Hommage au général Pierre Marie Gallois (CR)
Le 23 août, est décédé le père de la doctrine nucléaire française, Pierre Gallois (CR), de son nom de plume Pierre Marie Gallois, l'un des plus brillants stratèges et géopolitologue contemporains. Qu’il me soit permis de rendre un ultime hommage à cet ami et à ce maître.
Hélas, dans la grande presse, seul le Figaro lui a consacré une demie page. Rappelons qu'il est mort à l'âge de 99 ans, mais avec toute sa tête, (le corps ne suivait plus depuis peu comme il disait, mais sa mémoire était miraculeusement intacte, tout comme sa lucidité et sa capacité de production géopolitique). Jusqu'à 2009, en effet, malgré une fatigue croissante, il n'a cessé de publier des articles et des ouvrages d'une exceptionnelle qualité. La vie du Général Gallois, que certaines chapelles politiques ont toujours essayé de récupérer mais qui resta toujours libre et indépendant, est une succession d’épisodes, courageux, passionnants et méritoires. Mentionnons seulement ses prises de positions courageuses sur le démembrement occidental de l'ex-Yougoslavie, le communautarisme, le déclin de l'Occident et de l'Europe, les défis de l'immigration et de l'islamisme, sa critique de l'Union européenne ("ventre mou"), sans oublier ses déclarations et analyses relatives à l'indépendance de la France, selon lui bradée par nos dirigeants. Gallois n'a donc jamais cessé de mener ces combats et de commenter l’actualité mondiale jusqu'à ses derniers jours, à la manière d'une ultime mission, et avec une pertinence, un détrachement et un humour incroyables. Je fus personnellement souvent frappé et subjugué par sa sagesse, son extrême gentillesse, sa générosité, sa noblesse d'âme et son indifférence totale aux critiques qui fusaient de toutes part.
En 1936, Pierre Gallois s'engagea par devoir et pour faire plaisir à ses parents dans l'arme aérienne, renonçant ainsi à sa passion d'artiste, puis servit un temps au Sahara avant de rallier parmi les premiers la France libre, à Londres, en 1942. Il s'engagea alors dès 1943 au sein de la Royal Air Force, comme pilote au sein d'une unité de bombardement. Après-guerre, devenu chef de cabinet du chef d'état-major de l'armée de l'air, de 1952 à 1953, il milita pour que la France se dote de l'arme nucléaire. Sous la IVe République, il fut membre des cabinets des ministres de la Défense Paul Ramadier, Jules Moch et René Pleven. En 1954, il est l'adjoint chargé des études stratégiques du général américain Lauris Norstad, au sein de l'Otan. C'est à ce moment qu'il parvient à convaincre le gouvernement de Guy Mollet, de fabriquer la bombe atomique. Théoricien de la dissuasion Avec les généraux André Beaufre, Charles Ailleret et Lucien Poirier (ce dernier est le dernier survivant), il quitte le service actif en 1957, comme général de brigade, mais théorise la dissuasion " du faible au fort ", qu'il définit comme suit: " si la France, menacée de mort, est capable de créer un risque exorbitant aux yeux de l'adversaire, risque qui excède l'enjeu qu'il convoite chez moi (...), alors cet adversaire se tient tranquille. " Dans les années 1970, le général Pierre-Marie Gallois est directeur commercial des avions Marcel Dassault. Toujours politiquement incorrect et iconoclaste, jamais fonctionnaire soumis ou homme de cour, mais toujours dévoué à la France, il s'en s'en prend au début des années 1980, à la nouvelle conception stratégique des Socialistes, coupables selon lui d'avoir développé le concept du tir " pré-stratégique ", dit de " l'ultime avertissement " .
Mais Gallois ne fut pas seulement un militaire, un Résistant, un géopolitologue, un professeur et un maître en stratégie. Il fut aussi un homme de haute culture, quasi encyclopédique. et un homme d'arts et de lettres.
Ancien étudiant aux Beaux-Arts, Pierre Marie Gallois est resté toute sa vie passionné par la technique du trompe-l'oeil, qu'il exercera avec un talent extraordinaire. Il était d'ailleurs fier de faire visiter son magnifique appartement du 8 rue Rembrandt et les 5 étages intérieurs de son ilmmeuble entièrement peints en trompes l'oeil par ses soins à l'âge de 82 ans!!
Il est mort dignement. Depuis des années, il me disait: "mais qu'est-ce que je fais encore ici! je devrais partir, je suis bien trop vieux, je ne sers plus à rien". Permettez-moi de vous contredire mon général! NOn! Vous vous trompez! Vous avez servi la France, la géopolitique, vous avez éclairé des milliers de personnes jusqu'à la fin! Au nom de toutes et tous, un grand merci! Que l'âme du général repose en paix.


#1 - maximedeger 30.08.2010 16:47 - (Répondre)
Il serait intéressant de publier une bibliographie de ce grand général qui vient de nous quitter peu après un autre, non moins lucide, le général Bigeard. Espérons qu'il ait eu le temps de former des disciples. Des hommes de cette trempe et de cette qualité là viennent à manquer à la France et même à l'ensemble européen.
#1.1 - Alexandre 06.09.2010 18:00 - (Répondre)
Bonsoir, il serait en effet utile et intéressant de publier un aouvrage collectif d'hommage à la vision globale et à l'homme Pierre Marie Gallois, je partage cet avis, à nous de lancer l'idée, Bien à vous, Alexandre del Valle
#2 - veliocas 05.09.2010 21:55 - (Répondre)
l'ouvrage collectif "Devoir de vérité" publié en 2002 dressa une impitoyable radiographie des maux qui rongent la France, il avait achevé de me convaincre sur mes idées politiques alors encore en gestation, j'avais 21 ans.
#3 - Del VALLE 06.09.2010 17:57 - (Répondre)
Ouije comprends, il a achevé de convaincre tant de gens sur tant de choses, Pour ma part, il a encouragé et préfacé mes premiers écrits et m'a énormément appris sur la méthode géopolitique, Bien à vous Cordialement, Alexande del Valle