Depuis le début du conflit irakien, les médias et les intellectuels autorisés ont forgé l’image manichéenne d’une scène opposant irréductiblement deux camps: celui de l’anti-guerre, camp des victimes arabo-musulmanes; puis celui des pro-guerre, représenté par des Texans-cow-boys assoiffés de pétrole et complices du terrible Sharon.
Mercredi, 19 mars 2003
L'aggiornamento islamique de la France
Rappelons tout d’abord que personne n’est «pour» la guerre. On peut même dire que la principale erreur stratégique de Washington fut de ne pas renverser plus tôt Saddam Hussein, ce qui aurait évité des milliers de morts et épargné aux civils irakiens, première victimes, dix années d’un embargo insupportable et inefficace. Il est certes légitime de critiquer la politique étrangère de Washington, mais entre une saine dénonciation des dérives américaines et l’odeur actuelle d’anti-américanisme haineux, la marge est grande.
Bien sûr, la position des dirigeants français et allemands dénonçant «l’unilatéralisme américain» au nom du «droit international» ne relève pas de la seconde catégorie. Comme l’a rappelé Jean Paul II, la négociation est toujours préférable à la guerre. Mais l’attitude franco-allemande a été d’évidence également commandée par l’évolution sociologique de pays d’immigration où le vote de millions de nouveaux électeurs musulmans compte désormais plus que celui des quelques centaines de milliers d’électeurs juifs assimilés à cet État hébreux stigmatisé par des médias anti-sionistes jetant de l’huile sur le feu du conflit israélo-arabe.
Maints exemples montrent que la prise en compte de la dimension civilisationnelle arabo-islamique croissante de la France contribue au retour en force d’une politique étrangère néo-gaulliste nettement pro-arabe : reconnaissance de facto du Hezbollah lors du sommet de la francophonie, contribution de la France dans la nomination de la Libye à la tête de la commission des droits de l’homme de l’ONU, sacrifice du Liban souverain sur l’autel des relations franco-syriennes, réticences à assurer la défense de la Côte d’Ivoire menacée par une rébellion burkino-islamique appuyée par la Libye, etc.
En politique intérieure, cette réalité explique aussi l’officialisation de la mouvance islamiste radicale des Frères musulmans au sein du Conseil Français du Culte Musulman élu la semaine dernière. Les fondamentalistes de la FNMF et de l’UOIF y sont largement majoritaires. Nicolas Sarkozy a été obligé de les inviter à la table de la République, tant les islamistes ont réussi avec l’aide des pays du Golfe et le concours des journaux «progressistes» à faire accepter leur obscurantisme au nom du «droit à la différence».
Prenant conscience de ce danger subversif pour la République, M. Sarkozy a eu raison lors du Congrès du Bourget du 20 avril, où il a été scandaleusement hué, de rappeler que l’UOIF ne représente qu’elle-même et que les lois de la République ne sont pas amendables. C’est également dans cette évolution sociologique, ainsi que dans la peur-fascination relative au monde arabo-musulman qu’il faut rechercher les causes de l’unanimisme anti-américain dans une Europe où la mauvaise conscience instrumentalisée par l’extrême gauche-caviar demeure la meilleure alliée des Fanatiques d’Allah vengeant «l’humiliation coloniale».
Les campagnes «pacifistes» organisées en Europe ont été d’autant plus surprenantes que lors de la guerre du Kosovo, les mêmes «pacifistes» indifféremment de gauche, pro-palestiniens ou gaullisto-anti-américains, n’avaient pas mobilisé le banc et l’arrière banc «anti-guerre».
Du PS aux admirateurs de Chirac, en passant par les «collectifs lycéens», l’unanimisme allait plutôt dans le sens des va-t-en guerre, les Serbo-yougoslaves étant considérés comme les nouveaux nazis-génocideurs, tandis que les terroristes albanais de l’UCK (dont on sait aujourd’hui qu’ils étaient commandés par des chefs mafieux), étaient des «combattants de la Liberté»...
Quand on voit ce qu’est devenu le Kosovo ethniquement «purifié» par les Albanais, et quand on sait que le démantèlement de l’ex-Yougoslavie n’a profité qu’aux réseaux d’Al Qaida et aux mafias, on voit à quel point l’indignation des défenseurs de Saddam est sélective.
Mais le plus terrible contre-message délivré par les «anti-guerre» a été de brandir à côté des drapeaux blancs de la paix les bannières rouges tâchées du sang des morts du communisme, sans parler d’autres étendards de régimes arabes totalitaires ou d’organisations terroristes palestiniennes dont on se demandait quel était le rapport avec l’Irak...
Il a été doublement déconcertant de voir ces milliers de lycéens instrumentalisés et fanatisés contre les Etats-Unis et Israël par les idéologues du terrorisme rouge ou des défenseurs du terrorisme vert. Ces derniers trouvent des excuses à Saddam le «laïque» et vantent «l’héroïsme des Kamikazes», sous couvert de progressisme «pro-palestinien». Il est vrai que les Brigades rouges viennent d’appeler à rejoindre Ben Laden et que leur idéologue Toni Negri demeure la référence de l’extrême gauche anti-mondialisation, voir même de l’extrême-droite anti-américaine et antisioniste.
Les mêmes «anti-fascistes vigilants» issus des organisations trotskistes (Réflexe, Ras l’Front, Attac, etc.) qui assimilent à «l’extrême-droite» ceux qui ne vénèrent pas le créateur de l’armée rouge, n’ont pas hésité à défiler dans les mêmes manifestations pro-irakiennes aux côtés de néo-nazis pro-palestiniens ou de militants islamistes distribuant les Protocoles des Sages de Sion, pourvu que les uns et les autres partagent une même haine envers les «américano-sionistes» ... De même, à Bagdad, les «boucliers humains» d’extrême-gauche ont côtoyé les pro-Saddam d’Unité Radicale, les fascistes belges, le Parti des Musulmans de France ou encore les lepénistes saddamophiles...
Après le 11 septembre et le déclenchement de l’Intifada Al Aqsa, la seconde guerre du Golfe a été le troisième moment d’une offensive néo-totalitaire rouge-brun-verte unissant tous les ennemis des Etats-Unis, de l’Occident et d’Israël. Une campagne de haine anti-occidentale, anti-sioniste et judéophobe d’autant plus redoutable qu’elle est revêtue de l’habit légitimateur de «l’antifascisme» pro-arabe et de la défense des «opprimés» du monde islamique...
* Auteur du Totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties paru aux éditions des Syrtes
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