Le Sénat américain a confirmé la désignation du général américain David Petraeus à la tête des forces de l’OTAN en Afghanistan. L’officialisation de Petraeus est survenue peu après le limogeage du général Stanley McChrystal par Barack Obama, qui n’avait pas toléré sa critique du gouvernement américain dans le magazine Rolling Stone.
Samedi, 17 juillet 2010
Obama face à l’enlisement afghan
L’officialisation de Petraeus survient peu après le limogeage du général Stanley McChrystal par Barack Obama, qui n’avait pas toléré sa critique du gouvernement américain dans le magazine Rolling Stone. Mais le changement d’homme n’infirme pas la politique américaine en Afghanistan. Car Pétraeus est le maître de McChristal et l’inspirateur de sa stratégie afghane - déjà appliquée avec succès en Irak - consistant à combiner renfort de troupes au sol (« surge »), retournement de fractions islamistes dissidentes et aide économique aux populations. Forte de cette continuité, la Chambre des représentants américaine a adopté jeudi un projet de budget 2010 de 33 milliards de dollars pour financer l'envoi de 30 000 soldats supplémentaires en Afghanistan. Ce montant complète le budget de guerre total pour la zone Afghanistan-Pakistan (« Af-Pak ») de 130 milliards. Le renforcement de l’effort de guerre voulu par Obama constitue la dernière chance pour enrayer l’enlisement en Afghanistan, ceci dans la perspective du retrait progressif des troupes US prévu dès 2011. Au siège de l’Alliance atlantique à Bruxelles, Petraeus a tenté de rassurer les alliés sur les opérations menées contre les talibans, malgré les pertes humaines croissantes et l’échec à contrôler des zones stratégiques du pays. Mais l’enlisement étant difficile à nier, un vif débat oppose à la Chambre les élus hostiles à cette guerre couteuse et impopulaire (les « anti-guerre » jugent la victoire irréaliste et l’interventionnisme américain contre-productif), à ceux qui y sont favorables mais dénoncent au contraire l’intention d’Obama d’initier le retrait des troupes américaines dès 2011. C’est l’opinion notamment de l’ancien candidat à la présidence, John McCain, qui juge ce retrait dangereux et fort irréaliste. C’est aussi l’avis du secrétaire britannique à la Défense, qui a mis en garde ses alliés contre un retrait prématuré des forces de l’OTAN du pays et craint une augmentation des pertes humaines cet été. Quant au volet de l’aide non militaire à l’Afghanistan et au Pakistan (10 milliards de dollars au titre de l’aide économique et de l'éducation), dont le vote à la Chambre Haute a été renvoyé à mi-juillet, il est aussi vivement contesté : « Si l'argent américain va servir à bâtir une nation, je préfèrerais que ce soit la mienne", déclarait Louise Slaughter, président de la puissante commission des Lois à la chambre... D’évidence, les Talibans menacent l’intégrité du Pakistan, puissance nucléaire et bombe à retardement géopolitique gangrénée par l’islamisme, mais aussi l’Afghanistan où ils reviennent en force et sont majoritaires grâce à la prédominance de leur ethnie pachtoune qui contrôle le trafic de la drogue. C’est pourquoi le Président afghan Hamid Karzaï, lui-même d’ethnie pachtoune, qui craint pour sa vie, compose avec des clans talibans et multiplie les diatribes contre les Américains à qui il doit pourtant son poste… L’optimisme n’est donc plus de mise dans ce pays rebelle qui résista aux empires britannique et russe, qui créèrent artificiellement un pays en divisant le peuple pachtoune des deux côtés de la frontière afghano-pakistanaise, source lointaine du conflit. Certes, la stratégie de Petraeus a été efficace en Irak. Mais l’Afghanistan n’est pas l’Irak. Et le général se garde de crier victoire. Car les experts n’excluent plus le retour des Talibans pachtounes à Kaboul dès le retrait des troupes de l’Otan d’Afghanistan ...
*Sur l’Afghanistan et les conflits dans le monde, voir « Géopolitiques », Manuel pratique de Patrice Gourdin, Préface d’Yves Lacoste, Editions Choiseul, 2010.
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