Sommet de Toronto : Sarkoy tiraillé entre Obama et Merkel?
Les sommets du G8 et du G20 qui ont coûté 960 millions d'euros, ont été caractérisés par d’importantes contre-manifestations, de nombreux désaccords et un accord sur le fait que chacun agit de façon autonome dans sa zone politico-économique propre...
Désaccords entre les partisans de l’austérité, comme la chancelière allemande Angela Merkel ou le président canadien Stephen Harper, et les partisans de la relance, comme le président américain Barak Obama. Puis autour de la régulation financière et de la taxe bancaire. Certes, le G8 a condamné la Corée du Nord (en réaction au torpillage d'une corvette sud-coréenne en mars) et l’Iran, puis traité de façon cohérente le dossier afghan. Et Angela Merkel a parlé de « compréhension mutuelle". Mais en dépit du ralliement raisonnable de Nicolas Sarkozy à l'impératif de rigueur, le désaccords autour du débat austérité/relance reste entier : tandis que le président américain Barack Obama a appelé à la relance, y compris en créant de nouvelles dettes et de nouveaux emprunts, Angela Merkel, qui a fait des allusions claires à la Grèce, a tiré la sonnette d’alarme préconisant au contraire l’austérité, qui risque selon Washington de freiner la relance dans un contexte de timide reprise. De ce point de vue, on peut dire que la position française à la fois proche de celle d'Obama et de Merkel, est la position du "juste milieu", probablement la plus raisonnable pour notre pays. Selon l’expert de la Fondation pour l’Innovation politique, David Mascré, auteur d’un ouvrage remarqué sur la crise*, « deux conceptions se sont affrontés et continueront de s'opposer lors du prochain G8: l’une, anglo-saxonne, chantre d’un capitalisme financiarisé, dérégulé et mondialisé. L’autre germanique, fondée sur les principes d’équilibre budgétaire et de stabilité monétaire, politique fondant le moteur de la croissance et du développement sur le développement de l’industrie et l’accroissement des exportations. Concernant le G20, le seul point d’accord a été la décision de réduire la dette de certains pays, tout en préservant la croissance. Quant au projet cher à l’Allemagne et défendu par Nicolas Sarkozy d'instaurer une taxe sur les banques, il a été rejeté par les pays émergents, la Russie, les pays dont les banques ont peu souffert de la crise, tels le Canada et le Brésil et les pays anglo-saxons qui ne veulent même pas en entendre parler... Selon Mascré, « faute d’analyse profonde des causes de la crise, on voit mal comment le G8 ou le G20 pourraient offrir des réponses crédibles à la crise actuelle, loin d’être terminée ». La dette privée ayant été transférée aux Etats et s’étant transformée en dette souveraine, la réponse politique demeure bien trop faible. Les sommets ont témoigné d’une prise de conscience collective, mais les mesures habituelles ne s’appliquent plus au cas de l’actuelle crise systémique. Pour notre expert, les mesures d’austérité prônées par Angela Merkel et l'Europe risquent de n’être bonnes momentanément que pour l’Allemagne. Il est vrai qu’au delà de leurs effets psychologiques non négligeables, elles ont aussi leurs limites. Ce dont semblait encore s’inquiéter Nicolas Sarkozy avant de s'y rallier, lui qui déclarait en juin 2009, à Versailles, « Chaque fois que l'on a fait la politique de la rigueur, on s'est retrouvé à la sortie avec moins de croissance, plus d'impôts, plus de déficits, plus de dépenses ». Il est clair qu'il s'agit là d'un débat fort délicat dans un contexte où les dirigeants des Etats de la zone euro dépourvus de politique budgétaire autonome, ne disposent plus de toutes les manettes leur permettant de gérer sous le contrôle d’un Etat puissant et régulateur les cycles de l’économie. Depuis un an, Nicolas Sarkozy est en effet tiraillé – on le comprend - entre « ses inclinations libérales et ses penchants interventionnistes », dixit Mascré. En conclusion, notre expert milite en faveur de l’adoption par le G20 de mesures de régulation globales dépassant largement le cadre des Etats européens visant à : 1/ rétablir le « glass Steagal Act » – démantelé depuis les années 80, qui interdit aux banques d’utiliser l’argent des épargnants pour développer leurs activités d’affaire (séparation radicale des activités d’affaire et des activités de dépôt) ; 2/ prohiber les produits dérivés ; 3/ rétablir un système d’encadrement du crédit ; 4/ dissuader la création monétaire ; 5/ rétablir l’étalon or… ». On en est encore loin…
A lire absolument: David Mascré ; Crise, krach, collapsus. De la faillite des banques à la ruine des peuples et des Etats. Ed de l’Infini, 2010.

