Le retour des Talibans et l'échec de la stratégie Af-Pak?
Le point de la situation après les attentats de vendredi dernier, à Lahore (Est du Pakistan) contre 2 mosquées de la secte des Ahmadis, revendiqués par les Talibans et qui ont fait 93 morts.
Après des heures d’affrontements, et la libération des otages, la police pakistanaise a repris difficilement le contrôle des deux mosquées Model Town et Garhi Butta puis capturé plusieurs assaillants (3 « islamikazes » se sont fait sauter lors de l’assaut de la police et 2 autres se sont enfuis). Interrogés, les terroristes arrêtés confirment appartenir au Mouvement Taliban pakistanais (Tehrik-e-Taliban Pakistan, ou TTP) et avoir été entraînés dans les camps de Miran Shah, ville du Waziristan, fief des Taliban et d’Al Qaïda. Quelle leçon tirer de cette énième tragédie? Premièrement, que les civils musulmans et les minorités sont les premières victimes de l’islamisme radical. Ce constat est confirmé en Irak, où les attentats opposant milices chiites et réseaux d’Al Qaïda ont tué plus de Musulmans que d’Américains. Idem au Soudan, où les milices islamistes du régime de Khartoum ont tué 230 000 Musulmans noirs au Darfour depuis 2003. Il en va de même au Pakistan, qui a subi 400 attentats meurtriers en 4 ans (3300 morts). Les attaques visent les « traîtres pro-occidentaux » et les minorités non-sunnites du Pakistan (pays à 90 % sunnite), principalement chiites et ahmadis, dont le berceau se trouve à Lahore. En fait, la secte libérale des Ahmadis (4 millions d'adeptes au Pakistan), a toujours été persécutée car ses adeptes pacifiques et tolérants croient que Jésus survécut à sa crucifixion et mourut au Pakistan, au Cachemire, puis que d’autres prophètes sont venus après Mahomet. Horreur suprême pour l’islam sunnite qui enseigne que Mahomet est le dernier des Prophètes... Deuxième enseignement, le fait qu’après les attentats de vendredi, les affrontements se soient tant prolongés, rappele que le Pakistan, Etat fragile, demeure gangréné par l’islamo-terrorisme des Talibans et d’Al Qaïda. Ceux-ci contrôlent encore la zone tribale du Nord du Pakistan, peuplée de Pachtouns (Waziristan), frontalière de l’Afghanistan, pays voisin lui aussi menacé par les Talibans, qui sont également d’ethnie pachtoune en zone afghane et qui menacent le président afghan (pachtoune) Hamid Karzaï. Cela signifie-t-il que la stratégie « AF-Pak » (Afghanistan-Pakistan) promue par l’Administration Obama en février 2009 pour empêcher les Talibans de prendre le pouvoir dans ces deux pays a été inefficace ? Il est encore trop tôt pour le dire. Rappelons seulement que la stratégie « Af-Pak » combinait, comme en Irak, « l’achat » de tribus de Talibans acceptant d’abandonner la rébellion et des actions militaires américano-afghano-pakistanaises ciblées, appuyées au sol par des renforts de soldats (« Surge »). Après plus d’un an, le bilan est décevant: les pertes de soldats anglo-américains pris en embuscades par les Talibans deviennent intenables (taux de tués supérieur en proportion à celui des troupes engagées en Irak). Et la coopération politico-militaire occidentale avec les dirigeants afghan et pakistanais est médiocre, comme l’a déploré Hillary Clinton récemment en visite au Pakistan. Il en va de même en Afghanistan, où l’hostilité croissante envers les USA compromet l’avenir et la sécurité du président afghan pachtoune Karzaï, contraint de changer de ton pour survivre et donc tenté de négocier avec les Talibans… Globalement, Pakistanais et Afghans rejettent la coopération avec les « diables croisés » occidentaux. Les Talibans, qui contrôlent la production d’héroïne et donc le nerf de la guerre, demeurent populaires dans les zones pachtounes et font peur aux régimes en place. Sans ce soutien populaire à leur « jihad » contre les « infidèles » américains et leurs « collaborateurs », les Talibans ne pourraient pas perpétrer autant d’attaques meurtrières contre des civils, les minorités et les forces anglo-américaines, dont le moral est au plus bas.
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