La Belgique sous tension
Le 22 avril dernier, le gouvernement belge d’Yves Leterme a présenté sa démission à la suite de la énième crise entre francophones et Flamands.
Rappelons qu’Yves Leterme, membre du Parti chrétien-démocrate et flamand (CD&V), en est à sa troisième démission en tant que chef de gouvernement : la première en juillet 2008, à cause des tensions entre francophones et néerlandophones ; la deuxième fin 2008, en raison du scandale du rachat de la banque Fortis (Leterme retrouva son poste en novembre 2009, lorsque Herman Van Rompuy fut nommé président de l’UE). Sa troisième démission a été provoquée par la soudaine radicalisation autour de la circonscription bilingue englobant la capitale belge et ses alentours : Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV), et plus précisément par la décision du parti flamand clé de la coalition gouvernementale, les libéraux d’Open VLD, de clore les pourparlers sur la question des droits linguistiques spécifiques des francophones dans la banlieue flamande de Bruxelles. Rappelons que la Belgique est un état fédéral, composé de trois communautés, flamande, francophone et germanophone, et de trois régions : flamande, wallonne et Bruxelles-Capitale. Or le problème central est le statut de Bruxelles : majoritairement francophone et située géographiquement en Flandre, elle est à la fois capitale d’un Etat fédéral et une entité fédérée de cet Etat. La haine entre Flamands et Wallons francophones remonte à la naissance de la Belgique, en 1830, en tant qu’Etat unitaire, dont la seule langue officielle décrétée fut le français, en réaction à la politique de Guillaume Ier des Pays-Bas qui avait favorisé le néerlandais. Les Flamands étaient alors les plus pauvres, exclus du vote par le système censitaire qui privilégiait l’élite francophone, le français régnant alors comme la seule langue de la vie politique, administrative, judiciaire et militaire tant en Wallonie qu’en Flandre. Bruxelles l’ex-flamande étant devenue le symbole de la francisation, les Flamands ne se résolurent jamais à accepter de la perdre, se sentant repoussés vers la mer du Nord. Ce qui provoqua la rancœur des néerlandophones qui, rêvant de récupérer Bruxelles, l’ont récemment proclamée capitale de la Flandre… Désormais plus riches et plus nombreux, les Flamands ne cessent depuis de prendre leur revanche et réclament la séparation d’avec les francophones. Telle la Ligue du Nord en Italie ou la Catalogne en Espagne, ils ne veulent plus payer pour les francophones, plus pauvres et moins productifs depuis le déclin industriel et la paupérisation de la partie wallonne, accentuée par une immigration pléthorique à Liège et en région bruxelloise. Les Flamands refusent que leurs impôts financent la politique d’assistanat du Parti socialiste, qui règne en maître absolu en Wallonie.La crise autour du statut de BHV remonte aux années 1960, lorsque l’installation de francophones en périphérie de la capitale fut perçue par les Flamands comme une francisation de leur territoire. Les séparatistes flamands revendiquent la scission de la Belgique, l’indépendance de la Flandre, à laquelle doit être incorporée Bruxelles, et l’abolition de toute solidarité entre les Belges. Ainsi, en juin 2006, une résolution du parti populiste flamand Vlaams Belang appelant au « démembrement de la Belgique » fut soutenue par tous les partis flamands. Ainsi, lors d’un récent entretien à la RTBF, le Premier ministre Leterme, à qui l’on demanda de chanter l’hymne belge, entonna La Marseillaise, lapsus trahissant l’idée des Flamands selon laquelle la Belgique n’est pas leur pays. Bref, l’un des pays les plus européistes de l’Union va bientôt prendre la présidence de l’UE en plein chaos intercommunautaire et institutionnel. Beau message pour la construction européenne.
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