait reporté au mois de novembre. D’après Valéry Giscard d’Estaing, la réponse est inscrite dans le traité de Lisbonne que l’Espagne a ratifié : « Il n’y a qu’un président du Conseil européen : le Belge Herman Van Rompuy », et non le président du Conseil espagnol José Luis Zapatero, dont le pays n’assure plus qu’une présidence technique du conseil de l’UE.
D’après Jacques Soppelsa (*), l’un des grands spécialistes français de géopolitique, la décision d’Obama est significative. D’abord, « les Etats-Unis ne font plus confiance à la vieille Europe ». « Elle n’est plus la priorité et est jugée peu fiable, à l’exception de la Grande-Bretagne. »
La « nouvelle Europe » (ou Europe de l’Est), centrale et orientale, est considérée plus pro-américaine. L’Espagne de Zapatero, rappelle Soppelsa, « participe aux sommets ibéro-américains annuels où s’expriment des pays hostiles aux Etats-Unis comme le Venezuela, l’Equateur ou la Bolivie, ce qui agace Washington ».
Mais surtout « Obama n’est pas si différent de ses prédécesseurs républicains : il doit conforter les points d’ancrage hérités de l’ère Bush – Afghanistan et Irak d’abord – puis ceux plus classiques d’Asie, du golfe Arabo-Persique et des détroits des Caraïbes. Cela explique une forte présence après la catastrophe d’Haïti, située juste en face de Cuba, rappelons-le. Porte du golfe du Mexique, Reagan qualifiait d’ailleurs cette zone de « lac américain ».
Ce qui compte avant tout pour les Etats-Unis, « c’est que l’Otan fonctionne et que l’Union transatlantique dure ». Par ailleurs, « les Etats-Unis sont en train de renouer avec la doctrine Monroe », qui consiste à privilégier les intérêts américains sur le continent, d’autant « qu’ils n’ont plus les moyens d’être les gendarmes du monde ».
Enfin, les centres d’intérêts majeurs des Etats-Unis sont désormais les pays émergents ou outsiders : Brésil, Chine, Inde, Russie, avec qui Washington développe des relations bilatérales ».
L’émergence de ces pays « gêne considérablement les Etats-Unis, qui se concentrent sur ces aires plutôt que sur la vieille Europe, qui est un empêcheur de tourner en rond ».
En fait, la source principale d’instabilité du nouvel ordre mondial et du désintérêt américain pour l’Europe, développée dans l’ouvrage de Soppelsa, Les Sept Défis du nouvel ordre mondial (« 7e défi »), réside dans le fait que « nous sommes passés d’un système bipolaire (guerre froide ou « aire de certitude à l’ère de la certitude »), à un système unipolaire dominé par l’hyperpuissance américaine, vers un monde en voie de multipolarisation ».
Ce qui a des bons côtés, car « rien n’est pire que la domination absolue d’un seul », mais en même temps, ce monde multipolaire multiplie aussi les risques, « une aire d’incertitude à l’ère d’incertitude ».
(*) Jacques Soppelsa, président honoraire de Paris-I et professeur de géopolitique en Sorbonne, vient de publier Les Sept Défis capitaux du nouvel ordre mondial, éditions A2C, préfacé par Eric Besson.
Edition France Soir du lundi 8 février 2010 page 14


#1 - varujan 16.02.2010 11:17 - (Répondre)
bravo très intéressant, le livre de Soppelsa est super!
#2 - makram guebsi 18.02.2010 12:53 - (Répondre)
ce que je suis en train de remarquer durant les derniers mois,et pour etre plus précis depuis la montée de Obama a la presidence,c'est que les etats unies ne veut plus etre incarnée directement dans les conflits...elle souffre deja en iraq et en afganistan....pour cela et si on observe la demarche americaine lors du traitement du dossier iranien surtout,on va voir que les americains vont nous dire:il faut attaquer l'iran,par vous meme...je serai là pour vous supporter...j'en ai aucune envie de nouvelles guerres...donc c'est a israel et a l'europe vieille de mener cette bataille...je me deman,de alors pourkoi c'est au peuple israelien de payer la facture cette fois??au profit nottament des etats unies!!!
#3 - alexandre 24.02.2010 21:58 - (Répondre)
je vous encourage donc à acheter et lire l'ouvrage de Soppelsa, Bien cordialement, Alexandre