L’Occident face à l’Axe irano-syrien
Quelques jours après la visite du président iranien Ahmadinejad à Damas. A peine élu, le président américain Barack Obama a inauguré une politique de réconciliation et de dialogue avec le monde musulman, pour améliorer l’image ternie des Etats-Unis.
Dans ce contexte, Obama avait « tendu la main » à l’Iran et s’était adressé avec respect au « leader du peuple et de la République islamique iranienne », invitant son homologue iranien à « un nouveau départ ». En guise réponse, Ahmadinejad intensifia ses attaques verbales et menaces à l’encontre des Etats-Unis, de l’Occident et d’Israël. En effet, après avoir gagné du temps dans les négociations sur le dossier nucléaire engagées depuis 2006 avec le groupe des « 5 + 1 » (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne), le président iranien a catégoriquement refusé l’accord des 6 pays chargés des pourparlers visant à faire enrichir le stock d’uranium iranien par la France et la Russie, afin de garantir la promesse iranienne de poursuite d’un programme nucléaire civil et non militaire, ce dont la communauté internationale doute fort.
Ainsi, prenant acte du fait que la main tendue d’Obama n’a profité qu’à la dictature islamique et que Téhéran n’a pas renoncé à acquérir un arsenal nucléaire qui menacerait autant les pays arabes qu’Israël, la Secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton, qui espère que le Conseil de sécurité de l’ONU approuvera des sanctions renforcées contre Téhéran d’ici deux mois, a tenté la semaine dernière de convaincre la Syrie de s’éloigner de Téhéran. Ceci en échange d’une promesse non dite d’un retour progressif de la Syrie dans le concert des nations, comme cela a été fait avec la Libye depuis 2006 (afin de la convaincre d’abandonner son programme nucléaire militaire et dans le cadre de la lutte contre al-Qaida).
Il est vrai que la Syrie, dirigée par un président, Bachar al-Assad, issu de la minorité chiite alaouite, détestée par les islamistes, et qui est à la tête du parti nationaliste laïc Baas, aurait apparemment tout intérêt à coopérer avec l’Occident contre al-Qaida, qui déteste le régime des Assad. La Syrie apparaît ainsi aux yeux des dirigeants américains mais aussi de la France, comme un pays incontournable sans lequel toute solution de paix au Proche-Orient est vouée à l’échec. Car, bien qu’étant anti-islamiste à l’intérieur, le régime syrien soutient à l’extérieur, comme son allié iranien, les deux mouvements terroristes qui embrasent le Proche-Orient et agressent continuellement Israël : le Hamas à Gaza et le Hezbollah au Liban.
Le deal que proposent la France et l’Amérique à la Syrie impliquerait par conséquent que Damas s’éloigne de l’Iran islamiste et de ses deux protégés islamo-terroristes Hamas et Hezbollah, en échange de la restitution du plateau du Golan, occupé par Israël, à la Syrie, qui le réclame et en fait un casus belli, au point de participer au chaos régional et d’accueillir sur son sol les dirigeants en exil du Hamas et de protéger le Hezbollah. Théoriquement, la proposition est rationnelle. Mais la visite du président iranien Ahmadinejad à Damas la semaine dernière à l’invitation de son « ami » et allié stratégique Bachar al-Assad a déçu les derniers espoirs occidentaux allant dans ce sens. Pouvant difficilement être plus clair, les deux présidents les plus anti-israéliens de la région ont non seulement réitéré leur alliance stratégique, signant en passant un accord sur les visas, mais ils ont dénoncé fort violemment l’Etat « sioniste » israélien et « l’arrogance américaine » concernant le programme nucléaire iranien totalement soutenu par la Syrie.
En fait, la gifle infligée par ces déclarations à Clinton et Obama s’explique par le fait que la Syrie, dirigée par la minorité musulmane « hérétique » alaouite, issue du chiisme, honnie par les sunnites et donc par les capitales arabes voisines, a besoin de façon existentielle de l’allié iranien chiite, lui aussi issu d’un courant de l’islam honni par les sunnites, mais détenteur d’énergies fossiles, dont est dépourvue la Syrie. Par ailleurs, le régime de Damas, dont l’idéologie officielle est la cause anti-juive, anti-sioniste et nationaliste arabe, ne veut pas réveiller la rébellion sunnite interne des islamistes des Frères musulmans honnis, qui attendent leur heure et qui sont eux aussi existentiellement anti-sionistes.
Toute paix avec Israël, même en échange du Golan, signifierait ainsi l’explosion d’une guerre civile et la mort du régime baasiste de Bachar al-Assad, qui ne veut pas finir assassiné par les Frères musulmans, comme l’ancien président égyptien Anouar al-Sadate qui, lui, accepta courageusement de signer un accord de paix avec l’Etat juif diabolisé, considéré par les masses arabes comme la cause de tous les maux de la Terre…
- Les minorités face à la révolution syrienne, comment sortir du dilemme dictature laïque/ou révolution islamique?
- La Nouvelle Christianophobie; Pourquoi on tue les chrétiens dans le monde aujourd'hui
- Et si la Syrie basculait ?
- Le bloc-Notes géopolitique d'Alexandre del Valle
- La bombe nucléaire iranienne, une menace pour qui ?


#1 - makram guebsi 03.03.2010 15:55 - (Répondre)
bravo pour vous cher ami alexandre...mais j'ai bien aimé que vous développerez encore votre analyse...il est vrai que l'alliance syrie-iran est aujourdhui plus ancrée que jamais...mais la question qui se pose est la suivante:si l'occident décide d'attaquer l'iran...est ce le régime syrien (et je dis bien le régime et non pas la syrie)sera en mesure d'entrer dans cette guerre??je repond par la negation en affirmant que le régime syrien est aujourd'hui plus faible que jamais...certes,il ne pourra rien faire surtout avec le visa sunnite pour attaquer l'iran...ce régime sera plutot préoccupé de se proteger a l'interieur que de chercher une guerre qui finalement n'est pas la sienne...l'alliance syrie-iran est une alliance fragile,baptisée entre deux personnes pas entre deux peuples,une alliance qui n'est pas ancrée dans l'histoire...je dirai plutot que les sentiments entre syriens et iraniens est un sentiment de refus(le refus historique des chiites par les sunnites)...je dirai ceci tout en sachant bien de quoi il s'agit puisque je suis sunnite ....l'allié pri ncipal de iran c'est hisbollah et non pas la syrie...
#2 - el 06.03.2010 16:57 - (Répondre)
Pourquoi parler de terrorisme en évoquant le Hamas? Hezbollah? La terreur ne vient elle pas d'Israel qui avec son arsenal militaire ( en large partie fourni grâce à l'aide des états occidentaux qui ont le toupet de faire partie intégrante du quartette) terrorise la région. Pourquoi ne pas parler de régime raciste quand un juif argentin a plus de droit en Terre occupée qu'un Palestinien?????? Pourquoi tant de haine envers les musulmans et autant de sympathie à l'égard de cette entité raciste?
#3 - alexandre 09.03.2010 17:17 - (Répondre)
Je ne pense pas qu'israël soit un Etat terroriste.... mais que le terrorisme intellectuel consiste à qualifier Israël de terroriste, Bien à vous Alex
#4 - alexandre 09.03.2010 17:18 - (Répondre)
oui cher Makram, l'alliance syrie-Iran est fragile et le régime syrien est faible et menacé de l'intérieur, mais l'alliance avec l'Iran est pour le moment très difficile à casser. Bien cordialement, Alex
#5 - ahmet 13.03.2010 23:24 - (Répondre)
ca me fait rire cet article tellement les prévisions sont fantaisistes:"Toute paix avec Israël, même en échange du Golan, signifierait ainsi l’explosion d’une guerre civile et la mort du régime baasiste de Bachar al-Assad, qui ne veut pas finir assassiné par les Frères musulmans, comme l’ancien président égyptien Anouar al-Sadate"
#5.1 - alexandre 20.03.2010 12:16 - (Répondre)
très bien cher Monsieur!! si cela vous fait rire alors démontrer en quoi cela est risible!! merci de me donner vos arguments que je vais lire avec grand plaisir, cordialement, maa salam