Retour sur l’étrange visite du premier ministre turc Erdogan à Paris
Lors de sa visite controversée à Paris, à l’occasion de la fin de la saison turque en France, Recep Tayyip Erdogan a choqué l’opinion et multiplié les déclarations anti-israéliennes et pro-islamistes
Par ses propos inquiétants et ses reproches tous azimuts, le leader du parti de la Justice et du Développement (AKP, issu de l’Islamisme) a même refroidi les ardeurs de certains partisans de Turquie dans l’Union qui voyaient dans ce pays l’allié de l’Occident et l’unique pays musulman laïque du monde. Tout d’abord, Erdogan a violemment attaqué Israël dans des sorties destinées à plaire au monde islamique. Il a ainsi affirmé qu’Israël est « la principale menace pour la paix au Proche-Orient ». Réitérant l’accusation de « génocide » de 1500 Palestiniens par l’armée israélienne durant l’opération « Plomb durci» à Gaza contre le Hamas (hiver 2009-2010), Erdogan a relancé la polémique avec l’Etat hébreu qui a exprimé sa consternation. Il a ensuite réitéré son soutien à la République islamique iranienne et à son « cher ami» le Président Ahmadinejad, qui veut pourtant la bombe atomique, menace de rayer Israël de la carte et nie la Shoah en organisant à Téhéran des colloques niant le génocide juif. Au moment où l’Iran réaffirme ses ambitions nucléaires et où l’Occident plaide pour des sanctions renforcées contre Téhéran, Erdogan, dont le pays est actuellement membre du Conseil de sécurité de l'Onu, s’y est déclaré fermement opposé, critiquant la position de la France qui plaide pour un troisième train de mesures de rétorsion. Fier du fait que la Turquie est un partenaire stratégique de l’Iran, le Premier ministre turc a déclaré que l'Agence Internationale pour l’Energie atomique (AIEA) « ne dispose pas de certitudes sur les visées militaires de Téhéran et qu’il n’est donc pas question de mettre un pays en accusation sur des probabilités »… Erdogan n’a aucunement cherché à séduire le turco-sceptique président français pour plaider l’entrée de son pays dans l’UE, mais a au contraire adopté un ton arrogant. Comme si tout était dû à la Turquie et comme si elle n’était pas la première responsable du blocage : car Ankara continue d’occuper et coloniser illégalement le Nord de Chypre refuse de reconnaître la République de Chypre - membre de l’Union, et refuse même d’appliquer le protocole d’Ankara sur l’Union douanière Turquie-UE en refusant l’accès aux avions et bateaux chypriotes des ports et aéroports turcs, en violation des accords européens. Il est vrai que R. T. Erdogan ne cesse d’aggraver son cas depuis quelques semaines : il a menacé de « déporter 100 000 Arméniens illégaux de Turquie », continue de nier le génocide de ce peuple dont les survivants sont considérés (comble de l’ironie) par lui comme des « clandestins » sur leur propre terre d’origine... Adepte de la théorie du complot, Erdogan accuse la diaspora arménienne d’être à l’origine du « dénigrement mondial de la Turquie » et, depuis l’offensive israélienne contre le Hamas, fustige la diaspora sioniste mondiale qui justifierait le « génocide palestinien dans les médias »…. Etonnant de la part de celui qui reproche à l’Europe d’être un « club chrétien », Erdogan, qui rêve que son pays soit le leader du monde musulman, a donné des leçons de laïcité à la France, en dénonçant le débat sur la Burqa et la loi sur le voile islamique, au nom d’une conception de la laïcité consistant à « s’habiller selon ses propres croyances » et de la présence de « six millions de musulmans » en France. Comme si les Musulmans étaient tous pour le voile intégral... Ainsi qu’il l’a lancé lors de la visite en Turquie d’Angela Merkel, favorable au Partenariat privilégié avec Ankara comme Nicolas Sarkozy, M. Erdogan a même appelé les Turcs à « refuser l'assimilation », comparée à « un crime contre l’Humanité »… Ce qui ne manque pas de toupet de la part de celui qui nie le génocide de 1,5 millions Arméniens et qui est fier d’être le « cher ami » du négationniste Ahmadinéjad ! Enfin, le Premier Ministre turc, loin d’entendre l’opposition de Paris sur l’entrée de la Turquie dans l’UE, a déclaré que « la France doit changer », et que « M. Sarkozy peut réviser son approche" après s’être rendu en Turquie dans les prochains mois…
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#1 - veliocas 16.04.2010 08:31 - (Répondre)
On attend maintenant ceux qui vous dénigraient en 2004 lors de la sortie de votre livre...et j'attend surtout les prochains papiers d'Alexandre Adler, les interventions de Rocard,Lellouche etc. Chez Ellipse va sortir ces prochains mois le livre d'un jeune chercheur turcophone qui va définitivement clore le débat. wait and see...
#2 - alexandre 20.04.2010 19:24 - (Répondre)
merci de votre mail cher Monsieur, j'ai en effet parlé trop tôt de la Turquie et on m'en a voulu d'avoir cassé le mythe de la Turquie laïque et pro-occidentale ou philo-juive ou pro-israélienne. Car ceci appartient désormais au passé... Et les derniers défenseurs de la laïcité du grand chef d'Etat Atatürk en Turquie sont justement les Militaires que l'Europe et Erdogan dénoncent en coeur... bien cordialement, alexandre
#3 - l'éclairage 28.04.2010 21:45 - (Répondre)
Alexandre del Valle fervent défenseur d'israel, pays coupable de plusieurs génocides envers des populations appauvries.. pays qui possède la bombe atomique en toute illégalité et un arsenal militaire énorme financé par les états-unis pour contrôler le pétrole moyen-oriental, pays qui enregistre l'un des plus fort taux de corruption dans ses administrations, qui n'utilise les européens qu'à des fins pécuniaires et qui se fout complètement de l'histoire et la vie des habitants du vieux continent, ... c'est une honte!