La Russie tiraillée entre l’Orient et l’Occident
Le 17 juin dernier, les Etats-Unis et l’UE ont voté de nouvelles sanctions contre l’Iran plus sévères que celles de l’ONU du 9 juin. Une décision qui embarrasse Moscou, tiraillée entre alliance avec l’Iran et rapprochement avec l’Occident.
Ces nouvelles sanctions prévoient un gel d'investissements dans le secteur énergétique iranien, interdisent le transfert vers l'Iran de technologie et d'équipements utilisables à des fins militaires. Elles renforcent les sanctions votée par le Conseil de Conseil de sécurité de l'Onu le 9 juin contre l'Iran qui permettaient aux pays étrangers d'inspecter en haute mer les navires iraniens transportant du matériel utilisable pour le programme nucléaire iranien. En guise de réponse aux nouvelles sanctions occidentales, le parlement iranien a voté ce dimanche une loi appelant à « déjouer les complots des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne et à poursuivre en Iran l'enrichissement d'uranium à 20% permettant de fabriquer du combustible pour le réacteur de recherche de Téhéran. La loi invite à exercer des « représailles contre les pays inspectant les avions et navires iraniens ou refusant de livrer du kérosène aux iraniens". Côté russe, où le message a été bien reçu, l’ambiguïté règne. D’un côté, Moscou craint la dérive de son imprévisible voisin iranien, avec lequel elle partage des frontières et la zone pétrolière de la mer Caspienne. En outre, le président russe Dimitri Medvedev et son homologue américain Barack Obama tiennent au rapprochement russo-américain initié après la crise géorgienne et l’élection d’Obama en juin 2009. Un dégel officialisé en avril par un nouveau traité sur la réduction des armements stratégiques (Start II) et réitéré par la volonté de régler à l’amiable la récente affaire d'espionnage russo-américaine. Ainsi s’expliquerait le ton ferme du président russe adopté la semaine dernière en conférence des ambassadeurs (réunis à Moscou) sur l’Iran, « bientôt capable de créer une arme nucléaire» et sommée par Medvedev de « coopérer avec la communauté internationale ». Mais de l’autre côté, la Russie ne veut pas perdre son allié iranien. Moscou et Washington demeurent divisés par des intérêts divergents : pour la Russie, il est exclu de payer le prix du rapprochement avec l’Occident par la perte de l’allié iranien qui achète cash sa technologie et ses armements et demeure un contrepoids à la fois contre l'Amérique «hégémonique» que contre la Chine, alliée et ennemie historique… En Tantôt partenaires et adversaires de l’Occident, Moscou et Pékin n’ont voté les sanctions onusiennes du 9 juin qu’après en avoir exclu l’embargo sur l’essence et les livraisons de certains armements tels les S 300 russes vendus à Téhéran mais jamais livrés et gardés en monnaie d’échange… En votant d’autres sanctions contre Téhéran sans son avis et pénalisant les entreprises russes, le Kremlin estime que Washington et Bruxelles ont dépassé les bornes. Un mois après avoir célébré la nouvelle unité sino-russo-occidentale susceptible de freiner les ambitions nucléaires iraniennes, l’euphorie est retombée : la Russie et la Chine se réservent le loisir de livrer de l’essence raffinée à l’Iran, partenaire incontournable riche en hydrocarbures. Et le Kremlin a « rassuré» Téhéran en signant une "feuille de route" sur leur coopération énergétique permettant le co-développement par la société russe Gazprom des gisements d'Azar et de Pars et la livraison par Moscou des pièces de la centrale nucléaire civile de Boucher, sujet de tensions majeur russo-américaines. L’Iran n’est donc pas trop inquiet…


#1 - boubou 27.07.2010 08:53 - (Répondre)
Il manque un bout de phrase "votant d’autres sanctions contre Téhéran sans son avis et pénalisant les entreprises russes, le Kremlin estime que Washington et Bruxelles ont dépassé les bornes pour." non ?
#2 - alex 28.07.2010 13:43 - (Répondre)
oui merci, cela est rectifié, bien à vous, très aimable. Alexandre
#2.1 - Pedja said:
03.08.2010 21:47 - (Répondre)
Bonjour, Bravo à la fois pour votre blog et votre article. J'ai une remarque, au sujet du triangle ambigüe Moscou - Pékin - Téhéran. S'il est vrai que les relations à trois ne marchent pas, cela me semble vrai également en relations internationales. Le rôle russe auprès de Téhéran, grand acheteur d'armement (notamment, peut-être, des fameux S-300) est particulièrement complexe, et doit se replacer sur deux échiquiers plus importants, à savoir la compétition à la fois avec les Etats-Unis et la Chine. Cette alliance froide entre la Russie et l'Iran est en partie motivée par l'argent, en partie par la volonté d'un jeu perturbant les Etats-Unis. Mais la volonté de développer les relations avec Washington, pour privilégier l'économie, ne risque-t-elle pas de réduire le soutien russe à l'Iran? Par ailleurs, l'affaiblissement généralisé des US n'entraîne-t-il pas un rôle plus stabilisateur de Moscou, voulant à nouveau construire un ordre mondial main dans la main avec le partenaire américain? Enfin, tout cela serait (presque) parfait si, à chaque fois que la Russie a essayé de coopérer avec les US, elle ne s'était retrouvée bernée, obligée de céder sur des points clés (présence US en Asie centrale, bombardements sur la Yougoslavie, élargissement de l'OTAN,...) sans obtenir de concessions en retour... (Je rappelle que Poutine, lors de son arrivée au pouvoir, a bien tenté une alliance avec les US, profitant presque lu 11 septembre pour développer une coopération en termes de renseignements, lutte anti-terroriste... Malgré la bonne volonté, la fin des années Poutine-Bush est marqué par de graves différends, car l'avancée des US en Europe et Asie ne s'est pas arrêté...)
#3 - alexandre del valle 18.08.2010 18:53 - (Répondre)
Cher Monsieur, je n'ai rien à ajouter à ce que vous dites qui reflète très exactement ma pansée!! votre constat d'une main tendue russe refusée par ce que l'on nomme "l'Occident" est en effet indéniable. Toutefois, l'aide russe à l'Iran est très préjudiciable pour tout le monde, et même pour eux à long terme. Bien cordialement, alexandre